La responsabilité pour la persécution mine l'avenir des dirigeants du PCC

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Analyse

Dans les luttes de succession au sein du Parti communiste chinois (PCC), les dirigeants cherchent habituellement à s’assurer qu'ils ne seront pas tenus pour responsables des crimes commis pendant leur mandat. Depuis la Révolution culturelle, il n'y a pas eu de plus grand crime commis que la persécution du Falun Gong, et la crainte d'être tenu pour responsable de cette persécution est peut-être au cœur de ce qui est probablement une des luttes pour la succession la plus acharnée de l'histoire du PCC.

Un câble diplomatique de 2009 de l'ambassade américaine à Pékin, publié par Wikileaks, explique un principe régissant les luttes pour la succession observé par plusieurs spécialistes de la Chine : «La caractéristique principale de la politique entourant le leadership était le besoin de se protéger soi-même et de protéger sa famille contre les attaques après avoir quitté son poste. Par conséquent, les dirigeants actuels préparent avec soin des protégés qui défendront leurs intérêts une fois qu'ils sont remplacés», remarque une source anonyme dans le câble.

Les manigances pour obtenir une position prisée, qui sont continuelles au sein du PCC, se sont intensifiées à l'approche du 18e Congrès du Parti, qui doit se tenir plus tard cette année. Lors de cette réunion, un nouveau chef du PCC – très probablement Xi Jinping – sera nommé, et il y aura un remaniement au sein du Comité permanent du Bureau politique. Les individus à la tête du Parti seront ainsi ancrés dans leur poste jusqu'au prochain congrès, cinq ans plus tard.

Au cœur des intrigues au sein du Parti se trouvent Bo Xilai, le chef du Parti de la grande ville de Chongqing (centre-ouest de la Chine), et Zhou Yongkang, qui dirige le puissant Comité des Affaires politiques et législatives et qui supervise le Bureau 610, une agence extrajudiciaire de type Gestapo ayant pour mandat d'éradiquer la discipline spirituelle du Falun Gong.

Zhou Yongkang et Bo Xilai sont tous deux connus pour faire partie d'une faction du PCC étant restée fidèle à l'ancien dirigeant Jiang Zemin.

Le journaliste Bill Gertz, du site Internet The Washington Free Beacon, cite un responsable américain indiquant que Zhou est devenu le protecteur de Bo. Après que Wang Lijun, l'ex-chef du Bureau de la Sécurité publique de Chongqing sous Bo Xilai, a quitté le consulat américain de Chengdu où il a probablement tenté d'obtenir l'asile, il a été détenu par les autorités de Pékin. Wang a peut-être révélé les manigances de son ancien patron Bo Xilai afin de donner des munitions à ses adversaires pour bloquer son ascension et l'écarter du pouvoir.

Selon des responsables américains cités par Gertz, «Zhou Yongkang, le plus haut responsable en matière de sécurité et membre du Comité permanent du bureau politique, a pris contrôle de Chongqing des mains de Bo Xilai. Cependant, Zhou n'a pas permis aux autorités du pouvoir central de poursuivre leur enquête ou d’arrêter Bo.»


Promotion par la persécution

La relation spéciale entre Bo et Zhou repose essentiellement sur le fait que tous deux ont rapidement grimpé la hiérarchie du Parti en raison de leur application enthousiaste de la politique de Jiang Zemin prônant l’éradication du Falun Gong.

Le Falun Gong (aussi appelé Falun Dafa) consiste à pratiquer des exercices de méditation et à vivre selon des enseignements basés sur les principes d'authenticité, de compassion et de tolérance. Après avoir été introduite publiquement en 1992, la discipline s'est propagée très rapidement si bien qu’au début de 1999 un fonctionnaire de l’Administration des loisirs de l’État a suggéré que 100 millions de personnes pratiquaient le Falun Gong.

Le nombre de pratiquants – plus important que les membres composant le PCC – et la possibilité que le peuple chinois trouve les enseignements du Falun Gong plus attrayants que les doctrines du PCC, ont donné la frousse à Jiang Zemin. En juillet 1999, il a lancé officiellement la persécution du groupe.

