L’histoire de Jennifer Zeng : trouver la lumière dans l’obscurité

Jennifer Zeng a survécu à la torture et à l’emprisonnement en Chine en maintenant sa croyance
 

En 1999, le Parti communiste chinois a interdit la pratique de méditation du Falun Gong mais Jennifer Zeng a persisté dans sa croyance, ce qui lui a valu d’être emprisonnée et torturée dans un camp de travail chinois. Photographie de Binggan Zhang


Il y a vingt ans, les autorités chinoises ont arrêté Jennifer Zeng dans le cadre d’une répression nationale contre sa croyance, la pratique de méditation persécutée du Falun Gong. Après sa libération du camp de travail forcé, elle a réussi à quitter la Chine et à publier un livre sur ses expériences — Witnessing History: One woman’s fight for freedom and Falun Gong. Elle raconte la véritable histoire de son arrestation, de la torture et de “la rééducation par le travail forcé” entre les mains du Parti communiste chinois.


Il n’y a ni soleil ni lune dans une cave et dans la division des expéditions, il n’y avait ni télévision, ni journaux, ni calendriers, ni montres. Nos journées, voire nos vies entières étaient occupées à réciter l’ordre 23 (le règlement gouvernemental utilisé pour justifier l’emprisonnement d’innocents et la suprématie du Parti communiste au pouvoir). Après trois jours passés accroupies et debout, les pieds, les mains et les corps de chacun gonflaient à cause de l’immobilité. Nos pieds ressemblaient à de grosses brioches cuites à la vapeur et nous ne pouvions pas mettre nos chaussures, alors nous les enlevions discrètement d’un coup de pied et devions ensuite les remettre d’une manière ou d’une autre lorsque nous allions aux toilettes.

Après être restées debout pendant huit jours entiers, on nous a donné de petits tabourets pliants du camp pour nous asseoir. Mais le droit de nous asseoir pouvait être supprimé à tout moment et pour n’importe quelle raison ; la décision était à la discrétion des gardes ou de Wolf et Bei. Et la récitation de l’ordre 23 ne tolérait aucun échappatoire.

Nous avons peu à peu perdu toute notion de temps, nous contentant d’attendre chaque jour dès notre réveil, la tombée de la nuit.

- Jennifer Zeng


Le seul “crime” que Jennifer était supposée avoir commis il y a 20 ans, était de pratiquer la méditation et les exercices de qigong du Falun Gong et de continuer à adhérer aux principes de vérité, bonté, patience après avoir été sommée d’y renoncer.


Les exercices au rythme lent du Falun Gong étaient autrefois un spectacle courant dans tous les parcs urbains de la Chine. Tout comme le yoga est devenu populaire en Amérique du Nord, les différentes pratiques de qigong étaient devenues encore plus populaires en Chine. Et à la fin des années 90, le Falun Gong était de loin, le plus populaire de tous.


Le Falun Gong était pratiqué librement dans les parcs, sans cotisation ni structure organisationnelle, juste l’épanouissement naturel de la méditation quotidienne et de la sagesse traditionnelle chinoise, explique Jennifer. La philosophie du groupe provient principalement de l’école de pensée bouddhiste et met l’accent sur la bonté et la tolérance. Des gens de tous horizons se sont mis à pratiquer le Falun Gong et en 1998, on en comptait plus de 70 millions.


Jennifer Zeng était l’une d’entre eux. À cette époque, dit-elle, elle avait le profil parfait pour Pékin : “j’étais diplômée en science de l’université de Pékin. J’étais une épouse et une mère. J’étais même membre du Parti communiste chinois”. Elle a renoncé depuis à ses liens avec le Parti.


En fait dans les années 90, le régime chinois soutenait même le Falun Gong. Les bureaux gouvernementaux avaient leurs propres groupes de pratique de Falun Gong et le fondateur du Falun Gong, Monsieur Li Hongzhi donnait des conférences à l’invitation des responsables du Parti. Il n’y avait aucun problème à être à la fois membre du Parti et pratiquant de Falun Gong.


Puis en 1999, en un revirement qui a choqué tout le monde, le Parti communiste chinois a interdit le Falun Gong.


Jennifer Zeng, comme des dizaines de millions d’autres, s’est retrouvée à mener une vie secrète.


Au début, les pratiquants ont supposé qu’il s’agissait d’un malentendu. Ils ont pensé que s’ils pouvaient simplement clarifier ce qu’ils étaient et expliquer qu’ils n’avaient aucune aspiration politique, la vague initiale d’arrestation prendrait fin.


Ce qu’ils ne réalisaient pas, c’est que Jiang Zemin, chef du PCC à l’époque, voulait effacer le Falun Gong de l’histoire. Il n’y avait pas eu de malentendu. Les dirigeants de la nation savaient que le Falun Gong était bon, mais ils s'inquiétaient de sa popularité et plus encore, ils savaient que ses principes même d’honnêteté et de compassion étaient une menace pour la légitimité du PCC et ses plans pour l’avenir totalitaire de la Chine.


