La Chine coupable du "crime du siècle ? " questionne un journaliste

L’article Trafic d’organes : la Chine coupable du ' crime du siècle' ? d’Aaron Sarin* initialement paru dans Quillette** et traduit par Peggy Sastre, a été republié le 3 juillet par le journal Le Point.

A lui seul, le titre suscite d’emblée l’intérêt sur un sujet n'ayant fait jusque là l’objet que d’une attention minimale. Un intérêt soutenu tout du long par le questionnement passionné de l'auteur.


" En juin 2019, le China Tribunal rendait son jugement définitif et le résumait dans un rapport de synthèse. Comité indépendant composé d’avocats, d’experts des droits de l’homme et d’un chirurgien spécialisé dans les transplantations, le Tribunal a été créé pour enquêter sur les prélèvements forcés d’organes en Chine continentale. Ces rumeurs hantent le pays depuis des années – des récits lugubres sur le sort réservé aux adeptes de la religion interdite Falun Gong après avoir été placés en garde à vue. Leurs organes, selon les rumeurs, sont prélevés alors qu’ils sont encore vivants, puis transplantés sur des patients en attente de greffe." commence-t-il.


Et ses conclusions nous dit il sont sans équivoque


"Le Tribunal conclut avec certitude que des prélèvements forcés d’organes ont eu lieu en de multiples endroits de la République populaire de Chine et à de multiples occasions sur une période d’au moins vingt ans et se poursuivent à ce jour."


Suit un bref historique depuis l’interdiction du groupe Falun Gong et sa désignation de ' secte maléfique' par le régime communiste il y a plus de vingt ans


"Le groupe religieux Falun Gong a été interdit en Chine il y a plus de 20 ans. À l’époque, le président Jiang Zemin semblait voir l’expansion du groupe comme une potentielle menace pour son pouvoir – un concurrent dans la course à la loyauté du peuple chinois. Il désignait le groupe comme une « secte maléfique ». Les détentions et les disparitions ultérieures d’un grand nombre d’adeptes ont coïncidé avec l’essor aussi colossal qu’inexpliqué de nouveaux laboratoires et d’hôpitaux spécialisés dans la transplantation. La recherche sur les médicaments immunosuppresseurs s’est soudainement accélérée."


La Chine n’avait pas de système officiel de don d’organes avant 2013, ce qui n’a en rien entravé les chirurgiens du pays qui allaient passer à environ 69 300 transplantations par an. Même le système officiel de dons volontaires aujourd’hui en vigueur ne peut espérer égaler ce chiffre : en 2017, avec 5 146 inscrits, le nombre total de donneurs éligibles en Chine était dérisoire.


Alors que dans le monde entier les patients en demande de greffes forment de longues listes d’attente, en Chine " ... il est possible d’obtenir une transplantation cardiaque en quelques jours, et certains étrangers se sont même entendus dire qu’ils pouvaient se rendre sur le continent à une date précise et recevoir immédiatement leur greffe. En d’autres termes, les autorités chinoises savent exactement quand quelqu’un va mourir et peuvent garantir qu’un cœur sain sera trouvé dans un futur décédé. Comme indiqué dans le jugement définitif, cela « n’est possible que s’il existe une banque disponible de donneurs vivants potentiels pouvant être sacrifiés sur commande »".


Outre les pratiquants de Falun Gong, les musulmans ouïgours ont, rapporte le Tribunal, été soumis aux mêmes traitements.


"Il s’avère que le Parti communiste ne se fatigue même pas à camoufler ces sacrifices humains. Le Tribunal a ainsi pu entendre des enregistrements d’appels téléphoniques passés à des hôpitaux chinois par des enquêteurs de l’Organisation mondiale d’enquête sur la persécution du Falun Gong (WOIPFG). Les demandes étaient faites en mandarin pour des transplantations d’organes. Lorsque les enquêteurs demandaient quelles étaient les sources, le personnel hospitalier était bien souvent heureux de révéler que les organes proviendraient d’adeptes du Falun Gong détenus (leur hygiène de vie et leurs exercices de qi gong leur garantissent des organes sains). Dans leur arrogance, les autorités chinoises n’ont craint aucune condamnation sérieuse. De fait, elles ont même étendu le projet."


Et les pratiquants de Falun Gong décrivent en détails dans leurs témoignages devant le tribunal toutes sortes de tortures subies en détention. Est notamment citée "...une description terrifiante du calvaire d’un dénommé Jintao Liu : « Ils lui ont enfoncé des excréments dans la bouche. Ils ont enfoncé le manche d’une brosse WC dans l’anus, si fort qu’il ne pouvait plus déféquer. […] Ils le réveillaient la nuit en lui versant de l’eau froide ou en lui perçant la peau avec des aiguilles."


Et pourtant, " aussi incroyable que cela puisse paraître, le jugement du China Tribunal n’a fait l’objet que d’une couverture médiatique minimale, malgré l’ampleur des crimes décrits et le prestige de ses membres. Il était présidé par Sir Geoffrey Nice QC, avocat depuis quarante-huit ans et juge depuis trente-quatre ans. C’est lui qui a dirigé les poursuites contre le président serbe Slobodan Milosevic au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie des Nations unies."


