Mulan proche de l'exécution : Une invention de Disney

Illustration datant de la Dynastie Qing représentant Hua Mulan, actuellement conservée au Musée national du Palais de Taipei


Table des matières
1. Introduction
2. La vraie perception des femmes dans la culture traditionnelle chinoise
3. La culture traditionnelle chinoise exige le principe du remboursement du bien fait, fût-ce par une femme
4. La culture traditionnelle chinoise est résolument opposée au "profil asiatique" dont parlent certains Occidentaux
5. Les producteurs de Disney croient fermement en un stéréotype de
la culture chinoise
6. Oui, ce sont les mauvais vieux jours du passé, mais la culture traditionnelle chinoise n'a pas été vile envers les femmes
7. Nous devons mettre de côté les stéréotypes et étudier la culture traditionnelle chinoise et le patrimoine intellectuel chinois


1. Introduction
Quel que soit le mérite du film "Mulan" de Disney de 1998 et sa grande valeur artistique, ce film a un défaut très grave : la fabrication de l'histoire où, découvrant que le soldat Mulan est une femme, le capitaine de l'armée chinoise va l'exécuter "selon la loi". Puis, lorsque le capitaine ne peut se résoudre à la tuer alors qu'elle vient héroïquement de lui sauver la vie, lui et ses troupes lui tournent le dos et l'abandonnent, blessée et ostracisée, dans la neige des montagnes. Ce traitement survient juste après qu'elle ait non seulement sauvé courageusement le capitaine au péril de sa vie, mais aussi arrêté à elle seule les hordes envahissantes de Shanyu en les enterrant dans une avalanche de neige. Selon le film de Disney, dans la culture chinoise, les femmes sont des objets tellement méprisables et de si basse classe que le fait pour une femme de se déguiser et d'usurper la position supérieure d'un homme est un crime impardonnable, un crime qui justifie l'exécution obligatoire, peu importe le nombre de grandes actions qui ont été accomplies ; le fait que Mulan ait accompli des actions bouleversantes de grand mérite et d'héroïsme, y compris sauver la Chine entière, ne fait que la rendre encore plus digne d'être punie : elle a apporté la honte et fait "perdre la face" aux hommes, en ce sens qu'ils ont été éclipsés par un être aussi inférieur qu'une femme.


2. La vraie perception des femmes dans la culture traditionnelle chinoise
Bien sûr, historiquement, l'armée chinoise ne fait pas une telle chose, et la culture traditionnelle chinoise ne tolère pas une telle parodie. Dans la "Ballade de Mulan" historique (木兰词 mulan ci), il n'est même jamais question que Mulan s'engageant dans l'armée déguisée en homme puisse être un crime. Et cette histoire date sans aucun doute de l'époque de la Chine impériale, prétendument écrite au cours des années 500 de notre ère, durant la dynastie des Wei du Nord, époque à laquelle l'histoire se déroule. La ballade est également très connue des Chinois ; en fait, j'en ai mémorisé des parties dans le cadre du programme de l'école primaire à l'âge de dix ans à Hong Kong. À la fin de la ballade, Mulan révèle volontairement son identité sexuelle à ses camarades de guerre en revenant à une tenue féminine et en se maquillant. Les camarades sont consternés de ne pas avoir pu le deviner pendant ces douze années de combat et de vie commune. La ballade dit d'un ton léger que l'on ne peut évidemment pas savoir - quand deux lapins courent ensemble, qui peut dire lequel est le mâle de la femelle?


