" Le Rêve de la Vie Humaine" de Michel-ange

"Une contribution entre ciel et terre"
 

" Il Sogno (Le Rêve, généralement appelé "Le Rêve de la Vie Humaine ") ", environ 1533, par Michelangelo Buonarroti. Dessin, craie noire, dimensions : (38,9 x 27,8 cm). (London, Courtauld Gallery, Prince Gate Bequest.)


Aux alentours de 1533, l'artiste italien de la Renaissance Michel-Ange réalise une série de dessins qu'il offre à ses amis proches. À l'époque, les dessins étaient généralement réalisés sous forme d'esquisses pour des œuvres plus importantes. Ces dessins, cependant, ont été créés en tant que produits finis pour être offerts.


Dans son article " Le rêve de Michel-Ange ", Maria Ruvoldt laisse entendre que c’est l’une des premières fois dans l’histoire qu’un dessin est réalisé pour lui-même. Les dessins qui servaient d’esquisses pour des œuvres plus importantes répondaient généralement à la demande de mécènes, comme la famille des Médicis, ou du pape, qui s’intéressaient à des représentations spécifiques de sujets humanistes ou religieux.


Ruvoldt suggère cependant que l'"apparente confidentialité et intimité de cette nouvelle forme offrait un degré unique de liberté d'invention et d'interprétation", qui permettait à Michel-Ange de produire une image " sur laquelle méditer, une œuvre offrant un déploiement infini de sens, invitant le spectateur à y revenir encore et encore avec délice".


En d’autres termes, Michel-Ange avait la liberté de produire des dessins tirés de son imagination, et " Le Rêve de la Vie Humaine " est un résultat de cette liberté. Mais que nous dit aujourd’hui le déploiement de sens du " Rêve de la Vie Humaine " ?


Michel-Ange a produit une scène intéressante et créative. Un homme nu est assis sur une boîte qui contient des masques de différentes expressions faciales. Il s'appuie sur une sphère, détourne la tête de son corps les yeux levés vers un esprit ailé qui, en plein vol, souffle dans une trompette orientée vers la tête du personnage.


Autour de cette scène centrale un halo de personnages interagissant les uns avec les autres, mais dessinés légèrement pour ne pas interférer avec le point focal de la paire centrale de personnages. Certains de ces personnages latéraux s’étreignent et s’embrassent, tandis que d’autres se battent et s’enfuient. Des têtes flottantes abondent et une paire de mains semble tenir une pochette d’argent.


Le site internet du Courtauld Institute of Art suggère que ce dessin " montre un jeune réveillé par un esprit ailé des vices qui l’entourent."


Le philosophe et théologien Thomas d’Aquin a aidé à influencer la compréhension de la Renaissance Italienne des vices cardinaux. Les sept vices ou péchés sont l’orgueil, la cupidité, la luxure, la jalousie, la gourmandise, la colère, et la paresse. Les figures représentées autour des figures centrales montrent certains éléments de ces péchés.


Mais comment Michel-ange réagit-il à ces péchés ? Présente-t-il une simple renonciation au vice, ou y-a-il quelque chose d’autre dans son intention ?


L'esprit ailé semble descendre tout droit du ciel avec sa trompette orientée vers la zone du front au-dessus des sourcils. Pourquoi l'esprit ailé pointe-t-il sa trompette à cet endroit-ci ? Vise t'il l'esprit, l'âme ou le corps ? Qu'est-ce qui est important à propos de cet endroit particulier ?


Tournons nous vers Marsilio Ficino. Marsilio Ficino était un philosophe néoplatonicien qui dirigeait l'Académie platonicienne de la villa Médicis durant la Renaissance italienne. Michel-Ange a fréquenté cette académie quand il était un jeune adolescent et a été influencé par le néoplatonisme de Ficino.


Ficino suggérait que l’âme faisait office d’intermédiaire entre les cieux et la terre, possédant à la fois des aspects des cieux au-dessus et de la terre en dessous. Par exemple l’âme se déplaçait dans le temps et l’espace, mais réfléchissait sur des idées et idéaux éternels et incorporels.


Il était possible, cependant, que l'âme soit submergée par le corps à travers lequel elle communiquait. Submergée, l'âme oublierait son lien divin avec le ciel.


Revenons au dessin qui nous occupe. Le personnage ailé pointe-t-il sa trompette au niveau intermédiaire entre le ciel et la terre – l’âme ?


Mais qu’en est-il de la boîte avec les masques en dessous d’elle ? Ces masques ont des expressions différentes mais s’ils sont prêts à l’être, ils ne sont pas utilisés. Devons nous ranger les masques que nous portons dans la vie quotidienne pour nous rapprocher des vérités de nos propres âmes ? Ou, si nous devons entendre les sons des cieux, devons-nous rester indifférents aux sentiments et aux opinions qui contorsionneraient nos visages ?


Et le globe blanc sur lequel le personnage s’appuie ? Représente-t-il la terre sur laquelle nous vivons ? Est-ce une terre vierge attendant que nous l’imprégnions des images célestes et des sons produits par l’âme ? Ou représente-t-il les tentations creuses et les plaisirs terrestres dont nous devons nous détourner pour nous souvenir de la partie divine de nous-mêmes ?


Le halo des personnages se livrant aux vices ne semble pas réellement présent. Leur existence semble éphémère, comme si à tout moment ils allaient disparaître dans la brume de l’arrière-plan. Pourtant ils sont là et sont présentés comme des pensées tenaces refusant de se désintégrer.


Est-ce que ces vices terrestres sont ce que l’âme doit laisser derrière elle si elle souhaite retrouver son rôle d’intermédiaire entre les cieux et la terre, ou la dissipation de ces vices dépend-elle d’une intervention céleste ? En d’autres termes, est-ce que la trompette des cieux effraie les vices, ou l’âme doit elle choisir de se séparer du vice pour entendre la trompette ?


Ce sont d’importantes questions accumulées dans ce petit dessin. La plupart n’ont pas de réponse absolue, qu’elles soient ou non posées en relation avec le dessin.


Je pense que c’est ce que Ruvoldt veut dire lorsqu’elle dit que "Le Rêve de la Vie Humaine " est une œuvre " sur laquelle méditer, une œuvre offrant un déploiement infini de sens, invitant le spectateur à y revenir encore et encore avec délice."


L’art a une incroyable faculté d' indiquer ce qui ne peut être vu afin que nous puissions nous demander "Qu’est-ce que cela signifie pour moi et pour tous ceux qui le voient ? " " Comment cela a-t-il influencé le passé et comment cela pourrait-il influencer le futur ? " " Qu’est-ce que cela suggère à propos de l’expérience humaine ? " Ce sont quelques-unes des questions que nous allons explorer dans notre série intitulée Atteindre l’Intérieur : Ce que l’art traditionnel offre au cœur.

Eric Bess est un artiste figuratif pratiquant. Il est actuellement doctorant à l'Institut d'études doctorales en arts visuels (IDSVA).


Version originale :
https://www.theepochtimes.com/michelangelos-dream-of-human-life_3132546.html

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