Le 13 avril 2000, la police secrète de ce que l’on a appelé le Bureau 610 a organisé l’arrestation de Jennifer et elle a été forcée de rejoindre les millions d’autres pratiquants dans les redoutables camps de travaux forcés de la Chine, les tristement célèbres laogai.


La torture de Jennifer Zeng dans un camp de travail chinois
Les tortures subies par Jennifer Zeng sont trop choquantes pour être décrites ici mais cela comportait des décharges électriques, des coups et des sévices psychologiques. Tout dans l’environnement du camp de travail est conçu pour anéantir l’humanité du prisonnier. Mais même dans cet endroit sombre, Jennifer dit qu’elle voyait encore de la bonté dans le monde.


Elle raconte que les rares fois où elle pouvait parler quelques instants avec une autre pratiquante dans le camp, était comme “une douce eau de source dans le désert”.


La clé pour détruire la psyché d'une personne est de la priver de toute connexion, dit Zeng. Gardés seuls avec les seules forces d'opposition et de manipulation, les gens perdent toute perspective. Ils oublient qui ils sont. Les gardiens espéraient exploiter cet état d'isolement et d'épuisement dans le cadre de leur mandat de "rééducation" ou de "transformation" des détenus.


Tous les jours on faisait pression sur les pratiquants pour qu’ils signent des déclarations renonçant à leur croyance. On leur disait que s’ils promettaient simplement d’abandonner leur croyance, ils seraient libérés et la torture prendrait fin. Bien sûr, ce n’était qu’un stratagème et la seule chose qui attendait ceux qui étaient “transformés” était une pression supplémentaire pour qu'ils aident les gardiens à en torturer d’autres.


Trouver la lumière dans l’obscurité
Pour maintenir la lumière dans leur cœur, les pratiquants de Falun Gong mémorisaient les poèmes et les écrits de Li Hongzhi. Ils cachaient des copies de passages écrits à la main sur des bouts de papier et les faisaient circuler de cellule en cellule, pour s'entraider.


Zeng raconte la puissance de ces enseignements secrets dans l'extrait suivant de son livre :

"Je suis étendue sur ma couchette cette nuit-là, me forçant à ne pas m’endormir. Mon lit se trouvait juste en face de la porte ouverte et la petite sentinelle et la police de nuit pouvaient entrer à tout moment pendant leur ronde de 20mn. Les gardiens du camp effectuaient également des patrouilles périodiques autant pour contrôler les petites sentinelles et la police que les détenues.


"J’ai empilé quelques vêtements à la tête de ma couchette et à l’abri du petit nid que cela faisait, j’ai ouvert la liasse de papier que Song Mei m’avait glissée. Elle était toute froissée et déchirée étant manifestement passée entre de nombreuses mains. Les deux côtés étaient couverts de caractères écrits serrés au stylo à bille. Il n’y avait pas d’en tête et je n’arrivais pas à distinguer la fin. A la faible lumière, j’ai commencé à lire :

    “Vos accomplissements actuels en tant que disciple de Dafa sont magnifiques. Tout ceci est votre bienveillance (shan) rendue manifeste et c’est ce que la perversité craint le plus car ceux qui attaquent la bonté sont forcément mauvais. Les actions qu’ils entreprennent dans la persécution de Dafa et de ses élèves sont extrêmement perverses et honteuses et ils ont peur d’être exposés. Vous devez faire savoir aux gens du monde entier qu’ils sont pervers…”
"


Sur cette feuille de papier froissée se trouvait un nouvel article écrit par Li Hongzhi. Cela faisait plus d’un an que Jennifer n’avait rien lu de son enseignant. Elle a écrit plusieurs copies sur des bouts de papier pour les faire circuler parmi les détenues et elle s’est fait la promesse de sortir et raconter au monde entier ce qui se passait dans le camp.


Le trésor de connexion dans la vie de Jennifer Zeng
“Le moment le plus précieux pour moi a été celui où j’ai été autorisée à passer un moment privé avec un compagnon de cultivation que je connaissais avant d’être envoyée dans le camp”, raconte Jennifer Zeng.


“Il était terriblement torturé dans le camp des hommes. Il n’a pas été autorisé à dormir pendant 12 jours et nuits d’affilée. A cette époque, c’était le record dans le camp. Après avoir échoué à le ‘convertir’, la police l’a envoyé avec plusieurs autres pratiquants hommes, dans le camp des femmes pour tenter leur chance”.


Bizarrement, il avait convaincu les gardiens de le laisser voir Jennifer Zeng en privé après leur rencontre. Espérant peut-être que cette connexion leur donnerait un moyen de pression sur les deux détenus difficiles, ils les ont autorisés à se parler pendant un petit moment sans être harcelés.


Ils se sont racontés ce qu’ils avaient vécu et leurs espoirs pour l’avenir. Ils ont parlé des principes du Falun Gong et lorsqu’il lui a dit d’“avoir la foi”, elle a su qu’elle pourrait survivre tant qu’elle s’accrocherait à sa foi dans la vérité, la compassion et la tolérance, avec la conscience d'être une bonne personne et que le Falun Gong l’avait aidée à devenir une personne encore meilleure.