Loin d'être une exception isolée, ce genre de tolérance envers des femmes combattant dans l'armée est une attitude culturelle dominante dans la Chine impériale. Outre la "Ballade de Mulan", on trouve également dans le registre historique au moins un opéra faisant l'éloge de Mulan, un opéra écrit par Xu Wei (徐渭) [note 1] durant la dynastie Ming. De même, la femme guerrière Mu Guiying (穆桂英) et les généraux femmes de la famille Yang (杨门女将 yang men nu jiang) ont été célébrées dans des livres et des chansons depuis peut-être le début des années 1000. En outre, dans le célèbre roman historique des années 1300, "Au bord de l’eau" (水浒传 shui hu zhuan), qui vante une armée de héros rebelles, trois des cent huit chefs de cette armée sont des femmes.[note 2] En outre, depuis l'histoire chinoise enregistrée il y a plus de 3 000 ans, il y a eu d'autres femmes combattantes et commandantes, comme Fu Hao (妇好, morte en 1200 avant JC. C.E. ), Pan Bao-zhu (潘宝珠, de la même dynastie que Mulan - les Wei du Nord), Shan Ying (冼英), la princesse Ping Yang (平阳公主), Chen Shuo-zhen (陈硕贞), Yang Miao-zhen (杨妙真), Tang Sai-er (唐赛儿), Qin Liang-yu (秦良玉), She Xiang (奢香), Madame Wa (瓦氏夫人), Shen Yun-ying (沈云英), Kong Si-zhen (孔四贞), Feng Wan-zhen (冯婉贞), Qiu Jin (秋瑾), Liang Hong-yu (梁红玉), etc. La culture traditionnelle chinoise ne considère donc absolument pas qu'il soit impensable ou criminel pour les femmes de faire la guerre. Bien au contraire, les femmes qui combattent sont admirées et louées.


Dans la Chine traditionnelle, les femmes ne sont pas considérées comme des déchets dont la vie même est, comme le montre ce film de Disney, moins importante que de laisser des hommes égocentriques et peu sûrs d'eux ‘perdre la face’ parce qu'ils sont dépassés dans la défense du pays. Regardez la tradition chinoise en matière de mariage, par exemple. Dans certaines cultures traditionnelles (non chinoises), la famille de la mariée doit offrir un cadeau conséquent à la famille du marié pour encourager ce dernier à lui prendre sa fille, ce qui implique que les femmes sont des parasites inutiles. En effet, dans ces cultures (non chinoises), les mariées sont parfois tuées en représailles à l'absence d'une dot suffisante de la part de leur famille. En revanche, dans la tradition chinoise, c'est la famille du marié qui doit faire un cadeau suffisamment important à la famille de la mariée pour l'inciter à donner leur fille, affirmant ainsi que les femmes sont des êtres précieux et constructifs. De même, dans la culture occidentale même aujourd’hui, c'est la famille de la mariée qui doit payer les frais du mariage et de la réception, car, en accueillant la mariée, la famille du marié aurait "assumé la charge de subvenir aux besoins de la mariée", ce qui implique à nouveau que les femmes sont inutiles et parasitaires. En revanche, dans la culture traditionnelle chinoise, c'est le marié qui doit payer les frais du mariage et de la réception, parce que c'est lui qui a accueilli la mariée, ce qui implique que les femmes sont précieuses et productives. Alors que dans certaines cultures traditionnelles, les parents de l’épouse s'en remettent au gendre, car celui-ci leur a "rendu un grand service en leur prenant leur fille", dans la Chine traditionnelle, le gendre s'en remet à ses beaux-parents, car ceux-ci lui ont rendu un grand service en lui donnant leur fille. En fait, l'idéal chinois traditionnel de la relation entre mari et femme est celui d'un profond respect mutuel et de la courtoisie, où le couple soulève son plateau jusqu'aux sourcils pour se saluer avant de manger (举案齐眉 ju an qi mei). Dans la Chine impériale, il est considéré comme une question rhétorique de demander : "Qui n'a pas une relation mari-femme, où ils sont comme des invités et des amis (谁无夫妇,如宾如友 shui wu fu fu, ru bin ru you) ? [note 3] Non, les femmes ne sont pas traitées comme des déchets ou des êtres sans valeur dans la Chine traditionnelle.


