Dante Alighieri : Tout sur l'amour


"Dante et Béatrice," 1906, par Salvatore Postiglione. Béatrice guide Dante à travers le paradis, explique que les créations de Dieu, exilées sur terre, aspirent à retourner à leur lieu d'origine. (Domaine public)


Lorsque les Beatles ont chanté "Love is all you need" en 1967, ils ont inventé un hymne pour l'ère du flower power, mais lorsque Dante Alighieri a composé "L’amour qui meut le soleil et les autres étoiles " (La Divine Comédie, « Le Paradis », chant XXXIII ) il a créé la chanson thème de la Renaissance et au-delà.


Des célébrations sont en cours dans le monde entier pour le 700e anniversaire de la mort de Dante Alighieri, le poète philosophe italien dont les premières chansonnettes amoureuses allaient laisser place à un poème épique capable d'unir une nation dispersée, d'inspirer des générations d'artistes et de refléter une histoire humaine universelle.


Dante Alighieri est né à Florence, en Italie, en 1265 et, en tant que descendant d'une maison distinguée, il a suivi le parcours habituel des jeunes influents du Moyen Âge : service militaire dans quelques escarmouches avec des villes voisines, passage à l'université de Bologne (qui n'avait alors qu'un siècle) et participation à la vie politique publique. Mais ni la guerre ni la politique n'attirent Dante ; sa voie se trouve dans l'art de la poésie.


Influencé par les troubadours de France et de Sicile, il abandonne rapidement l'écriture en latin - toujours la langue officielle de la péninsule italienne - au profit de l'italien vernaculaire, le dialecte du peuple. Dante est bientôt attiré par un groupe de jeunes poètes qui font œuvre de pionniers dans un "nouveau style doux" de vers populaires utilisant un langage accessible, une métrique accrocheuse et chantant l'amour, l'amour, l'amour.


Il jouit de la gloire et de la fortune jusqu'à ce que les vicissitudes de la politique médiévale l'évincent de Florence. Dante passe les 20 dernières années de sa vie en exil, dépendant de généreux bienfaiteurs et connaissant "le goût amer du pain des autres", jusqu'à ce qu'il s'installe à Ravenne sous la protection de Guido da Polenta, où il meurt en 1321.

C'est durant cette période turbulente de sa vie que le poète errant a composé la "Divine Comédie", un poème de cent strophes, appelées cantos, divisé en trois livres, l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Il a développé un système de rimes appelé "terza rima", un rythme musical imbriqué qui propulse les lecteurs dans un voyage imaginaire à travers les horreurs de l'Enfer, les souffrances du Purgatoire et les joies du Paradis. Écrite en langue vernaculaire, l'œuvre a créé des images intemporelles en se servant des mots, élevant l'italien au rang de langue littéraire, tout en forgeant une langue commune pour la population frondeuse des nombreuses cités-États parsemant la péninsule. Dante a montré comment la beauté des mots pouvait rapprocher les gens, au lieu de provoquer la douleur et l'éloignement.


La "Divine Comédie", bien qu’étant un chef-d'œuvre du Moyen Âge, s'inspire des anciennes traditions littéraires méditerranéennes d'Homère et de Virgile, ce dernier - qui a écrit que "l'amour vainc tout" - servant de guide pour la première partie du voyage de Dante. Cependant, alors que l'"Énéide" racontait l'histoire du peuple romain et l'"Iliade" celle des États grecs, le poème de Dante transforme la condition humaine elle-même en un récit épique, proposant un héroïsme existentiel qui pourrait être transmuté d'une époque à l'autre. Certes, la vitrine de la "Divine Comédie" comporte une bonne dose de ragots d'initiés médiévaux, mais son voyage spirituel résonnera avec des gens bien au-delà de ses propres frontières.


Dante, un croyant, a évolué à une époque de foi : ses héros sont des saints et son cadre est chrétien, mais son histoire capte l'imagination collective. Pris dans les pièges de ses propres ambitions et désirs, Dante se décrit comme seul "dans un bois sombre, ayant perdu le bon chemin". Paralysé par la peur, poursuivi par ses démons personnels, le poète se met à nu d'une manière que tout être humain peut comprendre. Le salut de Dante passe par l'amour, non pas les galipettes amoureuses qu'il chantait étant enfant, mais l'amour transformateur et généreux qui donne un sens et un but. La "Divine Comédie" est un chant d'amour sur un homme qui apprend à aimer plus que lui-même.

Dante comme source d'inspiration
De même que Dante a peint des tableaux avec des mots, les artistes ont trouvé leur inspiration dans les images évoquées par sa poésie. Son terrain le plus fertile était Florence, où une populace repentante se précipitait pour embrasser son fils rejeté. Les fresques de la chapelle ont reconstitué l'"Enfer", tandis que Botticelli a consacré son génie à l'illustration de l'ensemble du poème. Michelangelo Buonarroti ne s'est pas contenté de s'adonner à la poésie et de connaître la "Divine Comédie" par cœur, mais il a fait référence à l'œuvre plusieurs fois dans son chef-d'œuvre : "Le Jugement dernier".


