LGE : Chine - le tremblement de terre avait-il été annoncé ?


Manifestation des mères en deuil arborant le portrait des enfants disparus (Paula Bronstein/Getty Images)
Près de 7.000 écoles publiques se sont écroulées lors du séisme du Sichuan. Ce «drame dans le drame» trouverait son origine dans la corruption des fonctionnaires communistes qui ont sacrifié la qualité des matériaux de construction pour détourner de l’argent. Pourtant, des scientifiques avaient à plusieurs reprises, au moins trois fois depuis 2006, alerté les autorités sur les risques d’un fort séisme dans la région.

Le récent séisme en Chine pouvait-il être anticipé? Le responsable du Bureau de sismologie de Chine (organe officiel de l’État) avait indiqué aux médias qu’ «ils n’avaient reçu aucune alerte, qu’il est impossible de prévoir des tremblements de terre». Cependant, Chen Iwan, conseiller du Comité de Prévision des Dangers Naturels (CNHP) accuse le bureau de négligence. Chen a expliqué dans une émission de la chaîne de télévision étatique CCTV que «le Bureau de sismologie de Chine ne peut pas nier sa responsabilité dans ce séisme». Car s’il est effectivement aujourd'hui encore scientifiquement impossible de prédire un séisme, il est cependant possible de prendre en compte les signes potentiellement annonciateur et de tenter de prévenir une catastrophe en communiquant auprès des populations. Ce qui n’a pas été fait. Le 14 mai 2008, la chaîne de télévision CCTV9 a diffusé un débat sur le séisme du Wenchuan. L’animateur Yang Rui a interviewé Chen par téléphone au cours de l’émission. Chen a déclaré: «Le Bureau de sismologie de Chine ne peut pas nier sa responsabilité!» D’après lui, depuis 2006, le CNHP a alerté à trois reprises le Bureau de sismologie des risques d’un fort séisme dans le secteur de Wenchuan. En particulier le 3 mai dernier, Chen a personnellement envoyé un rapport prévisionnel au Bureau de sismologie.


Mianzhu, Chine : La police essaie de disperser la foule rassemblée autour d’un bus où avaient pris place des parents en deuil lors d’une manifestation dans la banlieue de Mianzhu, le 25 mai 2008. (FREDERIC J. BROWN/AFP )
AUCUNE CONSIDÉRATION MALGRÉ DES ALERTES SERIEUSES
Selon Chen, d’autres scientifiques ont également fait parvenir au Bureau de sismologie de Chine des rapports pour alerter des dangers dans cette région. Une fois de plus, les observations des scientifiques n’ont pas été prises au sérieux. Les chefs du Bureau de sismologie et le directeur de l’institut de prévision des séismes n’ont pas pris la peine d’enquêter auprès des experts du CNHP. Ils n’ont jamais voulu prêter attention aux conclusions tirées par les scientifiques. Bien que l’interview de Chen ait été supprimée lors de la rediffusion de l’émission en soirée, la diffusion de l’après midi était en direct. Les informations révélées par Chen ont donc bien été exposées sur la chaîne étatite CCTV.

DES CHERCHEURS EN MARGE
Le CNHP est constitué d’un groupe d’experts en marge des mandarinats académiques chinois, et dont l’avis est donc considéré avec un relatif dédain par les sismologues officiels chinois. Certains parmi eux font cependant partie de ceux qui avaient annoncé le séisme de Tangshan en 1976, tels que le professeur Guo Zengjian, Wang Chengmin, Qiang Zuji et Geng Qingguo, le chercheur adjoint Huang Xiangning, le chercheur Xu Daoyi, Xu Haomin, Zhang Wanghou, Zeng Xiaoping, Qian Fuye et Zhao Yulin et l’expert de prévision des séismes, Sun Wei, pour n’en citer que quelques uns.

DES CONSTRUCTIONS AU RABAIS
Au lieu de prendre en compte les observations scientifiques sur les risques de catastrophes dans la région du Wenchuan, les autorités compétentes se sont préoccupées de collecter des pots de vin auprès des entrepreneurs, au détriment de la qualité des matériaux de construction négociés au rabais et sans respect des normes sécuritaires. Le résultat a abouti à l’effondrement de 7.000 écoles; autant de tombes pour des milliers d’enfants. Les parents des victimes ne peuvent dissimuler leur colère; un père de famille a déclaré à un journaliste du Monde: «Cette vieille école aurait dû être déplacée depuis longtemps. Ils n’ont cessé de retarder le déménagement!» Un autre étudiant revenu sur les lieux a dit que l’école, qui datait portant seulement des années 90, «n’était pas aux normes». «Les budgets alloués par l’Etat central sont rognés au fur et à mesure qu’ils descendent depuis Pékin vers les cantons», expliquait-il. Devant une petite foule silencieuse, il précisait: «Les fonctionnaires locaux s’en mettent plein les poches.» De nombreux témoignages décrivant le tremblement de terre rapportent que les écoles et autres bâtiments publics ont été les premiers à s’effondrer «comme des châteaux de cartes ». Une mère qui a perdu ses deux filles à Juyuan, à quelques kilomètre de Chengdu, a déclaré en colère: «Matériaux de basse qualité et main d’oeuvre au rabais, nous voulons poursuivre les criminels où qu’il soient!»

