La lune à la Mi-Automne dans la poésie chinoise classique

Le Festival de la Mi-Automne représente une grande occasion pour les membres de la famille qui se réunissent afin d’admirer la lune et déguster les gâteaux de lune. Cette coutume a une histoire de plus de 3000 ans, elle date du culte de la lune sous l’ancienne dynastie Shang. (Jane Ku/Epoch Times)


Le 8 septembre 2014, les Chinois célèbrent le festival Zhongqiu (中秋節 Zhongqiu jié), connu sous le nom de Festival de la Mi-Automne ou Fête de la Lune. Il se déroule toujours le 15e jour du 8e mois du calendrier lunaire. Il représente une grande occasion pour les membres de la famille qui se réunissent afin d’admirer la lune et déguster les gâteaux de lune.

Depuis les temps anciens, la lumière de la lune de la mi-automne constitue une source d’inspiration éternelle pour les poètes chinois qui l’ont utilisée dans la poésie pour exprimer leurs joies et leurs peines, les hauts et les bas, le mal du pays et les espoirs de leur vie. Li Bai, Du Fu, Bai Juyi et Su Shi comptent parmi les plus éminents poètes de la littérature chinoise.


La poésie de Li Bai

Li Bai (701-762) était un poète de la dynastie Tang. Il est considéré comme le «poète immortel» de l’histoire de la littérature chinoise.

Au cours de sa jeunesse, il s’intéressa à l’écriture. À l’âge de 10 ans, il connaissait déjà bien les classiques de Confucius.

À sa vingtième année, il a quitté son domicile et commencé à voyager jusqu’en 742, date à laquelle il a occupé une fonction d’expert scientifique et de poète au service de l’empereur Xuanzong (1) de la dynastie Tang.

En 743, après avoir quitté le palais, Li Bai recommença à voyager et à écrire des poèmes. Il était décrit comme un taoïste. Un jour d’automne de l’année suivante, il fît la rencontre d’un autre poète, Du Fu. Admirant leur talent respectif pour la poésie, ils devinrent immédiatement bons amis.

Dans ses poèmes, Li Bai a révélé sa passion pour la nature, son amour pour le pays et la tristesse présente dans son esprit. La plupart de ses poèmes décrivent l’humanité comme perdue dans la désillusion, la solitude et la nostalgie, exprimant le manque d’une connexion avec le ciel. Voici deux de ses célèbres poèmes sur le thème de la lune.

Boire seul avec la lune

D’un pot de vin parmi les fleurs,
Je buvais seul sans compagnon
Levant ma coupe, j’ai demandé à la brillante lune
Apporte-moi mon ombre et soyons trois.
La lune ne peut comprendre pourquoi je bois,
Mon ombre me suit silencieusement où que j’aille.
La lune accompagne mon ombre un court instant,
Saisissant l’opportunité de vivre un moment de joie.
La lune un peu songeuse quand je chante,
L’ombre virevolte quand je danse.
Enchanté d’être amis quand je suis éveillé,
La camaraderie cesse quand j’ai bu.
Essayons d’entretenir une amitié éternelle,
Nous nous rencontrerons à nouveau dans le vaste ciel.
Pensée dans une nuit tranquille
Devant mon lit, la lune jette une clarté très vive ;
Je doute un moment si ce n’est point la gelée blanche qui brille sur le sol.
Je lève la tête, je contemple la lune brillante;
Je baisse la tête et je pense à mon pays.


"Les rosées gèleront dans la nuit qui avance. Le clair de lune paraît plus lumineux dans ma patrie." Vers de Du Fu, un célèbre poète chinois de la dynastie Tang. (SM Yang/Epoch Times)


La poésie de Du Fu

Contemporain de Li Bai, Du Fu (712-770) était un célèbre poète chinois de la dynastie Tang. Il a été considéré comme le plus grand poète chinois de tous les temps par beaucoup de critiques littéraires.


Issu d’une famille de lettrés, Du Fu a révélé son talent pour la poésie dès son plus jeune âge. En dehors de la récitation de poèmes de l’époque, il a commencé à écrire des poèmes dès l’âge de 7 ans. Il a ensuite suivi une éducation traditionnelle confucéenne.


Lors de son échec aux examens impériaux en 735, Du Fu commença à s’interroger sur sa carrière. Il acquit une renommée en tant que poète. Au cours de ses voyages, il rencontra d’autres poètes de cette période, y compris Li Bai en 744.

Après une brève rencontre avec le taoïsme en voyageant avec Li Bai, Du Fu retourna à la capitale et au confucianisme de sa jeunesse.

Au cours de l’année 740, Du Fu, bien que désargenté et sans réelle position officielle, était un membre très respecté d’un groupe de hauts fonctionnaires, mais il échoua pour la seconde fois à l’examen impérial.

Du Fu se maria vers 752, et eut cinq enfants, trois fils et deux filles. Dès 754, il commença à avoir des problèmes pulmonaires et une série d’autres maladies qui persistèrent pendant tout le reste de son existence.


