Deux professeurs en médecine français témoignent dans le contexte d'une Conférence à l'Assemblée nationale : "Prélèvements d’organes sur des prisonniers du Falun Gong en Chine"

Le 3 décembre 2009, lors d'une conférence à l'Assemblée nationale sous le patronage de Madame Françoise Hostalier, Députée du Nord et ancien Secrétaire d'État, David Kilgour, avocat ayant occupé les fonctions de député puis de secrétaire d'État du Canada pour la région Asie-Pacifique a présenté son nouveau livre : Bloody Harvest : The Killing of Falun Gong for their organs (Prélèvements meurtriers, l'assassinat des pratiquants de Falun Gong pour leurs organes) co-écrit avec un autre éminent avocat canadien, David Matas spécialiste des droits internationaux de la personne et membre de l'Ordre du Canada 2008.

Sont également intervenus à cette occasion M.Michel Wu ancien chef de service de l'émission en mandarin et rédacteur en chef à RFI, et le Professeur Francis Navarro, chef du service de chirurgie hépato-digestive et de transplantation au CHU de Montpellier et professeur à la faculté de médecine de Montpellier.
Étaient également présents le professeur Yves Chapuis, de l'Académie de médecine, Catherine Coste, qui joue un rôle de médiation éthique entre le milieu hospitalier, politique et les usagers de la santé, dans le domaine des transplantations d’organes, des assistants parlementaires et des journalistes et représentants d'ONG.

Les discours ont été suivis d'un moment consacré aux questions-réponses.

Ci-dessous la retranscription des propos des Professeurs Francis Navarro et Yves Chapuis :

Prélèvements d’organes sur des prisonniers
du Falun Gong en Chine
David Kilgour, J.D.
Conférence à l’Assemblée nationale
Salle Mars
101, rue de l’Université – Paris 75007
Le 3 décembre 2009
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Pr Francis NAVARRO : Je tiens tout d’abord à vous remercier de cette invitation et je suis très honoré d’être en votre présence et de représenter avec Monsieur Chapuis, la communauté des chirurgiens, des médecins transplanteurs français. Je dirige un service de transplantation hépatique à Montpellier...

Voici comment j’ai découvert l’ampleur du désastre et cet aspect de déshumanisation de la transplantation auxquels nous sommes, nous chirurgiens occidentaux, très attachés. Cette éthique est extrêmement importante et nous avions dans le cadre des relations internationales, à charge, la formation de quelques chirurgiens chinois… et donc prévues une série de conférences en Chine et puis les chirurgiens sont des personnages du terrain et l’apprentissage de la chirurgie ne se fait pas que par la théorie, elle se fait par les démonstrations chirurgicales.

J’étais invité en Chine à faire une transplantation hépatique… montrer le savoir-faire français, occidental. La chirurgie hépatique est reconnue à l’échelle internationale en France, et donc une programmation : 48 heures avant mon départ, qui était donc pour des conférences et une transplantation, j’avais demandé aux organisateurs de me dire un petit peu comment la procédure allait se mettre en place, car on ne peut prévoir une transplantation chez un donneur avec un prélèvement cadavérique, on ne peut faire que du donneur vivant, c’est-à-dire le prélèvement d’une partie du foie et chez quelqu’un de vivant en bonne santé et une transplantation d’une partie du foie à un receveur.

Et donc on m’annonce, 48 heures avant, que bien évidemment je ferai une transplantation standard, foie complet, programmée ! vous comprenez donc quelle fut ma stupéfaction et les interrogations que j’ai formulées aux organisateurs en leur disant : « mais, comment est-ce ? et puis, voilà, très vite j’ai compris qu’il se passait des évènements que je n’avais pas appréhendés au préalable et bien évidemment, rapidement avec l’un de mes confrères, le Pr Jacques Belghiti non savions que l’exécution des condamnés à mort dans la ville où nous allions, qui est une grande ville universitaire, allait avoir lieu le jour-même où nous étions invités pour faire ces conférences et moi-même faire cette démonstration de transplantation.