Au cours des trois dernières années, Chen I-wan a travaillé intensément pour aider à la prévision des séismes ainsi que sur les études météorologiques à moyen et long terme. Il a assisté quelques spécialistes chinois pour participer aux sessions de l’Assemblée Annuelle de la Société de Géophysique Européenne sur les Dangers Naturels à Nice (France) en avril 2002. En raison de son rôle actif dans ces domaines, la Société chinoise de Géophysique l’a nommé en mai 2002 conseiller au comité de prévision de dangers naturels de la Société chinoise de Géophysique. Ce statut lui a permis de rejoindre en tant que membre la Société européenne de Géophysique et de l’Association américaine de Géophysique.

Manifestation des mères en deuil arborant le portrait des enfants disparusPaula Bronstein/Getty Images

Mianzhu, Chine : La police essaie de disperser la foule rassemblée autour d’un bus où avaient pris place des parents en deuil lors d’une manifestation dans la banlieue de Mianzhu, le 25 mai 2008. FREDERIC J. BROWN/AFP

Les leçons de Tangshan, 1976

Le tremblement de terre dans le Sichuan est le plus meurtrier qui a frappé la Chine depuis juillet 1976 quand un séisme dans la ville de Tangshan (province de Hebei, à l’Est de la Chine) avait tué 255.000 personnes. A l’époque, des experts avaient relevé des signes annonciateurs d’un séisme. Parmi eux, Yang Youchen, un sismologue qui affi rme avoir fait des prévisions sur l’arrivée du séisme en 1976. Yang a déclaré qu’il avait prévu qu’un grand séisme toucherait Tangshan en juillet ou août. En mai, quelques mois avant le tremblement de terre, il a présenté son rapport lors d’une conférence organisée par China Earthquake Association (CEA, ndlr. association Séismes en Chine), qui n’a pas pris sérieusement ses avertissements. Il a dit avoir parlé au secrétaire du Parti communiste de Tangshan concertant la potentialité d’un séisme mais le député maire de la ville a répondu qu’il était trop tôt pour mettre la ville en alerte.

Peu de temps après, Yang a été envoyé en «centre de rééducation» pour «réformer ses pensées». Un autre géologue, Ma Xirong, a alerté l’association CEA quelques semaines avant la secousse à propos de fluctuations étranges qu’il avait remarquées sur les lecteurs de résistance électrique de la Terre. Il a également averti d’un séisme qui pourrait provoquer des catastrophes mais les responsables du CEA ont ignoré ses observations. À la lecture des avertissements répétés de la part des centres de surveillance géologique, des offi ciels en ont pris note et ont risqué leur carrière politique pour aider des gens à se préparer au tremblement de terre. Wang Chengmin, un expert de l’association CEA, a fait circuler des annonces sur l’imminence du tremblement de terre près de Tangshan et en a parlé également à un petit groupe d’offi ciels des régions environnantes. L’un d’entre eux, Wang Chunqing, a rapporté la nouvelle au district voisin de Qinglong, où les citoyens ont été avertis de l’imminence de la catastrophe. Ces efforts, estimés par certains, ont pu sauver au moins 400.000 vies.

Une conversation qui passe de la tristesse à la joie

Capture d’écran du site du Southern Worker’s Newspaper du 19 mai montrant l’article intitulé «Une conversation de trois minutes qui passe de la tristesse à la joie»

Le journal de Chine continentale Southern Worker’s Newspaper a publié un article le 19 mai intitulé «Une conversation de trois minutes qui passe de la tristesse à la joie». Celui-ci relate l’histoire d’un père qui travaille dans le secteur de la sécurité dans la ville de Guangzhou en Chine du sud. Il était au bord de la crise de nerf parce qu’il ne trouvait pas son fi ls après la période cruciale de secours des 72 heures. C’est alors qu’il a reçu un appel téléphonique du professeur de l’école de son fi ls lui annonçant la bonne nouvelle. Selon l’article, l’enseignant a dit que juste une heure avant le tremblement de terre, l’école avait reçu un avis d’évacuation urgent. Tous les enseignants et les étudiants se sont immédiatement rassemblés dehors sur un terrain vague voisin et ont assisté à l’effondrement de leur école.

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