En dépit des atrocités récurrentes mentionnées dans les témoignages, l'auteur précise que le Tribunal maintient tout du long une approche toute en mesure et se gardant de tout parti pris :


"Si les conclusions du Tribunal sont tragiques, son approche a été aussi mesurée et sobre que celle qu’on aurait pu prévoir d’un comité de cette stature. Les membres étaient pleinement « conscients du risque que l’enthousiasme de groupe agisse sur l’esprit des témoins adeptes du Falun Gong ». Ils ont pris soin d’éviter tout parti pris contre le PCC en examinant chaque catégorie de preuves de manière isolée et en traitant les preuves pertinentes comme si elles concernaient un État imaginaire à l’excellent bilan en matière de droits de l’homme. Des invitations à assister à la procédure, à faire des commentaires ou à fournir des preuves ont été envoyées à l’ambassadeur de Chine à Londres, ainsi qu’à plusieurs médecins chinois, et même à des médecins occidentaux soutenant le régime chinois (aucun n’a répondu à l’appel). Un professionnalisme de rigueur. Alors, pourquoi le China Tribunal a-t-il été de facto ignoré ?"


Comment dès lors expliquer le scepticisme occidental et le silence de la communauté internationale. C'est "...peut-être parce que la communauté internationale s’était déjà prononcée sur cette question. La Transplantation Society et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont toutes deux déclaré que les critiques à l’encontre du système chinois de transplantation humaine étaient injustifiées et, comme l’admet le jugement du Tribunal, de nombreux gouvernements et organisations internationales ont également exprimé leurs doutes quant à la crédibilité de ces accusations. Il y a des exceptions ... mais la réaction courante est de considérer ces informations avec scepticisme."


Peut-être est-ce aussi que les doutes pourraient notamment résulter de la consonance étrangère du mouvement aux oreilles occidentales. Falun Gong ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Une sorte de religion ?"


Et l'auteur de poursuivre "les doutes de la communauté internationale ne résultent peut-être pas uniquement d’une répugnance pour le Falun Gong. Le gouvernement britannique a déclaré à plusieurs reprises que les preuves étaient insuffisantes pour attester de la réalité des prélèvements d’organes forcés. Ces déclarations pourraient donner l’impression que le gouvernement a déjà procédé à un examen minutieux des éléments disponibles. En effet, Annabel Goldie et le député Mark Field ont tous deux mentionné devant le Parlement britannique des « analyses » et des « évaluations ». Reste que les demandes du Tribunal au Foreign Office pour fournir davantage de détails sont toujours restées lettre morte (…). Quant à l’OMS, elle « opère dans un environnement de parties prenantes multilatérales et pourrait bien être sensible aux réalités politiques », selon le commentaire lapidaire du Tribunal."


Bien sûr, nous pourrions accorder à ces gouvernements et organisations le bénéfice du doute en ne leur attribuant rien de plus pernicieux qu’un scepticisme malavisé. Mais cela ne serait toujours pas une excuse. L’horreur dévoilée par le Tribunal est, au mieux, une estimation prudente de l’ampleur de la tragédie.


Certes il semble impossible de chiffrer avec précision ces abominations : "Les Falun Gong, qui étaient environ 70 millions lorsque leur propre répression a commencé, se sont dispersés tous azimuts. Certains ont fui à l’étranger, d’autres sont entrés dans la clandestinité sur le continent, d’autres ont renié leurs anciennes croyances, d’autres encore sont morts dans d’atroces souffrances dans des cellules ou dans les nombreuses chambres de torture spécialement conçues par le Parti. Et certains sont devenus des sources d’organes. Gutmann estime ce dernier chiffre à 65 000 au cours des premières années (2000 à 2008), mais les registres d’arrestation – ou les registres de toute sorte – sont étiques." Dès le début, les adeptes ont été conduits en masse dans des salles d’opération et sans laisser de traces. "


Mais quelles que soient les explications envisagées, force est de constater que " Les accusations de prélèvements d’organes courent depuis près de vingt ans et ne semblent pas près de s’arrêter. Un rapport d’envergure a été publié dès 2006 par deux avocats canadiens spécialisés dans les droits de l’homme, David Kilgour et David Matas (ce rapport a ensuite été développé dans un livre). Les preuves n’ont cessé de s’accumuler au fil des ans, culminant dans les enquêtes du China Tribunal, et, pourtant, les doutes persistent."


"Tout indique que nous sommes face au crime du siècle, un crime qui soutient la comparaison avec les pires du siècle dernier n'hésite plus à déclarer l'auteur. "Victime pour victime et mort pour mort, le gazage des juifs par les nazis, les massacres des Khmers rouges ou les carnages de Tutsis au Rwanda ne sont peut-être pas pires », selon le commentaire assassin du Tribunal. Sans nul doute que l’un des principaux responsables de ce crime est le dirigeant chinois, qui a, le premier, décidé de la répression du Falun Gong, le psychopathe Jiang Zemin. « Les battre à mort n’est rien, aurait-il déclaré. S’ils sont handicapés à cause des coups, cela compte comme s’ils s’étaient eux-mêmes blessés. S’ils meurent, cela compte comme un suicide ! "


Mais la culpabilité est également partagée par de nombreux individus ordinaires : chirurgiens, fonctionnaires, gardiens de prison, policiers. Et ils le savent. « Nous allons tous aller en enfer », a déclaré un directeur médical chinois à un policier œuvrant avec lui sur les lieux de l’exécution, selon le témoignage de ce dernier auprès d’Ethan Gutmann.


Si le jugement a été pour le moment repoussé, l'article s'achève sur un constat mêlant espoir pour certains et avertissement pour d'autres, car "ces crimes ont été bien documentés par de nombreux hommes courageux et la condamnation de l’Histoire est inévitable. Un jour, les enfants du monde entier apprendront, dans leurs manuels scolaires, l’histoire de l’holocauste du Falun Gong du début du XXIe siècle, et tout le monde connaîtra les noms des principaux instigateurs."


*Aaron Sarin est un écrivain indépendant vivant à Sheffield et travaillant actuellement sur un livre sur la gouvernance mondiale. Il contribue également à seceder.co.uk.

**Quillette, magazine australien en ligne,est une jeune parution devenue une référence dans sa volonté de privilégier la liberté d'expression.


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