La quête de perfection artistique du ténor Gao Liang

Le ténor Gao Liang


Le ténor Gao Liang a une belle voix. Il a toujours eu une belle voix et dès son plus jeune âge, son chant a reçu des éloges.


Mais lorsqu’il parlait, les adultes s’arrêtaient et ses camarades de classe se moquaient de lui. Pendant longtemps, Liang n’a pas compris pourquoi. Il pensait qu’il parlait comme tout le monde et ne voyait pas ce qui pouvait faire rire.


Et puis un jour, le destin a conduit Liang à un vieux magnétophone qui traînait dans la maison et lorsqu’il a écouté un enregistrement de lui-même, Liang a eu un choc. Ce qu’il pensait être le son de sa voix et ce qu’il était réellement étaient totalement différents.


Il s’est avéré que Liang avait un trouble de la parole. Il n’avait aucun problème physique ou mental mais il prononçait la plupart des mots de manière incorrecte, a expliqué Liang. Avec beaucoup de persévérance, Liang a réappris à parler à partir de zéro, en écoutant les autres et en imitant leur discours, et a réussi à se défaire d'une habitude qu'il avait porté comme un gant depuis dix ans, a-t-il dit. Naturellement, cela lui a laissé une profonde impression.


Peut-être Liang était-il destiné à chanter, s'il a pu vaincre cette montagne d'obstacles alors que beaucoup d'autres conservent toute leur vie des troubles du langage similaires, a-t-il expliqué.


“Cela semblait être mon destin,” a-t-il dit. “Cela semblait être ma mission.”


Ce jeune garçon timide avec un trouble du langage allait devenir un chanteur classique de renommée internationale et pour Liang cela tient toujours du miracle.


Une étoile montante
Son talent l’a mené loin. La belle voix de Liang lui a permis de participer à de nombreuses productions scolaires, ce qui l’a poussé à chercher un professeur de chant pour développer son don. L’idée de faire carrière dans la musique a vu le jour et il a obtenu un diplôme du conservatoire de musique de Shanghai et ensuite de l’Académie russe de musique Gnessine.


Pendant ses études, il a eu l’occasion de se produire dans sept concours vocaux internationaux et il a remporté cinq prix. Certains l’ont placé sur des scènes de renommée mondiale aux côtés de grands chanteurs internationaux.


Lors du troisième concours vocal international B.T. Shtokolov de Saint-Pétersbourg, Liang a été le seul ténor à se qualifier pour le troisième tour des finales. Il s'est produit aux côtés des meilleurs chanteurs européens et des stars du théâtre Mariinsky, et a reçu de précieux commentaires des membres du jury du concours.


“Ces expériences sont inoubliables. C’était un état de maturation une étape d’affirmation qui a renforcé ma confiance et m’a permis de continuer à m’améliorer,” a déclaré Liang.


Les concours de chant classique diffèrent des autres concours de chant, a souligné M. Liang. Dans la plupart des concours, les participants chantent différentes chansons pour faire valoir leurs points forts et l'originalité de l'interprétation est mise en avant. Mais dans ces concours classiques de longue date, les chanteurs sont presque toujours invités à chanter le même répertoire. L'évaluation de la technique est stricte, et la capacité des chanteurs à chanter dans plusieurs langues ainsi que leurs interprétations artistiques sont également soumises à la critique.


La beauté de la musique classique a conduit Liang à poursuivre sa carrière en tant que chanteur d’opéra en Chine et en Europe et il s’est illustré dans les rôles de Don Ottavio dans “Don Giovanni” de Mozart, Tamino dans “La Flûte enchantée”, Rodolfo dans “La Bohème“ etc. Puis en 2019, Liang est parti aux États-Unis en quête de nouveaux défis.


“La raison pour laquelle les États-Unis sont remarquables, c’est qu’ils ont hérité et développé les meilleures traditions du monde,” a déclaré Liang. La musique classique a été créée et développée en Europe mais les artistes du monde entier rêvent de faire leurs débuts en Amérique afin de prétendre à une renommée internationale, par exemple. Selon Liang, cela vient du respect des institutions américaines pour la culture et les choses d’excellence.


"En fait, beaucoup, beaucoup de choses ont été détruites en Chine, et ont disparu de Chine, mais elles ont été protégées, héritées en Amérique, et sont portées en avant", a déclaré Liang. "C'est une très bonne chose, et les États-Unis sont vraiment un pays très étonnant".


Aujourd'hui, en tant que ténor de la compagnie Shen Yun Performing Arts basée à New York, Liang est l'un des rares artistes de notre époque à se consacrer à la préservation et à la renaissance de l'art du bel canto.


Mais il n’a pas toujours aimé le bel canto.


Gao Liang en représentation. (Avec l’aimable autorisation de Shen Yun Performing Arts)


Découvrir le bel canto
Lorsque Liang était jeune, il voulait comme beaucoup de personnes de son âge, faire ce qui était à la mode et populaire—et le bel canto ne l’était assurément pas.


En plus de cela, en grandissant en Chine, Liang n’avait pas une bonne impression du bel canto. Il n’a pas été initié aux opéras européens ni aux grandes œuvres vocales du canon classique et cela signifiait que les seuls chants d’opéra qu’il connaissait étaient des chants à la gloire du Parti communiste chinois. Ces morceaux de propagande n’avaient que peu d’attrait pour l’artiste ; il les trouvait de mauvais goût et qu’elles n’avaient rien d’attrayant.