3. La culture traditionnelle chinoise exige le remboursement du bien qui nous a été fait, fût-ce par une femme
Est-il pour autant, pourrait-on se demander, considéré comme nécessaire de rembourser le bien que l'on a reçu de simples femmes ? En outre, dans le cadre du code moral, la culture traditionnelle chinoise met fortement l'accent sur le remboursement du bien que d'autres ont fait pour une personne (报恩 bao en). En effet, le remboursement du bien que l'on a reçu de ses parents (报答父母恩 bao da fu mu en) est considéré comme la base de la société civile et la garantie d'une conduite morale et éthique. Les personnes qui ne remboursent pas le bien qu'elles ont reçu sont considérées avec mépris et étiquetées avec la phrase accusatrice "oublier le bien que les autres vous ont fait et manquer à ses obligations" (忘恩负义 wang en fu yi) ; les personnes qui remboursent le bien par le mal (恩将仇报 en jiang chou bao) sont considérées comme vraiment malveillantes. Ainsi, pour une unité de l'armée chinoise le fait d’exécuter un soldat qui vient de sauver le capitaine, pour l'unité et en fait pour toute la nation serait vraiment impensable. Cela serait particulièrement vrai à l'époque de la Chine impériale, où le code moral et la nécessité de rendre le bien avaient une bien plus grande emprise sur la population qu'aujourd'hui.


Si l'on en croit la représentation dans ce film de Disney, peut-être les femmes sont-elles considérées comme si inférieures que le code moral du remboursement du bien ne s'applique pas ? La réponse est, bien sûr, non.


Examinons une histoire largement connue durant l'époque de la Chine impériale, dès les 1000 AD, "Wang Kui manque à sa parole sur Guiying" ("王魁負桂英" wang kui fu gui ying).[note 4] Ici, un érudit malade et pauvre, Wang Kui, épouse une courtisane au chant modeste, Guiying. Bien qu'elle ne puisse plus travailler comme courtisane mais puisse seulement chanter après son mariage car elle devient chaste, en s’investissant au maximum, elle se donne les moyens de l'aider. Elle trouve des médecins pour qu’il retrouve une bonne santé, subvient à tous ses besoins pour qu'il puisse se concentrer sur ses études, et enfin finance son long et coûteux voyage à la capitale pour passer les examens impériaux. Mais après avoir gagné l'honneur suprême de Premier lauréat impérial, il divorce de sa femme "de basse classe" pour épouser la fille du Premier ministre. Accablé par le chagrin, Guiying se suicide.


Maintenant comment la culture traditionnelle chinoise traite-t-elle un homme qui revient sur le bien que lui a fait non seulement une femme quelconque, mais aussi une humble courtisane ? La culture traditionnelle chinoise dit-elle qu'il est normal d'oublier le bien fait par une femme de si "basse classe" ?


Absolument pas. La culture traditionnelle chinoise, exprimée à travers cette histoire traditionnelle, rend une justice sévère à un homme qui a "oublié le bien que les autres lui ont fait et qui a manqué à ses obligations" : sur ordre du fantôme de Guiying, les dieux emmènent l'âme de Wang Kui aux enfers pour le punir.[note 5]


N'est-il pas évident de voir ce que mérite une femme ordinaire lorsque même une femme très modeste mérite de voir ses bonnes actions pour un homme remboursées, et quand la punition pour l'homme qui renie, bien qu'il soit aussi éminent que le premier lauréat impérial, peut être aussi sévère que la mort ? Oui, en effet, dans la culture traditionnelle chinoise, même si le bien est fait par une femme, même si elle est la plus humble des femmes, il faut rembourser et ne pas revenir sur sa parole.


