La rencontre de deux destins parallèles à New York

15 mai 2014: Shiping Lu devant l’ensemble Tian Guo composé de pratiquants de Falun Gong à Union Square, New York. (Benjamin Chasteen/Epoch Times)


NEW YORK – Shiping Lu dit rêver encore aujourd'hui qu'elle est pourchassée par la police en Chine. Cette pratiquante de Falun Dafa de 47 ans, originaire de la ville chinoise de Harbin, vit aujourd’hui en Finlande avec son mari. Elle se trouvait à New York la semaine dernière où elle avait rejoint près de 8000 pratiquants venus du monde entier pour une conférence, impliquant une série d’évènements organisés en l’honneur de la merveilleuse pratique spirituelle, mais aussi pour rappeler la persécution en Chine et ceux qui continuent à souffrir sous cette terrible répression.


Chaque pratiquant a sa propre histoire. Avant d’obtenir l’asile en Europe en 2007, la vie paisible de Lu s’était transformée en une série d’événements tumultueux et tragiques.


Elle pratique le Falun Dafa depuis l’âge de 28 ans, après avoir découvert les livres de la pratique au domicile de sa mère en 1995. "J’ai ouvert le livre et lu que les gens peuvent être sauvés, j’ai lu le mot ‘salut’," s’est-elle souvenue.


Ce mot a transformé sa vie, lui apportant la joie et la force de faire face aux situations les plus périlleuses.


Le Falun Dafa, aussi connu sous le nom de Falun Gong, est une discipline joignant la pratique de la méditation à un raffinement de corps et esprit et transmise de maître à disciple des siècles durant. Rendue publique en 1992 par le Maître Li Hongzhi, la pratique inclue cinq exercices et un enseignement basé sur les principes universels d’authenticité, bienveillance et tolérance, elle est enseignée gratuitement à travers le monde.


Pour Shiping Lu, qui était une excellente commerciale travaillant pour un Groupe pharmaceutique de Harbin appartenant à l’état, Falun Dafa a été comme une lumière au bout du tunnel.


"J’étais très satisfaite de mon revenu, mais je ressentais le besoin de spiritualité," a confié Lu. Tout comme plusieurs membres de sa famille, elle a commencé à pratiquer les exercices méditatifs du Falun Dafa et à en étudier les enseignements chaque jour. Elle parlait à ses collègues et amis des bienfaits tant physiques que mentaux obtenus de la pratique et allait chaque jour s'exercer dans un parc avec une centaine d’autres pratiquants.


Au milieu des années 1990, le Falun Dafa est devenu extrêmement populaire par le seul bouche-à-oreille. De même que Lu, des millions et des millions de personnes pratiquaient déjà la méthode et d’autres la découvraient chaque jour.


À la fin de la décennie, le Parti communiste chinois (PCC), qui avait initialement soutenu le Falun Dafa, a commencé à percevoir sa popularité comme une menace à son pouvoir.

En 1999, Jiang Zemin, alors à la tête du PCC, a lancé une violente campagne de persécution des pratiquants du Falun Dafa dans le but d’éradiquer la discipline. Les pratiquants de tout le pays ont été systématiquement arrêtés, détenus, torturés et envoyés dans des centres de lavage de cerveau. Le régime n'a reculé devant aucun moyen pour contraindre les gens à abandonner la pratique.

Le calme avant la tempête

Durant les mois précédant le début de la répression, Lu et d’autres pratiquants en Chine avaient pressenti "l’arrivée de la tempête".


Le site où Lu pratiquait les exercices a été sous la pression de la police, contraint à déménager du parc à la cour d’un immeuble voisin. Alors qu’ils faisaient les exercices dans la cour, ils ont été arrosés à coups de jets d'eau à haute pression et ont fini par s'installer sur un trottoir dans la rue.


Le lancement officiel de la persécution le 20 juillet 1999 a déclenché une vague de violence à travers toute la Chine. Les pratiquants étaient si nombreux à être arrêtés qu’ils devaient être détenus dans des stades. La pratique n’était plus autorisée en public. Selon les estimations officielles, 100 millions de Chinois pratiquaient alors le Falun Dafa.


Lu était parmi ceux ayant été emmenés et détenus dès les premiers jours. Elle et les 10.000 autres s'étaient rendus au bureau d’appel de la province pour y exprimer leur inquiétude suite aux nouvelles que des pratiquants étaient arbitrairement arrêtés. Ils ont été arrêtés sur-le-champ.


