Transplantation d’organes: les nouvelles réglementations chinoises laissent les questions clés sans réponse

Les groupes médicaux les considèrent comme un éventuel cheval de Troie visant à saper les normes éthiques
 

Le 19 avril 2006, à Washington, des militants chinois simulent l’acte illégal de la vente d’organes humains lors d’une manifestation. Les autorités chinoises essayent de rendre leur système de transplantation d’organes plus crédible, mais les questions clés restent sans réponse. (Jim Watson/AFP/Getty Images)

Voilà la dernière tentative des autorités chinoises pour donner un semblant de crédibilité à leur industrie de transplantation d’organes: de nouvelles réglementations. Cependant, ces réglementations, depuis bien longtemps attendues et qui ont été rendues public le 1er septembre, sur l’obtention et attribution des organes, ne répondent toujours pas à plusieurs questions importantes.

Par exemple, elles n’expliquent pas si les organes des prisonniers exécutés seront inclus dans le registre des organes qu’affirme mettre en place les autorités.

Ce n’est qu’en 2008 que Huang Jiefu, alors Vice-ministre chinois de la Santé, a reconnu publiquement et par écrit que le système de transplantation chinois reposait principalement (à 90%) sur les organes de prisonniers exécutés.

Soit deux an

s après que les rapports aient indiqué que les prisonniers de conscience, en majorité des pratiquants de Falun Gong, un groupe spirituel persécuté, étaient les victimes des prélèvements d’organes pratiqués à grande échelle.

Il s’est écoulé dix ans avant que des témoignages crédibles dévoilent que le système chinois utilisait couramment des prisonniers condamnés à mort. Durant de nombreuses années, les autorités chinoises affirmaient seulement que tous les organes en Chine provenaient de dons volontaires, et attaquaient ceux qui suggéraient le contraire.

Maintenant, les autorités ont admis qu’elles avaient, en fait, prélevé des organes sur des prisonniers sans leur consentement. Toutefois, elles n’ont jamais admis les prélèvements sur les pratiquants de Falun Gong.

Cette année, les responsables médicaux chinois ont déclaré avoir l’intention d’«éliminer la dépendance aux organes de prisonniers exécutés», au lieu de promettre, conformément à l’éthique médicale internationale, de mettre fin immédiatement à cette pratique.

Les prisonniers exécutés vont-ils faire partie du système d’enregistrement d’organes? Nul ne le sait. L’article II de réglementations affirme que cela s’applique à tous les «citoyens». Compte-t-on les prisonniers?

Le South China Morning Post cite un chirurgien anonyme, qui affirme que les organes prélevés sur les prisonniers vont être incorporés dans le système électronique d’attributions. Mais le China Daily, un média d’État, souligne que seuls les organes provenant du «grand public» seront enregistrés.

Si le nouveau système, appelé Système de réponse aux transplantations d’organes en Chine (COTRS), n’intègre pas les prisonniers exécutés, il sera très simple de blanchir les prélèvements d’organes de détenus du Falun Gong en les présentant comme des prisonniers condamnés à mort.

Les médias chinois ont parlé de l’enregistrement frauduleux des dons d’organes dans les hôpitaux, tandis que les institutions officielles en Chine sont généralement reconnues pour manquer d’honnêteté et de crédibilité. En particulier l’appareil de sécurité et le système médico-militaire, qui ont été fortement impliqués dans le prélèvement d’organes, sont tristement célèbres avec leur réputation d’établissements secrets.

De plus, les réglementations, n’assurent aucune véritable transparence dans le processus d’attribution. L’idée que la source de l’organe peut être identifiée est la base de confiance qui est présente par exemple dans le système de dons d’organes aux États-Unis.

La possibilité de vérifier la provenance de l’organe est également une condition exigée de tout pays par l’Organisation mondiale de la santé et la Société de transplantation, deux groupes de santé internationaux qui tentent de collaborer avec le régime chinois dans le domaine de son système de transplantation d’organes. Cependant, ces deux groupes ne montrent pas beaucoup de zèle pour défier les autorités chinoises dans leurs pratiques.

Selon Arne Schwarz, un chercheur indépendant, si les organes continuent d’être «obtenus et distribués en secret», cela signifiera qu’aucune des promesses faites par les autorités ne pourra être vérifiées ni être dignes de confiance.

L’ONG Doctors Against Forced Organ Harvesting (Les Médecins contre le prélèvement forcé d’organes (DAFOH), un groupe de défense médical qui essaie généralement de garder un ton modéré, a publié un communiqué de presse faisant preuve de son exaspération devant les manœuvres d’évasion exercées par le régime chinois.

DAFOH a intitulé son communiqué «L’annonce de la suppression progressive des prélèvements d’organes sur les prisonniers en Chine est trompeuse et insuffisante».

Les principaux problèmes des réglementations soulevés par DAFOH sont semblables à ceux indiqués par Schwarz: pas de garanties ou de surveillance externe et toute une panoplie d’ambiguïtés pour savoir si les organes prélevés d’une manière contraire à l’éthique seront autorisés à entrer dans le nouveau système informatisé.

À défaut d’obtenir ces deux éléments, DAFOH a déclaré: «Nous devrions peut-être nous poser la question pour savoir si le système informatisé chinois d’attribution d’organes est un fait positif et si l’annonce d’une suppression progressive ne sera pas utilisée comme un cheval de Troie pour saper et diluer nos normes éthiques.»

Version en anglais:
China’s New Organ Rules Leave Basic Questions Unanswered

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