4. La culture traditionnelle chinoise est résolument contre le genre de " profil asiatique " que certains Occidentaux décrivent
Examinons maintenant la redoutable obsession de la "face" chez les soldats de l'unité de Mulan. D'après ce film, ils ont honte et la détestent parce qu'ils ont été dépassés à la guerre par une simple femme. Certains Occidentaux ont beaucoup écrit sur le fait que la "face" est un "trait culturel" oriental ou est-asiatique. Selon ces Occidentaux, cette "face" est censée signifier ne pas avoir quelqu'un qui vous signale vos propres erreurs, et ne pas être surpassé par quelqu'un "de rang social inférieur". Cependant, en examinant quelques facettes de la culture traditionnelle chinoise, on constate qu'elle est totalement opposée à ce genre de "face".


Tout d'abord, alors que d'autres sociétés traditionnelles asiatiques ont eu des classes héréditaires rigides de nobles, de roturiers et même d'intouchables de la classe inférieure, dans la Chine impériale, la classe n'est pas héréditaire et on peut passer d'une classe à l'autre dans la vie. Ceux de plus basse extraction peuvent être élevés au plus haut niveau social, et vice versa. En effet, l'absence de classes héréditaires immuables en Chine est tout à fait unique parmi les sociétés traditionnelles. Ainsi, il n'est pas nécessaire, dans la Chine traditionnelle, de préserver par la force la façade de supériorité des personnes de rang social supérieur par rapport à celles de rang inférieur, pas plus qu'il n'existe de monopole de la classe supérieure sur certaines activités "nobles" comme la guerre, les études ou l'accession à un poste de haut fonctionnaire. En fait, l'idée centrale du rêve américain est répandue depuis longtemps dans la Chine impériale : n'importe qui peut aspirer à la plus haute position dans la vie. Les histoires de garçons pauvres abondent. [Note 6] Comme le dit le vieux dicton chinois, "les généraux et les premiers ministres ne sont pas génétiques ; les jeunes hommes doivent se renforcer" (将相本无种,男儿当自强 jiang xiang ben wu zhong, nan er dang zi qiang). Il est considéré non seulement comme normal mais aussi comme souhaitable que les personnes d'origine modeste visent les plus hautes réalisations et dépassent celles qui sont au-dessus d'elles. Lorsque cela se produit dans la Chine traditionnelle, il n'y a pas de "perte de face" pour les personnes des classes sociales supérieures.


Deuxièmement, la culture traditionnelle chinoise accorde une grande importance à l'humilité, qui est la marque de l'homme noble (君子 jun zi). Pour être considéré comme raffiné et doté de 'culture de soi' (xiu yang), le noble chinois est censé être humble (谦虚 qian xu), ne jamais se vanter de ses capacités car seuls l’ignorant et le grossier le font, et être poli envers les personnes étant de rang inférieur (礼贤下士 li xian xia shi). Même s'il était vrai que, comme le suggère le film de Disney, les femmes étaient considérées comme extrêmement inférieures, il serait absolument inadmissible que quiconque, en particulier un homme noble, soit hostile à une femme pour avoir surpassé ses "supérieurs masculins" en faisant un bien aussi grand que de sauver le pays. Lorsque le bien fait est si grand, la chose à faire pour le noble chinois traditionnel serait de reconnaître, de remercier et de faire en sorte que tout le monde honore la personne "inférieure".


Troisièmement, l’Homme noble est censé accueillir et accepter la critique, avoir des craintes " lorsqu'il entend des louanges et être heureux lorsqu'il entend des critiques" (闻誉恐,闻过欣 wen yu kong, wen guo xin de "Di Zi Gui", versets 113 - 116) [note 7], car la critique permet aux gens de surmonter leurs défauts, de s'améliorer et d'éviter les erreurs. En outre, il est censé ne pas avoir peur d'admettre ses erreurs et de s'en excuser, comme dans les illustres excuses du célèbre général Lian Po (廉颇), qui se déshabille depuis la taille et porte des bâtons de bois sur son dos nu pour que le parti qu’il a offensé, le batte avec (负荆请罪 fu jing qing zui).