“Par exemple, le ‘Messie’ [de Haendel]—il est impossible de le jouer en Chine,” a dit Liang. En poursuivant ses études, il a découvert le monde de l’opéra et son univers musical s’est élargi.


“Dans la culture européenne, c’est un art totalement différent,” a déclaré Liang. Les chansons sont élégantes et leur contenu pertinent pour l’humanité. “Ces sont des poèmes et [les œuvres] chantent les louanges de l’amitié, de l’amour et n’ont rien à voir avec la politique.”


Le bel canto est un art difficile à maîtriser mais avec un nouveau répertoire de chefs-d’œuvre importants l’attendant, Liang était prêt à se mettre au travail.


Le "'Bel canto' signifie le beau chant. Il est lié à l'opéra ; s'il n'y avait pas d'opéra, il n'y aurait pas de bel canto", a expliqué Liang. Ce n'était pas le style de chant utilisé en 1600, lorsque l'opéra a fait ses grands débuts dans l'histoire de la musique, mais au fil du temps, les techniques vocales se sont développées pour atteindre leur apogée aux alentours du XIXe siècle, et ce sommet du style est appelé bel canto.


Un nouveau défi
Le chant est un art qui exige une force et une habileté considérables. Le chanteur cherche à concrétiser un son qui n'existe d'abord que dans son imagination, comme le font tous les musiciens, sauf que dans ce cas, l'instrument est invisible et intangible pour le musicien, a expliqué M. Liang. Dans l'exécution, il faut une tranquillité totale, une sorte de pleine conscience dont la plupart des gens ne font que rêver, afin de produire la perfection dans chaque son.


Liang s'est rendu en Amérique à la recherche d'un défi, et il l'a trouvé lorsqu'il a passé avec succès une audition pour Shen Yun, la première compagnie de danse et de musique classique chinoise au monde. Si cette compagnie de renommée mondiale est connue pour faire revivre l'art de la danse classique chinoise, ses programmes comportent également de nombreuses composantes musicales, notamment des performances de solo de bel canto. Liang allait vite apprendre que Shen Yun plaçait la barre tout aussi haut pour ses chanteurs.


Tout d'abord, les œuvres vocales originales de Shen Yun sont écrites en chinois. Les chanteurs d'opéra savent que toutes les langues ne sont pas égales lorsqu'elles sont mises en musique, et que certaines présentent des défis uniques lorsqu'elles sont chantées, en particulier dans le style bel canto qui exige que chaque mot et chaque syllabe soient chantés dans le même timbre. Le style lui-même a des exigences élevées en matière de beauté et de pureté de son, mais Liang n'avait jamais rencontré une telle adhésion à cette exigence avant d'entrer à Shen Yun.


“Personne d’autre, nulle part ailleurs, ne demandait une telle perfection,” a dit Liang. Il a eu un choc lorsqu’il s’est rendu compte de la rigueur de l’entraînement de ses collègues artistes. Pour la plupart des chanteurs, lorsqu’ils atteignent le stade de leur carrière où se trouvait Liang, ils peuvent éventuellement continuer à s’entraîner et faire appel à des coachs vocaux s’ils endossent un nouveau rôle mais c’est surtout pour rester en bonne condition. Ce n’était pas le genre d’étude approfondie et de dur travail que Liang associait à la vie d’étudiant.


Pourtant, lorsqu'il est entré dans cette nouvelle compagnie américaine et qu'il a vu le cœur pur avec lequel ses collègues recherchaient la perfection artistique, c'était soudain comme si un escalier s'étendant à l'infini s'était ouvert devant lui, lui montrant une nouvelle voie à suivre, un chemin infini d'amélioration. Liang a été de nouveau inspiré.


Création
Liang dit que l’art n’est pas un simple artisanat.


Il y faut de la persévérance et de l'opiniâtreté, comme dans tout métier, mais il faut aussi un don, a dit Liang, en expliquant son sentiment de gratitude de pouvoir consacrer sa vie à son art. Chacun est doué pour différentes choses, et il est reconnaissant d'avoir eu la chance d'être doué pour le chant.


"Il faut avoir le don, et une perception très sensible", a dit Liang. "C'est pourquoi j'ai dit que les artistes sont des personnes qui se sentent proches de Dieu."


“L’art concerne des choses qui sont plus élevées que nous. L’art est une chose illusoire et l’artiste doit pouvoir traduire la profondeur dans son art et la communiquer au public,” a-t-il dit. “Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez maîtriser en une seule vie.”


“Apprendre à être un vocaliste est vraiment magique,” a dit Liang. Non seulement il faut acquérir de solides compétences fondamentales mais il y a l’aspect du talent, qu’il considère comme un don, dit-il. “J’en étais émerveillé. Comment des êtres humains peuvent-ils produire ce genre de sons ? … J'avais donc vraiment une passion pour cette carrière, c'est pourquoi je n'ai jamais cessé d'explorer cette profession et j'ai voulu aller plus loin."


Reportage d’Astrid Wang/Elite Magazine
Version anglaise : Tenor Gao Liang’s Pursuit of Artistic Perfection

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