Léonard de Vinci, un Saint des Arts -Une œuvre rare du Vatican commémore le maestro

 
"Saint Jérôme " de Léonard de Vinci au Métropolitan Museum of Art. (Le musée d’Art Métropolitain)



NEW YORK—L’art classique ne relève pas de l'histoire—il parle d’aujourd’hui. Son pouvoir transformateur peut nous élever, et toucher nos esprits.


C’est le cas du " Saint Jérôme priant dans le Désert " de Léonard de Vinci , prêté par les Musées du Vatican. C’est l'unique protagoniste de la nouvelle exposition "Le St Jérôme de Léonard de Vinci " au Metropolitan Museum of Art, visible jusqu’au 6 octobre. L’exposition commémore le 500e anniversaire de la mort de l’artiste.


C’est la pièce parfaite pour honorer le défunt maître pour de nombreuses raisons. Alors que les historiens débattent passionnément de la paternité de nombre des peintures de Léonard, cette œuvre est l’une des seules six à ne pas être en cause. Elle porte même les empreintes digitales de Léonard de Vinci ; il utilisait souvent ses doigts et ses paumes pour étaler la peinture afin de créer un effet de flou.


" Il y a quelque chose de vraiment touchant pour un spectateur moderne de simplement savoir que les empreintes digitales de l’artiste sont là ", a déclaré la conservatrice de l’exposition, Carmen Bambach, lors d’un entretien téléphonique.


En plus de la touche littérale de Léonard," St. Jérôme " décrit son esprit émouvant ; il peut même suggérer un tout autre but de l’art - nous aider à nous connecter avec le Créateur.


" Ce qui est vraiment important est de regarder la peinture de St. Jérôme et de permettre à la peinture elle-même de nous en dire long sur la probable vie spirituelle de Léonard ", dit Bambach.


Tel un dévot spirituel, s'efforçant toujours d'être meilleur, le tableau est aussi inachevé et un travail en cours. Léonard l'a commencé vers 1483 et y a travaillé pendant les trois décennies suivantes.


De 1510 à 1511, Léonard de Vinci s'est attaché à esquisser des dessins anatomiques, illustrant de façon réaliste la structure musculaire et squelettique d'un être humain. Ces développements artistiques peuvent être vus dans son "Saint Jérôme".


"L'inachèvement du tableau nous rapproche de l'esprit du génie ", dit Bambach. Comme Saint-Jérôme ne portait qu'un tissu déchiré, le maestro a eu l'occasion de montrer sa maîtrise de l'anatomie. Il le fait brillamment, surtout au niveau de la tête,du cou et des épaules du saint.


On ne sait toujours pas pourquoi il n'a jamais terminé l'oeuvre. "L'une des raisons peut avoir été qu'il considérait qu'il s'agissait d'un travail en cours et qu'il s'y est tout simplement lui-même attaché ", selon Bambach.


 
" Saint Jérôme " par Léonard de Vinci. Tempera et huile sur papier noyer, 1,04 mètre sur 0,76 mètre. Musées du Vatican, Rome.( Le musée d’Art Métropolitain)


Espace Solennel

La présentation de l'exposition et le choix de la peinture rendent hommage à une coutume ancienne. Pendant la Renaissance, lors des funérailles de grands artistes italiens comme Michel-Ange et Raphaël, l'une des œuvres de dévotion de l'artiste était exposée.


"Saint Jérôme priant dans le désert" est exposé seul dans l'exposition, "fortement éclairé dans un espace autrement obscurci, afin de rehausser la dimension contemplative de l'image, ce que Leonardo voulait " précise le communiqué de presse de l'exposition.


"La façon dont nous l'avons conçue au Met, c'est de créer une sorte de chapelle, une sorte de sanctuaire pour la présentation de cette œuvre, qui évoque une fois de plus la solennité d'un anniversaire de mort ", dit Bambach.


Le cadre intime et solitaire de l'exposition reflète également la représentation unique de saint Jérôme par Léonard de Vinci, contrastant avec la façon dont le saint a souvent été représenté à travers l'histoire. Le saint du IVe siècle est surtout connu pour son exemplarité de la morale chrétienne et pour sa traduction de la Bible de l'hébreu au latin. Beaucoup d'artistes, surtout au Moyen Âge, peignaient Saint Jérôme dans son étude, traduisant pieusement les Écritures. Il portait souvent un chapeau et des vêtements rouges de cardinal, même si ce poste n'existait pas encore dans l'ordre catholique.


Léonard, cependant, a décrit St. Jérôme à partir d’un récit du 13e siècle intitulé "La légende dorée ", une collection d’hagiographies, ou de biographies de saints. D’après le texte, St. Jérôme erre dans le désert comme une ascète décharné, il aperçoit un lion avec une épine dans sa patte. Le saint retire l’épine et gagne un compagnon pour la vie.


Dans le " Saint Jérôme priant dans le Désert " de Léonard, Saint Jérôme est assis dans une grotte, se frappant la poitrine avec une pierre, une pratique courante de la pénitence. De tels rituels visaient à effacer les péchés de la chair, auxquels Jérôme s’adonnait avant de devenir chrétien. À ses pieds se trouve son compagnon, le lion. St Jérôme, dans un état semi-conscient lève les yeux sur une croix.


" Ce que Léonard a décidé de faire était d’épurer complètement l’histoire. " dit Bambach. “[C’est à propos de son] état de rêverie…C’est cet engagement avec un crucifix qui est véritablement le sujet de la vision mystique du saint.


Ce que je vois du choix artistique de Léonard est une figure et un sentiment religieux, libre de la forme de l’Eglise. C’est une représentation de St.Jérôme à l’état nu, au sens figuré et au sens propre: Il n’est pas paré de l’habit de l’Eglise ; il est simplement subjugué par la divinité, se connectant directement au Christ. L’esprit du saint, et la connexion à Dieu, est gravitationnelle et enracinée. Cela parle de la dévotion du peintre autant que de St. Jérôme lui-même.


" Aujourd'hui, en tant qu’historienne, il m’est difficile de ne pas voir que Léonard était un artiste intensément spirituel ", a déclaré Bambach.


J.H. White est un journaliste spécialisé dans les arts, la culture et la mode masculine vivant à New-York.
Version originale : https://www.theepochtimes.com/leonardo-da-vinci-a-saint-of-the-arts_3023138.html

Vous pouvez imprimer et faire circuler tous les articles publiés sur Clearharmony et leur contenu, mais veuillez ne pas omettre d'en citer la source.