Ainsi, dans le paradigme traditionnel chinois, un homme décent ne se soucie pas beaucoup de la"face". L'homme noble est humble, il traite avec courtoisie ceux qui sont de rang inférieur, il reconnaît et honore volontiers même les inférieurs sociaux pour des accomplissements qui dépassent les siens, il accueille les critiques et reconnaît ouvertement ses défauts et ses erreurs.


Maintenant, il est vrai que la dignité et l'honneur sont considérés comme importants et qu'il ne faut pas se soumettre à des insultes malveillantes et à des humiliations dégradantes, surtout de la part des riches et des puissants, mais c'est l'échine, pas la "face". L'échine est complètement différente d'une obsession égoïste et exagérée qui consiste à ne jamais admettre ou se faire remarquer comme ayant tort ou étant moins capable qu'un autre. En fait, la véritable "face" qui est mentionnée dans la culture traditionnelle chinoise fait référence à la nécessité de bien se conduire et de s'abstenir d'actes contraires à la justice et à la moralité, sinon on risque d'avoir honte, de perdre le respect des autres, c'est-à-dire de "perdre la face". Faire de mauvaises choses apporter la honte, c'est le vrai sens du mot "face" dans la culture chinoise.


Je n'ose me porter garant d'autres sociétés asiatiques qui ont des classes sociales héréditaires, mais dire que la culture traditionnelle chinoise est obsédée par le genre de "face asiatique" dont certains Occidentaux parlent avec joie est un mythe et une erreur. L'obsession pour ce genre de "face" n'est qu'une obsession de l'ignorant et du grossier partout, y compris en Asie mais aussi en Occident.


5. Les producteurs de Disney croient fermement en un stéréotype de la culture traditionnelle chinoise
Ce film ne s'arrête pas à la fabrication de la proche exécution de Mulan ; il se voit également contraint de fabriquer la présentation dégradante de filles en âge de se marier à l'entremetteuse tyrannique de la ville. Là-bas, les filles sont tellement malmenées, déguisées et peintes en morceaux de viande, pour être impitoyablement évaluées puis vendues. Si l'on se penche sur les histoires de la Chine impériale traditionnelle elle-même (par exemple "Li Sao" de Qu Yuan), on peut cependant constater que, généralement, l'entremetteuse n'est qu'une amie de la famille de confiance, tant du côté du marié que de celui de la mariée. Même lorsqu'il s'agit d'un intermédiaire professionnel, toute la question de la recherche d'un conjoint est traitée avec la plus grande dignité et courtoisie. L'image d'une société malveillante qui soumet régulièrement les femmes à une humiliation écrasante est une distorsion complète de la Chine traditionnelle, et pourtant c'est exactement ce que ce film transmet.


Alors pourquoi Disney se sent-il obligé de fabriquer l'histoire et de déformer la culture traditionnelle chinoise en la présentant comme une culture cruelle et vile, du moins lorsqu'il s'agit de la moitié de la population, les femmes ? Ayant grandi en Amérique du Nord dans les années 60 en tant que personne d'origine chinoise, je ne peux m'empêcher de penser au stéréotype de l’"asiate" pervers aux yeux bridés . Ce film essaie de s'en affranchir en présentant les "asiates" comme des gens courageux et aimables ; c'est juste leur culture qui est si "gluante" et maléfique. La culture chinoise est dépeinte de façon si malveillante que non seulement la "face" l'emporte de loin sur la nécessité de remercier quelqu'un qui a rendu un très grand service à l'armée et à la nation, mais aussi que la vie de la moitié de la population, c'est-à-dire celle des femmes, n'a aucune importance par rapport à la "face" de certains hommes peu sûrs et vindicatifs. Diaboliser ainsi la culture traditionnelle chinoise, est-ce parce que Disney veut piétiner l'amour-propre des gens de tous les pays ayant un héritage chinois ?


