Un médecin transplanteur chinois accusé d’avoir ordonné des exécutions invité à prendre la parole au Vatican

 
Le dôme de la basilique Saint-Pierre au Vatican à Rome le 22 septembre 2011. (Peter Probst/Shutterstock)

L’Académie pontificale des sciences du Vatican s'est heurtée à une controverse pour avoir invité un intervenant lié au prélèvement forcé d’organes en chine à présenter l’exposé du régime au Sommet du Vatican sur le trafic d’organes et le tourisme de transplantation les 7 et 8 février.


Le sommet est organisé dans l’espoir de régler le problème du trafic d’organes et du tourisme de transplantation, mais des enquêteurs sur le prélèvement forcé d’organes affirment que cela pourrait au bout du compte offrir une victoire de propagande au pire contrevenant des prélèvements éthiques d’organes.


Le Dr. Huang, porte-parole officiel du régime chinois sur les transplantations d’organes, représentera la Chine à ce sommet. On s’attend à ce qu’il nie la pratique de prélèvement forcé d’organes en Chine et promeuve des affirmations de réforme médicale en Chine.


Ces déclarations, alors que les preuves de prélèvements forcés d’organes s’accumulent, amènent les enquêteurs sur le sujet à demander à l’Académie pontificale des sciences d’ouvrir un équilibre des preuves sur la situation chinoise lors du sommet.

 
David Kilgour (à gauche) avec David Matas (au centre) et Ethan Gutmann (à droite), auteurs de Bloody Harvest/The Slaughter : An Update. (Simon Gross/Epoch Times)

Le Dr. Huang Jiefu est le président du Comité national de don et de transplantation d’organes chinois. Il est le plus éminent chirurgien de transplantation de foie en Chine. Sa démonstration largement médiatisée d’une transplantation de foie compliquée dans la province du nord-ouest du Xinjiang en 2005 a attiré l’attention sur la capacité des hôpitaux chinois à se procurer des organes à la demande.


Comme réserve pour l’opération, il a téléphoné à des hôpitaux à Chongqing et à Guanzhou pour avoir des foies correspondants supplémentaires. Les foies ont été délivrés sous 24 heures mais jamais utilisés, selon quatre rapports de publications affiliées aux médias officiels chinois.


Le régime chinois a affirmé que les organes proviennent de prisonniers exécutés, dont les condamnations doivent prendre effet sous sept jours, selon la loi chinoise. Le Dr. Huang n’a pu obtenir d’organes frais que s’il y avait une population captive et de groupe sanguin compatible prête à être tuée sur demande, analysent les experts. Les prisonniers de conscience, principalement des pratiquants du Falun Gong, sont la principale source de ces organes, selon la conclusion récemment publiée par la Chambre des représentants des États-Unis, aussi bien que par un certain nombre d’enquêteurs.


Pendant ce temps, lors d’un échange par email avec le président d’une ONG cherchant à mettre fin au prélèvement forcé d’organes en Chine, l’évêque Marcelo Sánchez Sorondo, chancelier de l’Académie pontificale des sciences, a accueilli avec dédain les allégations portant sur le prélèvement d’organes en Chine et le rôle du Dr. Huang comme écran du régime sur la question.


Le sommet du Vatican est un " exercice académique et non une relance d’assertions politiques contentieuses ", a-t-il écrit le 10 janvier en réponse à Wendy Rogers, professeure d’éthique médicale à l’université Macquarie et présidente de l’ International Advisory Committee of the International Coalition to End Organ Pillaging in China.


Selon lui, certains des principaux enquêteurs sur les prélèvements d’organes ont participé à des « événements politiques condamnant la Chine », telles que des prises de parole au Congrès des États-Unis et au Parlement Européen.


Rogers n’est pas d’accord sur ce point. « Dire simplement que des preuves sont des ‘assertions politiques’ masque le véritable problème, évite la vérité et donne du soutien à ceux ayant les plus fortes raisons de nier ces crimes », écrit-elle en réponse.


Trois enquêteurs – l’ancien membre du Parlement canadien David Kilgour, l’avocat des droits de l’homme canadien David Matas et le journaliste des droits de l’homme Ethan Gutmann – ont commencé à prendre connaissance des allégations de prélèvements forcés d’organes sur des pratiquants de Falun Gong au début des années 2000.


Le Falun Gong est une discipline spirituelle traditionnelle chinoise qui était pratiquée par 70 à 100 millions de citoyens chinois en 1999, selon des estimations officielles, avant d’être visé par la persécution du régime chinois.


Après avoir interviewé des pratiquants ayant été détenus dans des camps de travail chinois, examiné des données officielles du gouvernement et échangé avec des médecins chinois et des gardiens de prison, les enquêteurs ont conclu que le régime chinois avait mis en place une industrie de prélèvements d’organes pendant plus d’une décennie en prélevant les organes de Ouïghours, de Tibétains, de Chrétiens, et principalement d’une importante population carcérale de prisonniers d'opinion du Falun Gong.


« Il est très préoccupant que des institutions hautement respectées internationalement comme le Vatican fournissent une plate-forme pour la perpétuation de déclarations non vérifiées sur une réforme du don d’organes en Chine », écrit Rogers.


« Cela prête de la crédibilité à de fausses déclarations et aide à éviter de tenir responsables ceux qui ont été impliqués dans les prélèvements forcés d’organes. »


Cette décision d’inclure Huang a également décontenancé Lord David Alton, de longue date avocat des droits de l’homme et catholique respecté. Dans une publication écrite il confie être « profondément alarmé » par les rapports continus sur les « barbares »prélèvements forcés d’organes en Chine.


« J’ai encouragé l’Académie pontificale des sciences à envisager d’inviter des enquêteurs dont les découvertes suggèrent que les prélèvements forcés d’organes continuent sur une échelle bien plus large que ce qui était précédemment considéré », écrit Alton.


« Il est juste de vouloir essayer de questionner la Chine sur ces questions, mais il est vital que nous le fassions de façon critique et avec transparence, et pas d’une manière offrant simplement une victoire à la propagande chinoise. »


Une telle transparence se rencontre difficilement, selon Ethan Gutmann. Ce dernier a été critique envers le Dr. Francis Delmonico, l’ancien président de The Transplant Society (TTS) et l’un des principaux organisateurs du sommet, pour avoir manqué de demander à la Chine de rendre des comptes sur les prélèvements d’organes.


Le Dr. Delmonico est « véritablement dévoué » à travailler « main dans la main » avec le Dr. Huang Jiefu pour promouvoir l’idée que la Chine fait des réformes médicales plutôt que de lui poser des questions sur ce qui a eu lieu précédemment, rapporte Gutmann.


Le Dr. Delmonico et le Dr. Huang « enterrent l’histoire, enterrent les corps de façon à ce qu’on ne les revoit plus jamais», indique Gutmann. En poursuivant : « Ce que la Chine a fait est l’équivalent d’une entreprise ayant produit de grandes quantités de matériau incroyablement toxique, et qui les a ensuite enterrées là où personne ne les trouvera, dans l’espoir qu’elles se diluent dans l’eau du sol et soient oubliées. »


Version anglaise :
Chinese Transplant Doctor Accused of Ordering Executions to Speak at Vatican


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