C’était la première d’une série de cinq arrestations et détentions avant qu’elle ne puisse s’échapper en Finlande.

Prélèvements forcés d’organes

Après avoir entamé une grève de la faim protestant de sa détention illégale, Lu a été gavée par intubation. Elle a été torturée et soumise à des harcèlements constants pour l'amener à abjurer sa foi. Dans un camp de travail, elle a subi divers examens médicaux très pointus. Elle a réalisé plus tard que ce n’était pas par inquiétude pour sa santé, mais parce que les autorités voulaient établir son groupe sanguin pour leur banque d’organes vivants. Selon les pratiquants du Falun Dafa, le prélèvement forcé d’organes est une des méthodes utilisées par le régime pour les éradiquer. Cette terrifiante et inhumaine pratique se poursuit encore à ce jour.

David Matas, avocat canadien des droits de l’homme, et David Kilgour, ancien secrétaire d’État canadien pour la région Asie-Pacifique, ont étudié les allégations de prélèvement d’organes en Chine et publié deux rapports avec les preuves qu’ils ont rassemblées. Après la publication du premier, ils ont beaucoup voyagé en quête de davantage de preuves, qui sont venues confirmer leur première conclusion : les allégations étaient vraies. "Nous sommes persuadés que des organes ont été et continuent à être prélevés à grande échelle sur des pratiquants du Falun Gong non-consentants," ont-ils conclu dans leur livre Bloody Harvest (Prélèvements meurtriers).


Comprenant que l’objectif de ses persécuteurs était de la forcer à renoncer au Falun Gong Lu n'a toutefois pas cédé . Aux premiers jours de la persécution, un incident lui a donné la force de résister.


La considérant comme une employée de valeur, son supérieur lui a demandé peu après le 20 juillet d’écrire une lettre dénonçant le Falun Dafa. Elle a été laissée seule dans une pièce avec une feuille de papier et une dizaine de stylos et l’ordre d’écrire une lettre s'engageant à abandonner la pratique du Falun Gong.


Lu a d’abord pensé à écrire quelque chose d’ironique. Mais quelque chose s’est produit qui, sur le moment, lui a paru miraculeux. Le premier stylo n’écrivait pas. Le deuxième non plus. Il semblait n’y avoir d’encre dans aucun des stylos. À ce moment-là, elle a pris une autre décision qui allait transformer sa vie : défendre fermement et résolument la pratique qui l’avait, selon elle, sauvée.

"J’ai décidé d’écrire pour rendre compte de la bonté du Falun Gong ," a-t-elle raconté. Après qu’elle ait pris cette décision, tous les stylos se sont remis à écrire.

Défendre la vérité

Depuis ce jour, Lu continue de défendre ses convictions. Au fil des années, près de 20 membres de sa famille ont commencé à pratiquer le Falun Gong, dont ses parents et trois frères et sœurs. Dès les premiers jours de la persécution en Chine, sa famille a utilisé tous les moyens possibles pour avertir les Chinois que la propagande à l'encontre du Falun Dafa n’était que des mensonges manifestes et délétères.


Chaque fois que Lu se retrouvait au centre de détention, elle était violemment battue et menacée d'une persécution encore plus féroce. Elle a fini par perdre son emploi.

"Ils voulaient m’envoyer dans un camp de travaux forcés", s’est-elle souvenue.


Lu a finalement rejoint une autre pratiquante pour protester sur la place Tian’anmen à Pékin. Elles ont brandi une banderole proclamant "Falun Dafa est bon" sur la célèbre place, connue pour être le cœur de la Chine, et siège des principaux bâtiments du gouvernement chinois.

Ils ont été arrêtés aussitôt. Cette fois-ci, elle a été envoyée dans le tristement célèbre camp de travail de Wanjia dans la ville de Harbin. Elle a été placée en détention solitaire, torturée et forcée à travailler de 5h du matin à minuit pour fabriquer des produits destinés à l’exportation.

La fuite

La vie de Lu a changé radicalement depuis qu’elle a quitté la Chine. Même s’il lui a fallu près d’un an pour surmonter sa peur dès que quelqu’un frappait à la porte ou lorsqu’elle apercevait la police, elle peut aujourd’hui voyager librement d’un pays à l’autre. Et elle peut aussi parler librement de la brutalité de la persécution en Chine.