Du Fu et sa famille ont vécu dans la pauvreté et quelques-uns de ses amis lui ont apporté un soutien financier. De 765 à 766, en compagnie de sa famille, il voyagea lentement, affaibli par son mauvais état de santé. Ils s'installèrent à l’entrée des Trois Gorges. C’est durant cette période que la dernière grande floraison poétique de Du Fu fût écrite, avec environ 400 poèmes à son actif.

Du Fu a été employé officieusement comme secrétaire par son ami Bo Lam qui est devenu un gouverneur de la région en 766. Deux ans plus tard, cependant, Bo décéda et Du Fu et sa famille recommencèrent à voyager.


Du Fu est mort à l’âge de 58 ans à Tanzhou, dans le Sud-Est de la Chine. L’histoire de sa vie le présente comme un fils dévoué, un père affectueux, un mari et un ami fidèle et une personne loyale envers son pays.


La plus grande partie de ce qui est connu de la vie de Du Fu provient de ses poèmes. Dans les deux poèmes ci-dessous, on peut lire son grand désir de paix et son amour pour sa famille.


Nuit de pleine lune

La lune au-dessus Fuchou ce soir,
Ma femme doit la regarder seule dans notre chambre.
Malheureusement, je pense à mes enfants si loin,
Ils sont trop jeunes pour comprendre mon absence et se rappeler les moments à Chang’an.
Sa chevelure est humide dans la brume parfumée,
Et ses bras de jade blanc sont refroidis par ce clair de lune,
Quand allons-nous nous pencher ensemble à la fenêtre ouverte,
Alors que le clair de lune sèche nos larmes?
Pensant aux frères au clair de lune
Les tambours de l’armée empêchent les gens de voyager.
Une oie peut être entendue sur la frontière en automne.
Les rosées gèleront dans la nuit qui avance.
Le clair de lune paraît plus lumineux dans ma patrie.
Tous mes frères sont séparés les uns des autres.
Il n’y a pas d’endroit où demander s’ils sont vivants ou morts.
Les lettres envoyées n’ont pas été reçues.
La bataille se poursuit encore.


La poésie de Bai Juyi

Bai Juyi (772-846) était un poète renommé au cours des années qui ont suivi la période faste de la dynastie Tang.

Il était issu d’une famille pauvre mais instruite. En raison de la guerre, sa famille déménagea à différents endroits. Bai passa l’examen impérial à 28 ans. Il travailla en tant que lettré de l’Académie Hanlin et occupa un poste de fonctionnaire au palais dans les années 807 à 815.


Plus tard, Bai se trouva en grande difficulté. Il s’était fait des ennemis à la cour, mais aussi de certaines personnes occupant d’autres positions. Ses écrits mécontentaient certaines personnes. Il rédigea deux longs mémoires sur l’arrêt des guerres et une série de poèmes critiquant les actions des responsables et montrant les souffrances causées par la guerre sur la population. Il perdit ensuite son emploi au palais.

Bien qu’il ait été rappelé au palais par le nouveau règne en 819, il sut garder sa droiture pour dénoncer la corruption par le biais d’une série de recueils. Bai fût de nouveau envoyé loin de la capitale en 822.

On lui attribua néanmoins un poste important de gouverneur à Hangzhou, Suzhou et au Henan durant les 10 années suivantes. Beaucoup de célèbres poèmes ont été écrits après sa retraite. Il avait placé sa foi en Bouddha dans les dernières années de sa vie.

En 746, à l’âge de 72 ans, il décéda à Luoyang, laissant des instructions afin d’être inhumé simplement dans une fosse au monastère, avec une simple cérémonie et ne souhaitant se voir conféré aucun titre posthume.

Bai Juyi est connu pour le style simple, direct et facilement compréhensible de ses vers et poèmes. Il était aisé pour les gens de comprendre la langue utilisée dans ses poèmes. Les poèmes coulent de source délicatement et son style poétique est devenu une nouvelle forme littéraire fondamentalement simple dans l’histoire de la littérature chinoise.


Regarder la lune au pavillon Penfu un jour de la Mi-Automne

L’année dernière, le 15e jour du huitième mois,
J’étais au bord de l’eau, au jardin des abricots à Qujiang.
Cette année, le 15e jour du huitième mois,
Je suis en face du pavillon Penfu.
Faisant face au Nord-Ouest vers ma maison;
Quelques fois j’ai vu la pleine lune du Sud-Est.
Personne ne se soucie du vent qui soufflait hier;
La grâce du clair de lune reste la même au fil des ans.


Emotions en regardant la lune

Les temps sont durs, une année de famine a vidé les champs,
Mes frères vivent à l’étranger, éparpillés d’Ouest en Est.
Maintenant, les champs et les jardins sont à peine visibles après le combat,
Les membres de la famille errent, dispersés sur la route.
Attachés aux ombres, comme des oies séparées par dix mille li,
Ou des racines soulevées dans l’air automnal de septembre.
Nous regardons ensemble la lune, puis les larmes peuvent tomber,
Cette nuit, notre souhait de regagner la maison est le même pour tous.