"Le Jugement dernier", 1536-1541, par Michel-Ange dans la chapelle Sixtine. (Domaine public)


Mais étonnamment, longtemps après que les lumières se soient éteintes sur la Renaissance et que la Réforme protestante ait cédé la place aux Lumières, l'œuvre de Dante a continué à imprégner la société sécularisée. La France, fascinée par l'"Enfer" comme la plupart des néophytes de Dante, s'est emparée du récit romantique du Canto V de Paolo et Francesca, amants adultères tués en "flagrant délit" et ballottés pour l'éternité par les vents de leur passion. La sympathie évidente de Dante pour les deux amants semble atténuer la gravité de leur péché, ce qui a inspiré les peintres français, qui ont tout dépeint, de la romance du premier baiser furtif à deux esprits légers dont le tourment éternel est dépeint comme un gracieux ballet.


En 1855, le graveur Gustave Doré entreprend le projet herculéen d'illustrer l'ensemble de l'opus. Ne trouvant pas d'éditeur, il assume lui-même cette dépense. Doré est gratifié non seulement de l'accueil enthousiaste du premier livre, mais aussi d'un télégramme de son éditeur où l'on peut lire : " Succès ! Venez vite ! Je suis un âne !" Les 135 dessins sont, à ce jour, les illustrations les plus reconnaissables du poème, où la plume du graveur a battu en rythme parfait avec les mots du poète. En grattant les scènes de l'"Enfer" dans de lourdes lignes sombres, Doré a évoqué une nature enchevêtrée et des démons à l'affût. Lorsque Farinata degli Uberti émerge de l'abîme des hérétiques dans le chant X, le personnage hautain est entouré de ténèbres, soulignant son choix d'isolement orgueilleux.


Dante et Virgile entrent dans la cité infernale de Dis où Farinata Degli Uberti s'élève des flammes. Illustration gravée sur bois de Gustave Doré tirée du Canto X de "The Divine Comedy : The Inferno". (Domaine public)


La lumière augmente dans les images du Purgatoire, scintillant sur des traits plus énergiques, soulignant l'aspect dynamique des âmes repentantes travaillant vers un but. Mais le Paradis de Doré est une merveille à contempler. De minuscules lignes se regroupent pour former les figures exquises et éthérées des saints et des anges. La lumière imprègne tout. Doré capture le pouvoir extatique de l'amour, entraînant dans la contemplation du mystère, un mariage harmonieux de la poésie et des images.

Dante et Béatrice contemplant l'Empyrée, dans le chant XXXI du "Paradis" de Dante, illustré par Gustave Doré. (Domaine public


Grâce au "Paradis perdu" de Milton, les Anglais connaissaient la "Divine Comédie", et la première traduction complète du poème a été réalisée en 1802. Elle sera suivie d'une traduction par Henry Francis Cary, qui sera illustrée par William Blake, qui produira 102 aquarelles avant sa mort en 1827. Les images de Blake sont pleines de vitalité, avec des couleurs vives et des figures naïves, mais elles n'ont pas la majesté de Doré. Le mouvement préraphaélite a également consacré de nombreuses toiles à ce sujet, complétant les vers descriptifs de Dante par des images somptueuses.

“ Dante fuyant les trois bêtes" par William Blake. En 1824, l'artiste John Linnell a demandé à Blake d'illustrer la "Divine Comédie" de Dante. (Domaine public)


Dante a débarqué dans le Nouveau Monde grâce à Henry James Longfellow. Longfellow, qui a passé de nombreuses années en Europe, avait commencé à traduire des sections de la "Divine Comédie" dès 1839. Son admiration pour l'œuvre lui inspira son propre opus de 1855, le "Song of Hiawatha", le premier poème épique des États-Unis. Comme Dante avait cherché à unifier les Italiens par le biais de la langue, Longfellow aspirait à souder les nouveaux habitants de l'Amérique du Nord et ses peuples indigènes en composant une histoire d'amour se déroulant parmi les tribus amérindiennes sur fond de beauté naturelle.


Une édition 2013 de la traduction de Longfellow de la "Divine Comédie" de Dante.


"L'amour, qui dans un cœur doux est vite appris", a écrit Dante, proposant que personne ne soit immunisé contre le pouvoir de l'amour. Longfellow a traduit cet esprit dans la littérature naissante des États-Unis, tout en permettant aux étudiants américains de lire l'œuvre de Dante. Avec une myriade de traductions en poésie ou en prose, et des représentations allant des gravures aux animations, le poème de Dante révèle qu'en effet, l'amour est une chose aux multiples facettes.


Elizabeth Lev est une historienne de l'art d'origine américaine qui enseigne, donne des conférences et fait office de guide à Rome.


Traduit de l'anglais de :
Dante Alighieri: All About Love

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