Le pouvoir des Médias dirigés par l'état en Chine

Quelques réflexions d'un pratiquant Chinois vivant en occident.
 

Dans les pays occidentaux, une véritable armée de reporters couvrent chaque nouvelle importante et aussi parfois pas si importante que ça. Si quelque chose d'important s'est produit dans l'après-midi, on en entend probablement parler en écoutant la radio dans sa voiture en rentrant le soir chez soi. Alors on l'a entendu au bulletin de six heures, puis on peut la réécouter à 8 heures aux nouvelles télévisées, et si on est vraiment intéressé on peut en entendre encore plus sur des programmes qui y sont consacrés. Même des semaines après il y encore des émissions qui proposent différents points de vue avec des interviews de spécialistes. Une chose est sûre c'est que deux sources différentes ne donnent pas exactement la même opinion, et selon la personne à laquelle on s'adresse chacune aura un point de vue légèrement différent sur la situation.

A cet égard en Chine c'est exactement l'opposé. Chaque morceau de nouvelle est filtré par la machine de propagande du Gouvernement Central. C'est vrai qu'un rapport échappe par ci par là grâce à Internet, mais pour le chinois moyen, l'état est la seule source d'information. Ma grand-mère qui vit à Beijing, est un exemple de ce phénomène. Quand elle allume la radio, ou regarde les stations de la télévision centrale, ou les journaux contrôlés par le gouvernement, elle a exactement la même version de l'histoire. Un de ses rituels quotidiens est de descendre chaque soir jusqu'au kiosque pour la dernière édition de l' "Edition des nouvelles du soir de Beijing". Lorsqu'il m'est arrivé de l'accompagner dans sa promenade, j'ai pu voir une situation intéressante. A un coin de rue il y avait un présentoir vitré, affichant les principales histoires des journaux courants. Il y avait suffisamment de place pour y mettre plusieurs pages entières, et le plus étonnant, c'est que chaque article sur chaque page du journal exprimait la même opinion ! A cette époque, le sujet brûlant était le bombardement de l'ambassade chinoise. Le journal ce jour-là incluait des interviews avec toutes sortes d'experts, des éditoriaux et même des lettres de lecteurs. Chaque phrase exprimait la même opinion à sens unique, et tout le monde rassemblé à ce coin de rue discutait comme si l'armée des Etats-Unis était sur le point d'assiéger Beijing. Le soir suivant, le même journal était là avec des articles différents mais toujours le même contenu et comme ça toute la semaine que j'ai passée avec elle. Alors qu'elle est bombardée avec le même chose continuellement encore et encore, il n'est pas surprenant que la version de l'histoire de ma grand-mère, et toutes les versions de ses voisins, soient exactement les mêmes que celle du gouvernement.

C'est ce bombardement quotidien de désinformation et de propagande qui rend si facile au gouvernement chinois de déformer la vérité à ses propres fins. Il n'y a pas d'endroit trop sacré ou trop innocent pour ce lavage de cerveau. Ma femme, qui il y a douze ans était dans un collège d'enseignement secondaire en Chine , se souvient de son cours de science politique (un des six incontournables aux examens d'entrée du collège), qui demandait aux étudiants de mémoriser un manuel rempli de doctrines. Elle se souvient qu'un des points que le manuel enseignait à propos de l'occident était les monopoles. Il enseignait qu'alors que le capitalisme encourageait la compétition dans les affaires pour le bénéfice du consommateur, en réalité, tout était sous le contrôle de vastes monopoles. Un des cas étudiés comprenait comment les compagnies américaines retenaient habituellement les nouvelles technologies, parce que les vieilles technologies était plus profitables. Les nombreux exemples donnés par le manuel faisaient apparaître cette théorie très raisonnable et bien documentée. Elle ne réalisait pas jusqu'à ce qu'elle aille aux Etats-Unis que l'acte Sherman Anti-Trust existait. Alors elle commença à comprendre pourquoi tous les exemples donnés par le manuel dataient tous d'il y a longtemps, il ne lui était jamais venu à l'esprit que ce manuel retenait à dessein cette information pour en tirer de fausses conclusions.