Non, même si tel est le résultat des inventions de Disney, je ne pense pas ; je ne pense pas que Disney ait des intentions hostiles délibérées envers les personnes d'origine chinoise. En fait, je pense que les producteurs de Disney pensent rendre service aux Chinois du monde entier. Je pense que les producteurs de ce film croient sincèrement et honnêtement que le vrai visage de la culture traditionnelle chinoise est vil et cruel, envers les femmes en tout cas, et qu'en soulignant cela, ils aident les personnes d'origine chinoise à "surmonter leur côté sombre et méprisable", même si ce "côté sombre et méprisable" est de leur propre invention.


6. Oui, ce sont les mauvais vieux jour, mais la culture traditionnelle chinoise n'a pas été vile envers les femmes
Bien sûr, je ne dis pas que la société chinoise traditionnelle a été un paradis pour les femmes. Non, toutes les sociétés traditionnelles ont été dures pour les femmes, et c'est en partie à cause des conditions primitives et appauvries de l'époque ; ce sont les mauvais vieux jours après tout ! La vie d'alors est comme celle des pays les plus pauvres, sauf que la médecine, l'hygiène et les connaissances scientifiques quotidiennes sont encore plus arriérées, bien plus nombreuses, et les ravages chroniques comme la tuberculose et les parasites intestinaux encore plus répandus. Les femmes ont alors été le sexe faible. Elles meurent régulièrement à l'adolescence et à l'âge de vingt ans à la suite d'un accouchement, et ont donc une espérance de vie nettement plus courte que les hommes. Les femmes sont régulièrement anémiques à cause de leurs menstruations et des grossesses, et ont donc souvent une endurance nettement inférieure à celle des hommes. Soit dit en passant, nous ne parlons pas ici d'une simple anémie légère mais d'une anémie chronique grave, comme celle des femmes rurales dans les pays très pauvres d'aujourd'hui, dont la mesure de l'hémoglobine, la mesure de la suffisance du sang rouge, qui est supérieure à 12 et qui est considérée comme normale de nos jours dans les pays développés, est souvent de 4 - alors que ces femmes travaillent dans les champs et allaitent leurs bébés ! [note 8]


Discrimination à l'égard des femmes dans la culture traditionnelle chinoise ? Absolument, comme dans toutes les autres sociétés pré-modernes, y compris en Occident. Mais cruauté et vilenie envers les femmes ? Considérer leur vie comme rien ? Absolument faux. Même autrefois, avec le peu de biens matériels dont ils disposent, nos ancêtres ont développé une société civile et un code moral qui incluent les femmes. Non, plutôt que de mériter un mépris et un rejet catégoriques, cette société civile et ce code moral ont beaucoup de choses qui sont non seulement encore valables aujourd'hui, mais aussi opportunes et vitales, et qui méritent notre attention et notre héritage.


À ce stade, certains lecteurs s'exclameront : pas cruel envers les femmes ? Qu'en est-il du bandage des pieds ? Oui, en effet, le bandage généralisé des pieds des adolescentes de familles plus aisées pendant les 250 dernières années de la Chine impériale, c'est-à-dire pendant la dynastie Qing, est un spectacle triste et révoltant pour nous aujourd'hui, et à juste titre. Pourtant, l'idée sous-jacente à l'époque n'est pas une cruauté délibérée : elle est plutôt considérée comme une procédure cosmétique destinée à obtenir une marche d'équilibre, alors considérée comme belle, et à garantir que la fille n'aura jamais à effectuer de travaux manuels, y compris la plupart des travaux ménagers, garantissant ainsi un statut de classe supérieure et l'utilisation de domestiques. Seules les filles de familles riches sont capables de bander leurs pieds ; les familles qui ne sont pas riches ne peuvent pas se permettre de faire bander les pieds de leurs filles. L'idée s'apparente un peu à l'extraction de dents parfaitement saines suivie de deux à trois ans d'appareils dentaires douloureux pour les adolescentes, afin de leur permettre de "s’embellir " en rétrécissant le bas du visage. Cette procédure est aujourd'hui très répandue dans les familles nord-américaines plus aisées et sera certainement condamnée par les générations futures pour des raisons de santé - mais elle est aujourd'hui considérée comme une procédure cosmétique réservée aux riches.


