Pékin "applique la stratégie anti-Falun Gong" dans sa répression des Ouïghours, dit un expert

Sarah Cook, analyste de la Chine pour Freedom House, à un événement à la Jamestown Foundation le 15 octobre 2019. (Li Chen/The Epoch Times)


Yan Yuhua compte parmi les millions ayant croupit dans les prisons chinoises en raison de leur foi. Lors de sa première arrestation en 2006, des gardiens l’ont mise à l’isolement afin de la forcer à signer une renonciation à sa croyance en Falun Gong, une pratique spirituelle interdite par le régime chinois. Dormir, se doucher, manger et même s’allonger étaient des luxes. Ils ont versé de l’eau froide sur son corps et l’ont forcée à rester debout pendant de longues heures. Ils ont également interdit à ses parents, âgés de 70 ans, et à un fils adolescent, de lui rendre visite.


Plus tard, elle a été détenue dans un centre de lavage de cerveau pendant deux ans et demi. Les gardes lui ont fait porter des écouteurs débitant de la propagande accusant le Falun Gong Les " surveillantes " se relayaient pour la battre et l’insulter.


Des histoires reflétant les expériences de Yan et d’autres pratiquants du Falun Gong – qui ont subi de telles persécutions depuis le début de la campagne du Parti communiste chinois contre eux en 1999 – se produisent maintenant aussi dans le Xinjiang au nord-ouest de la Chine.


Les origines du modèle du Xinjiang
Environ 11 millions de Ouïghours et de membres d’autres minorités musulmanes vivent au Xinjiang.


Sous le prétexte d’" éradiquer l’extrémisme ", les autorités chinoises ont lancé en 2014 une campagne de surveillance, de répression et de persécution des minorités musulmanes, notamment par la mise en place d’un réseau de surveillance générale. Le régime a recueilli les données personnelles des résidents et a installé des caméras et des applications téléphoniques pour surveiller leurs activités.


Les Nations unies estiment que plus d’un million de résidents musulmans sont actuellement détenus dans des camps d’internement, où ils sont torturés, " rééduqués " et contraints de prêter serment d’allégeance au Parti communiste chinois (PCC) dans un effort pour les forcer à renoncer à leur foi.


Selon les experts, les tactiques utilisées dans la répression actuelle n’ont pas été conçues récemment, mais sont l’aboutissement de deux décennies d’expériences acquises parle régime chinois en persécutant le Falun Gong.


La discipline spirituelle, qui comprend des exercices de méditation et des enseignements moraux fondés sur les principes universels de vérité, de compassion et de tolérance, a attiré entre 70 et 100 millions de pratiquants avant que le PCC ne lance une campagne nationale pour éradiquer la discipline en 1999.


" La transformation par l’éducation "
Le concept de "transformation par l’éducation ", par exemple, est né de la persécution du Falun Gong, selon Sarah Cook, analyste principale de la Chine pour l’organisme de surveillance Freedom House, dans un rapport de février 2019.


Le régime chinois détient les pratiquants du Falun Gong dans des prisons et des " centres d’éducation juridique " (souvent appelés centres de lavage de cerveau), et les envoyait auparavant en masse dans des camps de travail, qui ont été abolis en 2013. Dans ces prisons et ces centres, les détenus sont forcés de regarder des vidéos de propagande, chanter des chansons pro-PCC et se " repentir" de leurs prétendus crimes de foi. Ceux qui résistent à la pression sont soumis à la torture.


L’euphémisme "transformation " est une façon pour le régime chinois "d’invoquer une image positive "et de présenter le processus comme un " traitement compatissant", a expliqué Sarah Cook.


"C’est un tel terme lié au Falun Gong qui a bel et bien émergé et prospéré […] et vous voyez ce même terme apparaître dans le Xinjiang", a déclaré Mme Cook lors d’une interview avec The Epoch Times


Elle s’est rappelée d’un débat sur le Xinjiang en 2018, tenu au Hudson Institute à Washington, où elle a été surprise d’entendre un analyste chinois associer le terme " transformation" au Xinjiang. "Ces experts […] ne sont pas très familiers avec le langage spécifique du Parti concernant le Falun Gong, c’est pourquoi il était vraiment surprenant de l’entendre dire ça. "


Selon une étude incomplète menée par Minghui.org, un centre d’information documentant la persécution du Falun Gong, il existe 449 centres de lavage de cerveau dans 173 villes et 329 districts ou cantons à travers la Chine.


