Voyage au cœur du monde des contes de fées chinois

Chinese Fairy Tales and Fantasies (Petr Svab/Epoch Times)

On n'est pas toujours obligé d'écrire un nouveau livre pour susciter l'engouement. Il arrive qu’une superbe édition brillamment illustrée d'un classique littéraire y parvienne encore mieux. C'est ce qu’a réussi la Folio Society, fondée en 1947 et connue pour ses brillantes restitutions des grands classiques, en publiant son recueil 2014 de contes chinois : Chinese Fairy Tales and Fantasies (Ndt : L'imaginaire chinois et ses contes de fées).


Dans la même veine, la maison d'édition basée à Londres a déjà publié un ouvrage encyclopédique englobant 3 500 ans d'histoire des dynasties chinoises ainsi qu'un volume illustré en trois tomes du récit épique du 13e siècle Romance of the Three Kingdoms (Ndt : Histoire des Trois Royaumes).


À peine sorti de son étui couleur bronze, la couverture bleu sombre du volume relié de Chinese Fairy Tales and Fantasies offre au regard du lecteur le tracé vif et libre d’une gracieuse divinité. Sa silhouette et son vêtement enveloppent les contours d’un éclatant soleil rouge, dont la lumière dorée se reflète au-dessous en une scène terrestre— invitant le lecteur à entrer dans le monde peu connu des anciennes légendes de la Chine.


Quant aux légendes elles-mêmes, adaptées par Folio à partir d'un volume de 1979 traduit par Robert Moss, elles proviennent de toutes les époques de la riche histoire littéraire chinoise, de paraboles d’anciens maîtres taoïstes, ayant vécu avant Jésus-Christ, à une histoire officieuse de l’Académie Confucéenne : Unofficial History of the Confucian Academy écrite en 1750. Le lecteur se retrouve plongé dans toutes sortes de quêtes en enfer, de leçons tirées du règne animal, d’épreuves de vertu et de courage, et de voyages vers l’éveil. Certaines de ces œuvres sont si célèbres qu'elles continuent encore aujourd'hui à être familièrement citées au sein de la diaspora chinoise, d'autres bien que moins connues, n’en sont pas moins fascinantes.


Beaucoup évoquent des thèmes qu'on retrouve dans nos propres contes de fées; dans A Small Favor, (Ndt : Une petite faveur) un geste de bonté apparemment anodin sera récompensé par une grande chance. Une autre histoire, The Family Fortune (Ndt : la Chance de la famille), nous met en garde contre l'avarice et les accès de jalousie.


D'autres épisodes dépeignent les querelles d'injustes gouvernants et d'autorités corrompues, dans lesquels le protagoniste ne réussit à s’en sortir que par une foi inébranlable dans le principe que le bien engendre la chance et que les méchants seront inévitablement, si ce n'est immédiatement, traduits en justice.


“Le moine lui-même, ignorant qu’il était mort, flottait au loin avec son âme intacte.” (Illustration © Victo Ngai 2014)


The Black General (Ndt : Le Général noir) dépeint un courageux et vertueux jeune voyageur qui libère un village des griffes d’une bête lubrique et tyrannique, demi-dieu exigeant une provision régulière de jeunes épouses. La bataille est double : le despote physiquement évincé, reste au héros à libérer les villageois de leur soumission causée par la peur, il y parvient par l'attrait moral, mettant à nu la véritable nature du démon jadis puissant comme celle d’"un criminel au ciel et sur la terre. "


Un disciple traverse différentes épreuves, qui sont en fait des illusions arrangées par son maître. (Illustration © Victo Ngai 2014)

L'ouvrage comprend huit illustrations en couleur de l'artiste hong-kongaise Victo Ngai, dont les traits délicats et les formes néanmoins concises sont accentués par son utilisation puissante de la couleur et du contraste – en résulte une impression attachante d’un autre monde, onirique et fascinant.


La préface que l'on doit à l’auteur primé Yiyun Li, est en contraste abrupt avec les visions rencontrées au grès des fables et des légendes. Élevée à Pékin, Li exprime dans une langue toute empreinte du matérialisme de l'éducation marxiste contemporaine, une troublante perplexité face à la nature mystique et spirituelle des légendes et des récits populaires. Il en résulte un affrontement entre deux identités : l'une marxiste, empirique, officielle, et l'autre, chinoise, cyclique, traditionnelle.


Ce caractère proprement chinois s'inscrit dans un monde où pensées et sentiments, jeunesse et vieillesse, masculin et féminin, laïc et mystique se déploient dans le contexte d’expériences humaines universelles – l'adversité, l'exaltation, la peur, la passion – lesquelles ne sont finalement que des tests émotionnels sur le chemin de la perfection spirituelle.


Extrait de An Unofficial History of the Confucian Academy. (Illustration © Victo Ngai 2014)

Le plus souvent, les pouvoirs magiques représentent, plus que de simples instruments pour vaincre le mal ou obtenir un gain matériel, les moyens d'enseignement de sages taoïstes Une des histoires évoque un homme entré dans un monastère taoïste dans l'espoir d'acquérir des pouvoirs surnaturels. Après s’être acquitté de tâches apparemment injustifiées il se voit finalement accorder la maîtrise de quelques arts mineurs, mais en retournant à la vie profane, il s’avère incapable de contenir ses désirs mondains et perd sa capacité après en avoir fait étalage.


Dans The Wizzard's Lesson (Ndt : La leçon d’un magicien) un homme paresseux, tenté par les dons apparemment illimités conférés par un vieux maître, se retrouve à plusieurs reprises dans le dénuement en raison de sa paresse, avant de finalement quitter ce monde pour s’engager sur le chemin de l'éveil. Le maître le guide dans un voyage exténuant, à travers d'innombrables tortures illusoires et une vie alternative. Finalement, une simple erreur l'empêchera de devenir un immortel et il retournera dans le monde humain les mains vides.


S’entrelacent la justice, le mandat céleste, et la croyance chinoise que des critères plus élevés finissent par prévaloir. Dans le récit Underworld Justice (Ndt : Justice du monde des ténèbres), un homme sacrifie sa propre vie lors d' un voyage au royaume des ténèbres, dans une quête pour sauver son père défunt des tortures injustifiées d'esprits corrompus et de fonctionnaires malfaisants.


En endurant l'ensemble des châtiments infernaux, notre fils loyal s’en sort et obtient la faveur du paradis. Des divinités vertueuses délivrent alors le père de sa condamnation imméritée et punissent les saboteurs de la justice, supérieurs ou subalternes, pour leurs méfaits.


Illustrations de Victo Ngai pour l'édition de la Folio Society de Chinese Fairy Tales and Fantasies.
Disponible uniquement auprès de la Folio Society.

Version originale : Chinese Fairy Tales and Fantasies': A World of Tradition

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