La caractérisation du Falun Gong – et le coût humain d'une terminologie inappropriée

27 Sep 2009

Au fil des ans, le Centre d’Information de Falun Dafa a remarqué une tendance persistante et troublante dans la couverture médiatique internationale du Falun Gong. Alors que les rapports sur la nature des abus des droits infligés aux pratiquants deviennent de plus en plus précis et basés sur des sources informées, les étiquettes utilisées pour désigner la pratique restent grossièrement inexactes, impliquant souvent des termes péjoratifs comme " secte " ou " culte " ayant pour origine la propagande du Parti communiste chinois.

Les journalistes jouent un rôle primordial dans la société moderne, informant les lecteurs sur le monde qui les entoure et servant de chiens de garde à ceux qui sont en position de pouvoir. Pourtant, s’il est pratiqué négligemment, le journalisme peut aussi entraîner des conséquences graves. Cet effet est multiplié en cas de sévères violations des droits, en particulier compte-tenu du rôle que joue souvent la propagande en déshumanisant les victimes de persécution violente. Dans de tels cas, la nécessité d'utiliser une terminologie appropriée va au-delà des problèmes d’exactitude dans les médias ou de justesse politique. Cela implique un impact réel sur la vie des gens ou leur mort.

Nous vous encourageons par conséquent à prendre quelques instants pour lire les pages d’analyse suivantes liées à la nature du Falun Gong, ainsi que la terminologie utilisée pour le caractériser. Nous espérons que cela pourra aider à rendre vos futurs reportages sur la question plus exacts, responsables et informés. Nous vous remercions par avance de votre attention et de votre considération.


Pourquoi est-ce important ? L'effet de la caractérisation d’événements par les médias à l'intérieur de la Chine

Sur une base quotidienne, à travers la Chine, les personnes qui entrent en contact avec des pratiquants de Falun Gong sont obligés de prendre des décisions qui peuvent avoir des conséquences de vie ou de mort – Dénonceront-ils leur voisin ou un collègue à la police, souvent le premier pas menant à la liquidation d’un pratiquant dans un centre de détention ou un camp de travail ? Oseront-ils critiquer ouvertement la politique abusive ? S'ils travaillent dans l’application de la Loi, tortureront-ils un pratiquant ?

Comment ces personnes perçoivent les pratiquants de Falun Gong contribue sans aucun doute aux décisions qu'ils prennent. C'est pourquoi le Parti communiste chinois — suivant un modèle commun aux cas de la persécution menée à grande échelle par l’état— a utilisé une campagne de propagande pour diffamer ceux qui pratiquent le Falun Gong. L'objectif est de rallier l'appui du public, déshumaniser les victimes d'abus et justifier les mesures inhumaines prises à leur encontre.

En 2007, Amnesty International a attiré l’attention sur cette question déclarant: "Amnesty International a soulevé des inquiétudes que la campagne officielle de dénigrement public du Falun Gong dans la presse officielle chinoise ne créé un climat de haine à l’encontre des pratiquants de Falun Gong en Chine pouvant encourager des actes de violence contre eux. "

Un renforcement international de la propagande dépeignant les pratiquants comme plus ou moins dangereux ou anormaux peut aussi faire basculer les réponses aux questions qui précèdent dans la mauvaise direction. En reprenant aveuglément des étiquettes inexactes et diffamatoires telles que "secte" ou "culte", les médias internationaux aident essentiellement à propager— et semblent authentifier — une fausse représentation du Falun Gong, avec tous les coûts graves que cela implique pour la population de Chine continentale.

Cette situation est d’autant plus le cas dans l'ère d'Internet. Comme les reportages de médias occidentaux se référant au Falun Gong circulent facilement sur des sites Web chinois, les gens peuvent ajouter foi à la propagande du parti. De nombreux chinois tiennent les médias occidentaux en plus haute estime que les sources nationales, en raison de leur réputation de professionnalisme et d'indépendance. Le résultat d'une référence erronée au Falun Gong est que les lecteurs chinois peuvent alors être plus susceptibles de croire la caractérisation des pratiquants et potentiellement collaborer dans la persécution à leur encontre. Pour un public occidental, de telles descriptions entravent gravement les efforts pour obtenir du soutien pour les victimes d'abus. Cela supprime alors l'une des rares formes de protection qu'elles pourraient avoir, la condamnation internationale des violations des droits humains qui peut aider à modérer le comportement répressif de l’état.

Ci-dessous une explication de pourquoi ces termes sont inexacts, avec une analyse de l'histoire de leur émergence et leur utilisation comme outils politiques.