Lorsque le gouvernement fit venir des tanks et ouvrit le feu sur les étudiants de la place Tiananmen, tous les médias chinois concentrèrent leur attention sur les soldats qui étaient soi-disant tués par les protestataires, au lieu des milliers d'étudiants qui étaient morts cette nuit-là. Pour un chinois qui n'avait pas assisté à la scène cette nuit, étant donné le manque de communiqués extérieurs disponibles, l'histoire qu'on leur racontait n'avait rien à voir avec ce qui s'était effectivement passé. Au lieu d'un groupe d'étudiants et de paisibles manifestants fauchés par les tanks et les fusils, l'histoire qui leur était racontée mettait en scène une faction de hooligans extrémistes initiant une émeute et assassinant plusieurs soldats dans le processus. En Chine, il n'y a pas de médias indépendants qui puissent exposer la corruption et les méfaits des officiels du gouvernement. Il n'y a pas de branche législative ou judiciaire qui puisse avoir un contrôle sur la branche exécutive ; la séparation du pouvoir est purement nominale. Si quelqu'un se sent offensé par le Gouvernement dans nos pays, il ou elle peut toujours se tourner vers les tribunaux ou la presse. En Chine, où cette personne peut-elle se tourner ? Les tribunaux, les médias, les entreprises, le gouvernement local appartiennent tous à un seul corps mené par un dictateur qui a quasiment le pouvoir absolu. Tous ces morceaux s'assemblent pour former une entité puissante qui ne laisse aucun espace pour qu'une personne puisse avoir ses propres idées. Si une personne a été maltraitée sur son lieu de travail en occident, il ou elle peut avoir recours à différentes instances juridiques, gouvernementales, médiatiques. Imaginez un peu que ces entités au lieu de contrôler le pouvoir de chacune d'entre elles, soient toutes sous un contrôle centralisé ? Dès que vous faites un faux mouvement vous êtes renvoyé de votre job. Cela ne semble-t-il pas absurde et effrayant en même temps. Pourtant, c'est exactement ce qui arrive aux pratiquants de Falun Gong en Chine !

La première fois que j'ai entendu parler de l'épisode de l'"auto-immolation" en Chine, j'ai été attristé par l'absurde perte en vies humaines. Cependant, plus je voyais les failles dans l'histoire, comme par exemple l'incroyable histoire de la fillette de douze ans chantonnant une chanson avec une tube inséré dans sa trachée, plus j'étais persuadé que c'était une fabrication du gouvernement. A première vue, l'assertion que tout cela est un complot mis en scène par le gouvernement semble être une histoire orwellienne à dormir debout, mais dans une société dans laquelle on considère acceptable et banal d'emprisonner et de torturer des gens innocents pour une simple, paisible croyance, est-ce vraiment si difficile à croire ? Si le gouvernement peut ordonner à la police de battre sauvagement de vieilles dames et d'envoyer des femmes enceintes dans des camps de travail, ne peuvent-ils pas aller jusqu'à mettre en scène un tel épisode afin de discréditer le Falun Gong ? Dans les pays occidentaux où la vie humaine et l'individualité ont tant de valeur, il est très difficile de croire qu'un telle scène puisse être montée de toute pièce. Cependant, si l'on prend en considération les antécédents de supercheries et de mensonges éhontés du gouvernement chinois, les failles de l'histoire racontée par le gouvernement, et l'énorme pouvoir que le gouvernement exerce sur son peuple, est-il plus incroyable que ce gouvernement brutal puisse sacrifier deux vies pour arriver à ses propres fins, ou est-il plus incroyable qu'un groupe de gens qui mettent la plus grande importance à utiliser chaque minute de leurs vies pour se perfectionner spirituellement et en faire bénéficier les autres, choisissent absurdement d'en finir avec leur vie .

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