La poésie de Su Shi

Su Shi (1037-1101), également connu sous le nom de Su Dongpo, était une figure importante de la littérature dans l’histoire chinoise. Il fut un grand écrivain, poète, peintre, calligraphe et un fonctionnaire de la cour de la dynastie Song.


Su est né dans une famille de lettrés. Ses deux parents étaient très instruits. Lorsque Su eut 19 ans, son frère Su Zhe et lui réussirent tous deux l’examen impérial, une condition préalable pour accéder aux postes élevés de l’administration. Il y avait alors de nombreux postes officiels, dont celui de président du conseil d’administration des rites (pour les cérémonies impériales et le culte).

La poésie et l’art de Su ont été inspirés par le taoïsme et le bouddhisme. Il est généralement considéré comme le plus grand poète. Son Fu, une sorte de poèmes satiriques en vers libres, a été adapté par les générations suivantes.

Ses versets satiriques et son opposition aux politiques officielles ont rendu sa carrière tumultueuse. Il a écrit un poème satirique sur les nouvelles politiques promues par le Premier ministre Wang Anshi, aux alentours de 1079, à la suite de quoi, il fût emprisonné et exilé à douze reprises.

Su était connu pour avoir une personnalité libre et fougueuse, et sa poésie du début était pleine de perspicacité et d’énergie. Après avoir échappé de justesse à la mort et avoir été banni dans la région aride du Sud, il commença à réfléchir sur la beauté de la nature et sur le sens de la vie.

En exil, il aimait les plaisirs simples de l’agriculture et de l’écriture, prenant plaisir dans ce que la vie lui offrait. Cette situation, cependant, ne l’inspira plus profondément. En fait, bon nombre de ses œuvres les plus connues sont apparues à cette époque.

En 1101, Su fût gracié une nouvelle fois et rappelé au palais, mais il rendit l’âme sur le chemin du retour à la capitale.

Su et son jeune frère étaient très proches l’un de l’autre. Pour avoir été un représentant du gouvernement dans une famille de fonctionnaires, Su était souvent séparé de ses proches. En 1078, son frère cadet put le rejoindre pour la fête de la Mi-Automne. Inspiré par la visite de son frère, il écrivit le poème suivant pour exprimer la valeur du temps passé avec la famille.


La lune de la Mi-Automne

Alors que les nuages du soir se retirent, un déluge d’air frais jaillit.
La roue de jade passe silencieusement à travers la rivière d’argent.
Cette vie cette nuit a rarement été bonne.
Où verrons-nous cette lune l’année prochaine ?


Mélodie de l’eau

Quand la lune brillante est-elle apparue pour la première fois? Je lève un verre de vin et j’interroge le ciel sombre.

Je me demande dans le palais du ciel, quelle année nous sommes ce soir.

Je veux chevaucher le vent et y retourner, cependant j’ai peur des tours de cristal et de jade du palais. Pour être en haut, il faut endurer le froid.

Commençant à danser avec l’ombre claire; cela ne ressemble pas au monde de mortels.

Tournant autour du pavillon rouge, abaissant une porte de soie, brillante au-dessus du sommeil.

Pas de ressentiment, mais pourquoi quand vient la lune c’est toujours le temps de la séparation ?

Les gens vivent les peines, les joies, la séparation et les retrouvailles; la lune peut aussi être sombre, lumineuse, à demi-pleine et pleine. Depuis les temps anciens, elle n’a jamais été parfaite.

Puissent les êtres humains être bénis pour longtemps ! Bien que séparé par des milliers de miles, tout le monde peut partager la beauté de la lune.


À travers les poèmes ci-dessus, on peut lire leurs pensées et ressentir leurs émotions. Le jour de la mi-automne a toujours été le moment choisi par les poètes chinois pour exprimer leurs sentiments profonds et leurs pensées. Tout comme le vent, les fleurs ou la neige, la lune constitue un sujet privilégié pour l’écriture.


Les poètes étaient des nomades éloignés de leur maison. Ils éprouvaient la nostalgie du pays et l’amour de leurs proches leur manquait particulièrement le jour de la mi-automne lorsqu’ils contemplaient la lune ou buvaient au clair de lune. Ils pouvaient oublier tous les ennuis et les difficultés causés par leurs errances, mais lors du clair de lune, ils ne pouvaient pas oublier le souvenir de la maison et de ceux qu’ils aimaient.


Note

1.L’empereur Xuanzong, aussi appelé l’empereur Minghuang des Tang, était le septième empereur de la dynastie Tang. Son nom est Li Longji et il vécut de 685 à 762. Son règne dura 43 ans (712-756), Ce fut le règne le plus long de la dynastie Tang. Dans la première partie de son règne, il était un dirigeant impliqué et avisé. Il instaura des règles qui allaient conduire la Chine à l’apogée de sa culture et de sa puissance.


2.Le vrai nom de Guifei Yang est Yuhuan Yang (716-756). Guifei est le titre le plus haut que peut avoir une épouse impériale après celui d’impératrice. Yang devint l’épouse bien-aimée de l’empereur Xuanzong au cours de ses dernières années. Elle fut connue pour avoir été l’une des Quatre Beautés de la Chine ancienne.

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