Donc ça a été la porte ouverte et la découverte de cet aspect que je considère monstrueux car d’une part, se pose la problématique… c’est ce que j’ai appelé la trilogie chinoise, enfin de la transplantation chinoise, il y avait d’une part, la condamnation à mort, donc la France a une position depuis des années, et puis quand on évoque la notion d’éthique quant aux prélèvements d’organes, c’est une réflexion permanente, nous sommes depuis des années, depuis que la transplantation est promue, depuis l’arrivée des immunosuppresseurs, la transplantation est une réelle stratégie thérapeutique, avec ses résultats, excellents, etc. Donc nous avons une réflexion en parallèle, de la technicité, de la pharmacologie, de… je dirai, de la réussite de cette thérapeutique. La réflexion elle est éthique, elle est en France, elle est menée par l’académie, par la société française de transplantation, par nos collègues britanniques, par nos collègues aux Etats-Unis, et donc elle est systématiquement évolutive, elle est grevée un peu du côté moraliste, mais indispensable, c’est-à-dire à quel moment nous faisons bien le prélèvement d’organes, comment le consentement présumé c’est-à-dire cet accord que nous allons chercher à la famille pour prélever, comment nous tenons compte de la loi française qui fait que nous n’avons pas le droit de faire un prélèvement, si ce n’est à visée thérapeutique, comment nous avons contourné toutes ces lois. Donc une réflexion importante sur ces aspects éthiques… et on a découvert il y a quatre cinq ans ce que nous ne connaissions pas et on n’avait pas imaginé, nous transplanteurs, que dans le monde, de telles situations allaient se retrouver. En Chine, nous avons découvert, au-delà de la condamnation et de l’exécution, toute la procédure qui a été mise en place. Et en 2006, on a découvert en Chine après pas mal d’investigations, et je travaille aujourd’hui avec un journaliste, Dominique Mesmin, et on sillonne tous ces pays depuis trois ans à titre personnel on fait des voyages, on prend des risques et on est allé voir, parce que les aspects théoriques, tout ce qu’on peut avoir comme informations, on est allés les vérifier sur le terrain. Après cette aventure personnelle, ça a été la Chine, le Pakistan, ce sont aujourd’hui des pays bien plus proches, les pays du Maghreb, etc. pour constater que nous sommes dans ce que nos politiques n’ont pas conscience, dans une phase qui va être effrayante dans les dix quinze, vingt années prochaines. Le trafic d’organes, le côté mercantile des organes est en train de s’installer et le problème de la Chine est que, dès lors que nous avons découvert que la Chine avait ouvert les portes, et vous l’avez bien dit, les portes de la commercialisation des organes, toutes les horreurs sont derrière. Et en l’occurrence, nous avons découvert les camps de Falun Gong. En Chine, c’est ainsi qu’a été initiée la commercialisation des organes, et puis ensuite cela a été étendu à tous les condamnés à mort et puis nous avons découvert des sites internet, où le prix d’un cœur était de 190.000 dollars à peu près, le foie 140.000 dollars et le rein était situé aux environs de 80.000 dollars. Et donc pour avoir plus de données, de preuves, eh bien nous avons constitué de faux dossiers. Nous sommes allés en demande d’une transplantation, et je me souviendrai toujours de cette phrase de la coordinatrice de l’hôpital qui est un hôpital militaire – il faut savoir que beaucoup d’hôpitaux qui aujourd’hui sont axés en transplantation en Chine, sont d’anciens hôpitaux militaires ou sont encore des hôpitaux militaires – et que la transplantation n’est pas systématiquement faite dans un centre hospitalier universitaire comme c’est le cas chez nous ! C’est très bien recensé, je passerai sur la méthode d’exécution et de prélèvement, vous savez que le prélèvement d’organe est un acte médical, avec des substances, la conservation des organes, là la technique n’était pas sûre et donc le prélèvement était fait dans la minute qui suivait l’exécution dans une ambulance aménagée aux prélèvements, donc avec toutes ces preuves-là. Bref, tout cela pour vous dire que quand on a eu monté ce dossier et discuté avec la coordinatrice, ce qui nous a été dit, donc c’était en période du Nouvel An chinois, c’était : « dépêchons-nous car avant le Nouvel An chinois, on doit procéder à toutes les exécutions ». Ce fut notre stupéfaction et bien sûr, il y a eu une réponse favorable à notre simulation de demande. Donc là on était dans une mouvance où l’on a découvert, ce que nous on a appelé la trilogie, la peine de mort, la condamnation et le tourisme d’organes. Et donc nous sommes allés chercher des témoignages, pas en Chine parce que ce tourisme de transplantation en Chine en 2006 puis 2007 qui a continué, provenant d’organes de condamnés et puis donc beaucoup au départ de Falun Gong… on est allé interroger des Israéliens, des Coréens qui ont été les premiers patients transplantés en Chine parce qu’en Corée, et dans d’autres pays d’Asie, seule la transplantation donneur vivant est possible, la transplantation avec prélèvement chez le donneur cadavérique ne l’est pas. Et cela se faisait en Chine et je rappelle aussi, qu’en Chine, dans le cadre des aspects éthiques et religieux, l’inhumation doit être corps complet. Donc non seulement aux condamnés à mort on ne leur demande pas leur consentement, soit disant le consentement est acquis par la famille, mais aussi on prélève un organe ce qui est aussi une autre façon d’être exécuté… et donc aucun respect du défunt ni de ses priorités religieuses. Quand nous, médecins français, on a commencé à lever un petit peu le doigt, on a dit : mais… la société britannique a été la première société à crier haut et fort que des agissements de la sorte et que la commercialisation des organes se faisait en Chine, que Falun Gong en étaient les premières victimes, suite aux condamnations et je suis heureux que vous ameniez toutes ces preuves car nos petites voix de médecins transplanteurs ne sont pas entendues car il y a d’autres problèmes qui viennent se greffer.