Ces installations ont proliféré après que le régime chinois ait aboli le système des camps de travail en 2013, a dit Sarah Cook. La persécution du Falun Gong se poursuit sans relâche.


Fonctionnaires
Un lien très révélateur entre les deux campagnes de persécution, selon Sarah Cook, est le fait que les principaux fonctionnaires influençant aujourd'hui la politique du Xinjiang ont édifié leur carrière à l’origine par des campagnes anti-Falun Gong.


Fu Zhenghua est actuellement le ministre chinois de la Justice chargé de financer les programmes d’endoctrinement politique du Xinjiang. De 2015 à 2016, il a dirigé le Bureau 610, une agence extrajudiciaire créée expressément pour superviser la persécution du Falun Gong.


Il a également occupé un poste de haut niveau dans le bureau de la police municipale de Pékin entre 2010 et 2015, période pendant laquelle les pratiquants de Falun Gong qui refusaient de renoncer à leur foi "auraient été envoyés directement dans divers centres de lavage de cerveau " après la dissolution officielle du système des camps de travail, selon un rapport d’Amnesty International de 2013 (pdf).


Sun Jinlong, secrétaire du Corps de production et de construction du Xinjiang, une entreprise d’État et un conglomérat quasi-militaire, a également une grande expérience de la persécution. Lors d’une conférence nationale en 2001, Sun Jinlong a fait un discours public dénonçant le Falun Gong et encourageant les responsables à " lutter sans relâche contre" la pratique spirituelle, selon le Quotidien du peuple (People’s Daily).


En 2010, alors que Sun Jinlong était secrétaire du Parti dans la ville de Hefei, dans la province d’Anhui, il a présenté un " plan de bataille de travail global " pour surveiller et harceler les pratiquants locaux de Falun Gong, y compris la création de bases de données de pratiquants et de centres de lavage de cerveau pour les plus "têtus ", et la conduite de visites de porte à porte. Le plan proclamait l’objectif de "transformer " tous les pratiquants " nouvellement identifiés" d’ici un an. Les fonctionnaires au niveau de la rue recevraient des diplômes honorifiques en reconnaissance de leur efficacité dans ces efforts, comme le montrent les dossiers des administrations locales.


Leurs " antécédents avérés de répression sévère des croyants religieux innocents " semblent être " précisément " ce qui les a conduits à un cran plus élevé, a dit Mme Cook.


L’Organisation mondiale pour investiguer la persécution du Falun Gong-, une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis qui se consacre à documenter la persécution de la discipline spirituelle, a désigné les deux responsables comme des violateurs des droits de l’homme.


Courbe d’apprentissage
La politique du Xinjiang a d’autres caractéristiques de la campagne contre le Falun Gong.


En termes de terminologie, les responsables exécutant la répression au Xinjiang et celle du Falun Gong ont qualifié ces efforts de "conseils psychologiques " et fixé des quotas cibles pour les responsables de la sécurité, a expliqué Sarah Cook.


Les autorités utilisent également des termes similaires pour désigner les deux groupes : les pratiquants " purs et durs" du Falun Gong et les détenus " purs et durs " du Xinjiang, par exemple.


Minghui.org a rapporté en détails comment la police a écouté les téléphones des pratiquants du Falun Gong depuis le début des années 2000 pour recueillir des informations à leur sujet. Une recherche rapide sur le site Web révèle une dizaine de cas d’écoutes téléphoniques prolongées, dont la plupart ont été suivies d’une arrestation ultérieure. Les 20 années d’expérience dans la répression du Falun Gong ont permis au régime chinois de mettre rapidement en place un dispositif de persécution des minorités musulmanes au Xinjiang.


" C’est comme n’importe quel type de gestion de projet. Une fois que vous l’avez déjà fait, ça va beaucoup plus vite la deuxième fois ", a déclaré Sarah Cook. " Ils savent exactement ce qu’ils font. "


Elle a noté que les tendances récurrentes montrant que les fonctionnaires chinois " reproduisent leur stratégie anti-Falun Gong [pour l’appliquer] au Xinjiang " sont alarmantes.


" Cela indique qu’ils jouent une partie à long terme, sans aucune intention de revenir sur leur politique et ont peu de scrupules à utiliser des tactiques dures telles que la torture sévère ou de longues peines de prison pour atteindre leurs objectifs ", a écrit Sarah Cook dans son rapport de février.


Source : https://www.theepochtimes.com/beijing-is-following-the-anti-falun-gong-playbook-in-uyghur-crackdown-says-expert_3190870.html

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