"À ce moment-là, j'ai ressenti tellement de chaleur et j'ai été tellement encouragée. J'ai décidé sur le champ de fuir la Chine et d'écrire un livre, mais j'ai enfoui cette intention au plus profond de mon cœur, n'osant en parler à personne", dit-elle.


Zeng a gardé cette intention comme un petit feu secret dans sa poitrine, une lumière et une source de chaleur dans le froid. Elle lui permettait de continuer et lui donnait une issue.


Après avoir survécu aux geôles de la Chine, Jennifer Zeng est maintenant un défenseur de la liberté religieuse et politique dans le monde entier.


La compassion se manifeste jusque dans les plus petits actes
Parfois, lorsque les policiers vicieux ordonnaient aux autres détenues de nous torturer, elles nous protégeaient à la place", raconte Jennifer Zeng.


Ce que les gardiens n’ont jamais réalisé c’est que pour les prostituées et les toxicomanes qui constituaient le reste de la population du camp, les pratiquantes étaient les meilleures personnes qu’elles aient jamais rencontrées. Elles partageaient leur nourriture, même lorsque les rations étaient maigres. Elles faisaient preuve de gentillesse envers les gens même envers ceux qui les persécutaient. Elles enseignaient les exercices de Falun Gong aux âmes en détresse autour d’elles et leur donnait de l’espoir même quand les pratiquantes n’avaient pas d’espoir pour elles-mêmes.


“Une fois, la police m’a torturée pendant toute une nuit et ne m’a pas autorisée à dormir. Le lendemain, ils ont demandé à une non-pratiquante de me surveiller et de ne pas me laisser dormir. Mais elle avait appris le Falun Gong secrètement avec moi et avait même des articles de Maître Li que j’avais recopiés pour elle. Elle a pris le risque de me laisser dormir pendant qu’elle faisait le guet à la porte de la cellule . Cette compassion et cette bonté m’ont montré la nature de l’univers et dans l’obscurité du camp de travail, cela m’a réchauffé le cœur.”


Sans ces petits gestes de bonté de la part d’autres détenues ou les nuits clandestines à se réciter des poèmes hors-la-loi, Jennifer n’aurait peut-être par survécu, dit-elle. Souvent elle pleure lorsqu’elle évoque le fait qu’elle a failli se perdre dans cet endroit.


Mais elle s’en est sortie. En 2001, Jennifer Zeng s’est enfuie en Australie puis ensuite aux États-Unis. Son périple vers la liberté est une succession de miracles. Le simple fait de survivre au camp semble miraculeux, sans parler du fait de survivre avec sa conscience intacte. Elle a ensuite obtenu un passeport bien que les anciens détenus du système de camps de travaux forcés bénéficient rarement de cette liberté et en cinq mois, elle a réussi à obtenir l’autorisation de se rendre en Australie, où elle a immédiatement demandé l’asile et un éditeur pour le livre dont elle avait rêvé.


Le combat de Jennifer Zeng pour sa liberté
Alors que ses cicatrices physiques guérissaient, elle passait ses journées à écrire et à plaider pour la libération des autres. Il semblait que les cicatrices psychologiques ne s’effaceraient jamais. Mais plutôt que de subir le traumatisme, elle a utilisé ses sombres souvenirs pour alimenter son travail de dénonciation des violations des droits de l’homme en Chine.


Jennifer Zeng continue aujourd'hui à pratiquer le Falun Gong avec une appréciation de sa liberté que l'on trouve rarement chez ceux d'entre nous qui ont la chance d'avoir grandi dans des sociétés libres.


Elle a la passion de la vérité et se consacre à aider ceux qui souffrent comme elle a souffert. Aujourd’hui, son travail consiste principalement à éduquer l’Occident sur la nature du communisme et la menace qu’il représente pour le monde. Vivant aux États-Unis, elle pensait être à l’abri de ces menaces mais la popularité croissante de la pensée socialiste et d’autres phénomènes culturels en Occident, rappellent, selon elle, la société communiste à laquelle elle a échappé de justesse. Elle a même été confrontée à de la censure après avoir publié sur ses comptes de réseaux sociaux des vidéos évoquant les liens entre le Parti communiste chinois et des responsables américains.


L’histoire de la persécution de Jennifer est plus qu’une simple histoire tragique de quelque chose qui s’est produit très loin et il y a très longtemps. Elle nous offre une leçon sur la valeur de la foi, du courage et de la liberté. Elle montre les extrêmes de l’humanité, tant la perversité que la bonté dont les gens sont capables.


PourJennifer la liberté au sens propre consiste à incarner soi-même les principes de bonté, parce que c’est ainsi que nous avons été créés¬—c’est ce que nous sommes véritablement.


“La chose la plus importante dans ce monde est de comprendre ce que l’on doit faire de la vie que le Créateur nous a donnée” déclare-t-elle.


Version anglaise :
Jennifer Zeng’s Story of Finding Light in the Darkness

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