Aujourd'hui, nous considérons que le bandage des pieds est laid et invalidant ; à l'époque, on le considérait comme beau et élevant. Oui, la culture traditionnelle chinoise a été absurde et ignorante en matière de bandage des pieds, comme pour d'autres choses. Après tout, ce sont les mauvais jours de l'arriération et de l'ignorance. Non seulement la Chine, mais aussi d'autres sociétés pré-modernes, y compris l'Occident, ont également vécu les mauvais jours de l'arriération et de l'ignorance. Cependant, en bandant les pieds des riches pendant la dynastie Qing, la culture chinoise n'est pas délibérément cruelle ou vile envers les femmes, et ne considère pas non plus que la vie des femmes soit sans valeur.


7. Nous devons mettre de côté les stéréotypes et examiner la culture traditionnelle chinoise et le patrimoine intellectuel chinois
Cependant, ces croisés bien intentionnées mais zélés de Disney croient tellement en un stéréotype anti-femmes, du peuple et de la culture chinoise, qu'ils estiment que les faits historiques largement connus en Chine, tels que la culture chinoise n'exige pas qu'une femme qui s'engage dans l'armée et accomplit d'excellentes actions soit exécutée, ne sont pas pertinents parce qu'ils ne sont pas "représentatifs", c'est-à-dire qu'ils ne représentent pas "la vilenie avec laquelle la culture chinoise traite les femmes", et il est donc justifié d'inventer de nouveaux "faits" qui sont "plus représentatifs", tels que la quasi-exécution de Mulan. Pour tous les fervents croyants en un stéréotype, même bien intentionné, les faits qui contredisent la croyance ne sont pas pertinents, alors que les fabrications qui la soutiennent le sont.


Ce qui est vraiment triste et effrayant, c'est que la diabolisation de la culture chinoise par le "Mulan" de Disney a réussi même parmi les Chinois de souche eux-mêmes. Aucune communauté chinoise n'a protesté ; en fait, le film a été projeté en Chine continentale même devant un très large public. Demandez à de jeunes Chinois d'Amérique du Nord aujourd'hui et la plupart vous diront qu'ils croient que l'armée chinoise exécuterait une femme dans cette situation. Bien sûr, demandez-leur s'ils croient que l'armée américaine ferait la même chose et la réponse est un "bien sûr que non" choqué et catégorique. Hélas, la propagande anti-chinoise de Disney, diffusée grâce à un talent artistique exceptionnel, est si efficace que même les Chinois l'adoptent !


Quoi que vous fassiez, cher lecteur, ne me croyez pas sur parole ; veuillez lire vous-même l'original de la "Ballade de Mulan" (木兰词 mulan ci), datant de l'époque de la Chine impériale, sur les pages web suivantes :

"The Ballad of Mulan", with Pinyin and English Translation by me
The Ballad of Mulan", with voiced reading
"The Ballad of Mulan", English version


Entendre les voix du passé telles qu’exprimées par nos prédécesseurs confirme que la culture chinoise traditionnelle n'est pas aussi méprisable que celle dépeinte dans le film de Disney.


En effet, en balayant les stéréotypes de diabolisation et en en apprenant davantage sur la culture et le patrimoine intellectuel chinois, nous nous rendrons compte que beaucoup de choses sont non seulement encore valables pour nous aujourd'hui, mais aussi opportunes et vitales. Oui, au lieu de nourrir un quelconque mépris, nous devrions tous étudier, hériter et, dans la mesure du possible, développer davantage cette partie unique et importante du patrimoine intellectuel humain.


(Rédigé en anglais en 2007, révisé en 2008 et 2009, rédigé en chinois en 2009)

Version anglaise et chinoise:
Mulan’s Near Execution: A Disney Fabrication – By Feng Xin Ming -花木兰几乎被处死:迪斯尼的捏造

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