En France, quand on a commencé à évoquer la problématique du trafic d’organes, la Chine a été le témoignage de ce qui a été mis en avant –Internet la vente des organes – et ensuite on s’est tourné vers les autres pays, notamment au Pakistan et on a failli ne pas revenir car toute une organisation mafieuse de trafic d’organes et de mercantilisme est en place, existe et se développe à l’échelle internationale, au tel point que les gouvernements aujourd’hui, malgré le fait que des lois sont promulguées, ne savent plus comment revenir car c’est tout un système, parce que ça rapporte beaucoup d’argent, et le reproche que nous pouvons faire à la Chine, d’un point de vue chirurgical, c’est d’avoir ouvert cette porte, d’avoir démontré qu’un organe pouvait être commercialisé.

L’an dernier en 2007, nous avons lancé une pétition des médecins en France. On a eu un retour, on a sollicité nos politiques pour leur remettre ces signatures : « voilà M. Sarkozy, vous avez la présidence de l’Europe, faites en sorte que le débat soit lancé à l’échelle européenne. » On n’a pas été écoutés. Pourquoi ? il y avait les JO, et vous savez que depuis la position de la France au moment des JO, il y a eu un barrage économique de la Chine, les marchés n’ont pas eu lieu et pour que certaines spécialités françaises puissent être commercialisées en Chine, ce n’est que depuis deux mois que la Chine a redonné des accords de commercialisation. Donc c’est pour vous dire que la sanction économique tombe rapidement dès qu’on montre du doigt certaines pratiques chinoises. C’est à mon sens, purement scandaleux !

Yves CHAPUIS, Académie de médecine : Francis Navarro a fait allusion tout à l’heure au fait que j’étais comme lui un pionnier en France ; j’ai commencé en 64, je m’intéresse à la transplantation et j’ai passé quelques temps à Denver pour la transplantation hépatique, le centre de référence. Depuis, j’ai arrêté il y a 10 ans mon activité chirurgicale, il se trouve que je me suis toujours beaucoup intéressé à toutes ces questions et nous avons organisé plusieurs séances de travail dans la commission que je préside à l’académie de médecine « Commission éthique et droit » qui s’est penché sur le problème éthique du don d’organe, quelles que soient les ressources : donneur en état de mort encéphalique, donneur à cœur arrêté et bien entendu donneur victime. Je peux dire que c’est à propos du donneur vivant que nous avons commencé à … enfin nous savions ce qui se passait, nous avions des idées sur ce qui se passait sur des condamnés à mort, sur des gens en état de mort encéphalique, mais avec aussi éventuellement le commerce des organes à partir de donneurs vivants. Je crois que s’agissant des condamnés du Falun Gong, et d’autres prisonniers chinois, c’est vrai que pendant un certain temps, la communauté des transplanteurs a été, et la population, ont été sceptiques ; maintenant je crois que la réalité est démontrée d’une façon éclatante, ce qui accentué encore l’angoisse que nous avons.

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