Ce qu’est ou n’est pas en réalité le Falun Gong

Falun Gong est une méditation et une discipline spirituelle d’amélioration de soi. C'est une pratique traditionnelle chinoise qui est bouddhiste de nature, bien que n’appartenant pas à la religion bouddhiste moderne. En pratique, il consiste en plusieurs éléments clés :

  • Une pratique de méditation et quatre exercices doux qui ressemblent au tai-chi et sont connus dans la culture chinoise sous le nom de " qigong. " Le régime d’exercice est basé sur une compréhension du corps humain semblable à celle de l’acupuncture ou d'autres formes de médecine chinoise, y compris les façons dont l’énergie peut être canalisée pour améliorer le bien-être.
  • L’étude des enseignements spirituels écrits, principalement le texte essentiel Zhuan Falun. Au Centre de ses enseignements sont les valeurs de vérité, compassion et tolérance et la compréhension que suivre de près ces principes dans ses pensées et son comportement vous aide à obtenir la paix de l’esprit, une meilleure santé physique et la sagesse spirituelle.
  • L’application de telles valeurs sur une base quotidienne dans le but d'améliorer son caractère moral confronté aux épreuves quotidiennes de la vie moderne au travail, à la maison, à l’école, etc.. Dans les conditions extrêmes de persécution brutale, les pratiquants ont continué d'appliquer ces principes, d'où leur stricte adhérence à la non-violence. En effet, de nombreux pratiquants victimisés ont appelé, un peu à la façon de Ghandi, leurs tortionnaires à arrêter leurs abus non seulement dans l’intérêt des victimes, mais aussi par compassion pour leurs bourreaux, selon la croyance que des actes aussi mauvais produiront de mauvaises conséquences pour cette personne.
  • La pratique de "s’examiner intérieurement " — l'examen délibéré des motivations derrière ses actes — afin d'identifier et se débarrasser soi-même des attachements égoïstes, des désirs malsains ou excessifs et des frustrations, progressant ainsi vers un état d'esprit plus calme, plus altruiste.

Contrairement aux déclarations de certains médias occidentaux, la croyance aux extra-terrestres n’ a rien à voir avec les principes fondamentaux de la croyance ou la pratique du Falun Gong ; Ces affirmations sont tirées de déclarations occasionnelles et isolées faites par M. Li Hongzhi et prises totalement hors contexte. Nous comprenons que mettre l'accent sur de tels sujets peut servir une couverture accrocheuse, mais cela fausse considérablement le caractère de la pratique, ou les enseignements de M. Li.

Bien qu'il ait été présenté au public seulement en 1992, au sein d'un plus large " boom du qigong " en Chine, Falun Gong était auparavant transmis en privé par des pratiquants expérimentés à de nouveaux disciples, pendant des milliers d'années. De cette façon, Falun Gong fait partie de la tradition asiatique des pratiques spirituelles connues comme "cultivation de soi ", également trouvées dans diverses pratiques confucianistes, bouddhistes et taoïstes.

Les pratiquants de Falun Gong à l'intérieur et à l'extérieur de la Chine sont normaux, amicaux, bienveillants et dans de nombreux cas, des individus d’un haut niveau d’éducation. En effet, l'une des tragédies indirectes de la campagne de persécution est une " fuite des cerveaux " ("brain-drain") pour la société chinoise, des millions de gens talentueux, honnêtes et travailleurs — y compris de hauts fonctionnaires au sein du gouvernement ou de l’armée — ayant été incarcérés ou contraints à l'exil, le dénuement ou le chômage en raison de leurs croyances religieuses.


Alors pourquoi le gouvernement chinois qualifie-t-il le Falun Gong de "culte diabolique " ?

De nombreux médias écrivent fréquemment que Falun Gong a été " interdit par le gouvernement chinois comme étant un culte diabolique" le 22 juillet 1999. Une telle déclaration est inexacte. Les reportages publiés à cette époque citent la déclaration du PCC selon laquelle Falun Gong était interdit en raison de" trouble à l'ordre social. " L'étiquette de " culte diabolique" n'est apparue pour la première fois que trois mois après le début de la persécution, en octobre 1999.

La justification initiale du parti pour l'interdiction se focalisait principalement sur les accusations que le Falun Gong était anti-gouvernemental ou que ses enseignements étaient incompatibles avec le Communisme. Comme l’énonce un éditorial de Xinhua juste une semaine après l'interdiction : " en fait, le principe dit de 'vérité, bonté et tolérance' prêché par [M. Li Hongzhi] n’a rien en commun avec le progrès éthique et culturel socialiste, que nous nous efforçons d'atteindre. "

Lorsque l'étiquette de "culte " a été appliquée, ce n'était pas le résultat d’une analyse mesurée, de conclusions d'enquête ou d’un débat théologique. Pas plus que d'une évaluation indépendante par des spécialistes de la religion, des sociologues ou des psychologues, c'est pourtant ainsi que de nombreux responsables du parti cherchent aujourd’hui à le présenter.