"Chaque jour se présentait une question de vie ou de mort" a-t-elle confié au sujet du camp de travail, dans un discours prononcé devant le Parlement israélien en 2013. Lu s’est rendue en Israël pour dénoncer le prélèvement forcé d’organes. Israël occupe une place particulière dans la communauté internationale en raison de sa position sur le sujet. Il est en effet illégal pour un citoyen israélien de se rendre en Chine en vue de recevoir une greffe d’organes.

Un nouveau monde

15 mai 2014: Liam O’Neill se prépare à présenter divers spectacles de pratiquants de Falun Gong à Union Square, New York, pour la Journée mondiale du Falun Dafa. (Benjamin Chasteen/Epoch Times)

Le jour où la persécution a commencé, un autre pratiquant de Falun Dafa se trouvait alors en Chine et a vu la tempête arriver . L’histoire de Liam O’Neill, âgé de36 ans et étudiant à l’époque, est bien différente de celle de Shiping Lu. Étudiant à l’Université de Swarthmore en Pennsylvanie, O’Neill était en Chine en voyage de recherche pour étudier la ré-émergence du bouddhisme après la Révolution culturelle.


La même année, il a commencé à pratiquer le Falun Dafa après qu’un camarade lui en ait parlé à l’université.


Le 20 juillet 1999, tout Pékin semblait paralysé par la peur, et Liam O’Neill a été mis à la porte du temple où il logeait.


"La ville entière était à cran "a raconté O’Neill.


Mais le jeune étudiant est resté ferme dans ses convictions malgré les arrestations massives et le lancement d’une persécution à grande échelle.


"À l’époque, ma réaction a été assez simple," a-t-il dit. "J’ai comparé ça à la persécution des Chrétiens à Rome. C’était un encouragement pour que je continue à pratiquer."


Des années plus tard, il enseigne le chinois dans un lycée du New Jersey, où il vit depuis 12 ans avec son épouse et leurs trois enfants. Vers le 13 mai de cette année, il s’est aussi rendu à New York pour la conférence internationale du Falun Dafa.


Shiping Lu et Liam O’Neill se sont rencontrés pour la première fois à cette occasion sur Union Square à Manhattan.


Lu ne considère jamais comme acquis la possibilité de se rencontrer et de pratiquer en toute liberté.


Elle a témoigné: "Je ressens un fort contraste entre ces deux mondes différents, entre la Chine continentale et le monde libre. Mais je suis persuadée que la Chine connaîtra bientôt un jour comme celui-ci, un jour où la Chine sera libre."


Liam O’Neill a expliqué qu’il a étudié ce qui se passe en Chine ces quinze dernières années et conclu que "ceux qui vivent hors de Chine ne peuvent pas réellement comprendre ce que veut dire vivre en Chine durant cette persécution."


Liam O’Neill, un coureur de fond reconnu au lycée et à l’université, a affirmé que sa conviction spirituelle lui avait apporté une nouvelle forme de longévité.


"J’étais connu pour être un coureur de fond accompli. Mais le Falun Gong m’a apporté une endurance émotionnelle."


Cette endurance jour un rôle important dans son travail quotidien d’enseignant.


"Les lycéens peuvent être difficiles à gérer," a-t-il reconnu, avant d’ajouter que le Falun Gong l’aide beaucoup à nouer des liens avec les élèves. "Les ados m’apprécient beaucoup car je les aime vraiment et apprécie leur compagnie."


Son attention au véritable intérêt de ses élèves a porté ses fruits. L’an dernier, il a reçu le prix du Meilleur enseignant du New Jersey du Foreign Language Educators of New Jersey, une organisation qui soutient les enseignants en langues étrangères. O’Neill mentionne qu’il enseigne également quelques-unes des plus grandes classes de Chinois des États-Unis.


Le Falun Dafa joue un rôle clé dans son enseignement car il y intègre l’histoire de la Chine moderne.
"Je leur explique ce que le Parti communiste chinois a fait au Falun Gong et au peuple chinois en général" a-t-il dit.


Ce qui compte le plus pour O’Neill est son attitude personnelle envers la pratique, qu’il décrit comme permettant de progresser d’une façon unique.


"Elle me donne sans cesse un nouveau souffle. Il n’y a rien de tel que de pratiquer les exercices et lire le livre."

Version en anglais :
Parallel Lives Meet in New York

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