Jiang a agi ainsi en dépit d'un sentiment général au sein du Comité permanent que les pratiquants de Falun Gong ne constituaient pas une menace. L'ex-premier ministre Zhu Rongji avait une attitude conciliante envers le groupe, même s'il subissait des attaques de ses pairs. Auparavant, Zhu avait fait l’éloge du Falun Gong pour sa contribution à réduire les coûts en soins de santé du régime.

Avec l’aide de Jiang Zemin, Zhou Yongkang est passé de secrétaire du Parti de la province du Sichuan à ministre de la Sécurité publique, ce qui lui a valu le surnom d’«assassin des droits de l’homme». De 2002 à 2007, il a dirigé le ministère de la Sécurité publique avant d’accéder à son poste actuel de directeur du Comité des Affaires politiques et législatives.

Bo Xilai a lui aussi gravi les échelons à cause de sa participation à la persécution, passant rapidement de maire de la ville de Dalian à gouverneur de la province du Liaoning, puis à ministre du Commerce. Avec l’appui de Jiang et de Zhou, Bo Xilai était même sur le point de devenir vice-premier ministre.

Cependant, la persécution et les efforts des pratiquants du Falun Gong en dehors de Chine pour tenir Bo responsable l'ont affaibli.

Un câble diplomatique daté de 2007 publié par Wikileaks a révélé que le premier ministre Wen Jiabao avait mis un frein à la promotion de Bo au poste de vice-premier ministre à cause des multiples poursuites internationales pour crimes contre l’humanité portées à son encontre par des pratiquants du Falun Gong. Wen a alors soutenu que Bo ne pouvait être promu pour représenter le Parti, ayant été poursuivi en justice dans le monde entier pour la persécution du Falun Gong.

Bo Xilai a d’ailleurs appris, lors du Congrès du Parti communiste de 2007, qu’il serait rétrogradé du statut de ministre du Commerce et mandaté pour prendre en charge la ville de Chongqing.


Le contrôle de la succession

Jiang a accédé au pouvoir en soutenant Deng Xiaoping dans son souhait de sévir contre les étudiants de la place Tiananmen. Deng pouvait croire en Jiang pour sa succession, celui-ci ayant été impliqué dans la répression des étudiants. De plus, Jiang aurait été incapable d’utiliser les faits du massacre de la place Tiananmen contre Deng, sans y être lui-même personnellement impliqué.

De manière similaire, Zhou Yongkang et Bo Xilai ont accédé au pouvoir en soutenant la campagne contre le Falun Gong. Aujourd’hui, à l’aube du 18e Congrès du Parti, l’issue pour Zhou, ayant quitté le Comité permanent et son poste de directeur du Comité politique et législatif, ainsi que pour Jiang, à la retraite, est d’assurer qu’eux-mêmes ainsi que leurs associés ne seront pas appelés à répondre de leurs crimes contre le Falun Gong.

Le site Internet dissident Boxun a rapporté que Wang Lijun avait alerté le consulat américain de Chengdu d’une tentative de coup d’État planifié par Bo.

Zhou Yongkang est soupçonné d’avoir conspiré avec Bo pour écarter finalement Xi Jinping de la tête du PCC.

Le prétendu complot Zhou-Bo impliquait Zhou qui faisait des arrangements pour que Bo soit nommé au Comité permanent, lui succédant en tant que directeur du Comité politique et législatif. Depuis ce haut poste, qui régit toutes les forces de police du régime chinois, Bo aurait le pouvoir d’écarter Xi au bon moment.

Le rapport de Boxun a reçu le soutien d’un responsable américain cité par Bill Gertz, qui parle de l’opposition du tandem Zhou-Bo à Xi.

«Wang possédait des renseignements importants sur la lutte pour le pouvoir chinois et sur les efforts des durs comme Zhou Yongkang et Bo Xilai pour perturber la succession de Xi Jinping», selon les sources de Gertz.


Version originale : Responsibility For Persecution Dogs CCP Leaders



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