C'était plutôt une manœuvre politique ourdie par Jiang Zemin, le chef du Parti communiste chinois d’alors qui, selon un reportage du 9 novembre 1999 dans le Washington Post : "a ordonné que Falun Gong soit qualifié de "culte", puis exigé qu’ une loi soit promulguée interdisant les cultes. " L'étiquette est apparue à un moment où le public chinois éprouvait une sympathie croissante pour le sort du Falun Gong, et où la critique internationale des actions du parti contre le Falun Gong ne cessait d’augmenter. À l’intérieur, l’application de l'étiquette de "culte " visait à saper la sympathie du public envers le Falun Gong. Deuxièmement, c’était une tentative de déplacer les projecteurs des actes illégaux de l'État-parti sur les victimes elles-mêmes. Troisièmement, c’était une tentative de déshumaniser le Falun Gong, ouvrant la voie à de plus sévères violations des droits.

Mais le terme avait aussi un objectif plus grand à l'extérieur de la Chine — faire appel aux attitudes antisectes de l’occident d'une façon qui pourrait exonérer les crimes du parti contre les pratiquants de Falun Gong. Tel que rapporté dans un article du 14 février 2001 de l'édition asiatique du Wall Street Journal, le Parti communiste de Chine a "adopté avec enthousiasme la langue et les arguments du mouvement occidental antisecte dans sa propagande contre Falun Dafa... [se réclamant] lui-même d'un tel mouvement pour justifier sa répression. "

En réalité, le terme anglais lui-même : "culte " ou " culte diabolique," est une traduction manipulée du chinois. Comme le souligne Amnesty International, le terme chinois "xiejiao " est peut-être plus précisément traduit par "organisation hérétique " ou religion hérétique. Selon au moins une source, on en est arrivé à la traduction anglaise de "culte diabolique " avec l'aide d'une société occidentale de Relations publiques. Cela a été conçu pour jouer sur la peur des cultes en occident, où le Falun Gong et la famille des qigong étaient largement inconnus et pouvaient être décrits comme mauvais.

Enfin, il convient de noter que des experts occidentaux des religions, qui ont étudié le Falun Gong en profondeur, tels que David Ownby, ont fait remarquer que le Falun Gong ne partage pas les caractéristiques des cultes. Il n'implique pas la vénération d’un chef, ou le paiement d’adhésions ; pas plus qu’il n’isole les pratiquants de la société, n’intervient dans leur vie personnelle ou n’encourage tout comportement qui puisse être interprété comme illégal ou dangereux. Ces chercheurs l’ont plutôt reconnu comme un nouveau mouvement religieux. De même, un large éventail d'acteurs internationaux — y compris les Rapporteurs spéciaux des Nations Unies, des groupes éminents de défense des droits de l'homme et des gouvernements démocratiques — ont mentionné à plusieurs reprises la campagne contre le Falun Gong comme une des persécutions religieuses injustifiées plutôt qu'une politique légitime d’un gouvernement pour débarrasser la société d'une influence soi-disant négative. [Pour une compilation plus détaillée des explications d’ experts sur pourquoi, le parti a lancé la campagne d'éradication du Falun Gong, voir : Origines de la persécution.

Compte tenu de l'analyse ci-dessus, une approche journalistique équilibrée et responsable de reportage ne citerait pas aveuglément les déclarations chinoises officielles prétendant que le Falun Gong est un " culte". Si on le mentionne, l'équité voudrait aussi une référence à des tiers crédibles qui ont montré clairement que le Falun Gong ne correspond pas à la définition habituelle d'un culte et que l'utilisation de l'étiquette dénigre le groupe et justifie la campagne menée par le parti pour l’écraser.


Le terme " Secte "

Le terme "secte" est de la même façon inexact et problématique lorsqu'il est appliqué au Falun Gong. Néanmoins, sa prononciation courte en a fait un choix approprié pour les gros titres et par conséquent, une des étiquettes les plus fréquemment citées, bien qu’à tort, pour le groupe. En particulier, le terme déforme les origines de la pratique. Comme le souligne Ian Johnson du Wall Street Journal, qui a remporté un prix Pulitzer pour son reportage sur le Falun Gong en Chine: "une secte est généralement considérée comme un groupe dissident d'une religion existante. Mais Falun Gong n'est pas cela ".

En outre, les connotations du mot " secte " servent à mettre une distance psychologique entre le lecteur et un groupe ainsi désigné. Appliquer le terme au Falun Gong marginalise ou banalise le groupe. Falun Gong est actuellement pratiqué par des millions de personnes dans plus de 80 pays.

Selon des reportages de médias occidentaux, un sondage du gouvernement chinois estimait que plus de 70 millions de personnes pratiquaient le Falun Gong début 1999, un nombre supérieur à celui des membres du Parti communiste et dépassant de loin celui de nombreuses religions du monde, y compris les religions juives et Baha ' I. Falun Gong n'était alors pas un mouvement marginal en Chine, pas plus qu’il n’est un mouvement marginal ' i.e. : secte ' aujourd’hui dans l'arène internationale.

Pour conclure, le Falun Gong est une discipline fondée sur des compréhensions spirituelles, mais ne fait partie d’aucune religion dominante spécifique. C'est une "pratique spirituelle," une "pratique de méditation corps-esprit", et il mérite qu’on en rende compte en tant que tel.


Merci encore pour votre aimable attention et considération.

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