Torturé dans une prison chinoise et devenu un chef de file de l’art international : L'histoire de Zhang Kunlun

"La sculpture est un art de regrets.
On veut toujours faire les choses parfaitement. Les précédentes, je les ai faites rapidement. Celle-ci est différente."
Dr. Kunlun Zhang


Dr Zhang Kulun, Bouddha, 2002

Le professeur Zhang Kunlun est l'un des sculpteurs les plus accomplis de Chine. Récipiendaire de nombreux prix, Zhang a été directeur de l’Institut de sculpture du Shandong Art Institute, ainsi que directeur de son Institut de recherche sur la sculpture. Il a également créé certains des plus grands monuments de la Chine.


Pourtant, à l'apogée de sa carrière, l'artiste renommé a été victime de la persécution du Falun Gong en Chine. La reconnaissance et le respect qu'il avait reçus des autorités chinoises ont pris fin brusquement lorsqu'il a défendu sa liberté de croyance.


Zhang a été détenu en Chine à quatre reprises, battu et torturé pour la pratique de la paisible méditation bouddhiste. Juste comme ça, l'artiste autrefois renommé a été traité comme un criminel.


Après avoir été emprisonné et sévèrement torturé, le Dr Zhang Kunlun, vit aujourd'hui aux États-Unis où il crée de magnifiques œuvres et est le conservateur de l’exposition d’art collectif la plus visitée au monde, L’Art de Zen Shan Ren.


L'exposition, qu'il a lancée en 2004, a depuis tourné dans plus de 50 pays avec plus de 1000 présentations dans le monde entier, de New-York à Paris, de Toronto à Milan. L'intention qui la sous-tend est d’exposer les plus tragiques violations des droits humains de notre temps, la persécution du Falun Gong en Chine, tout en affirmant la puissance de la beauté dans l'art.


Dr. Zhang Kunlun interviewé pour le film Art sacré 2008


La sculptrice et instructrice, Johanna Schwaiger, a eu le privilège de travailler aux côtés du professeur Zhang Kunlun lors d'un court apprentissage avec lui en 2003 dans son atelier du nord de l'État de New York.


"La rencontre avec le professeur Zhang Kunlun a été une étape importante dans mon parcours d'artiste. J'ai été étonnée par sa maîtrise et la patience stoïque dont il faisait preuve dans son travail. Mais la plus grande impression qu'il m'a laissée, c'est son désintéressement et sa légèreté, même après tout ce qu'il a vécu en détention en Chine", dit Schwaiger, "son esprit n'a pas été brisé, bien au contraire. Sa mission est très claire et son art n'est jamais centré sur lui-même, mais sur le fait d'honorer la vérité et la beauté du mieux qu'il peut. Il a travaillé sur plusieurs projets tout au long de la journée, chacun avec un niveau de maîtrise élevé, mais il a accordé une attention particulière à une sculpture - une sculpture de Bouddha surdimensionnée".


Le cinéaste torontois Kacey Cox a passé les sept dernières années à suivre l'exposition dans sa tournée à travers le monde pour son documentaire Sacred Art, qui sortira prochainement. (Regardez la bande-annonceici).


Cox a documenté une interview détaillée et intime avec le professeur Zhang à propos de son expérience de la détention chinoise et sa mission dans l'art, qu'il a gracieusement partagée avec Canvas.


Dr. Zhang Kunlun, Boddhisatva, 2008, 3/4 grandeur nature, pierre artificielle et granit


"J'étais le directeur du département de sculpture du Shandong College of Arts." a déclaré le Dr Zhang : "En 1985, j'ai réalisé une statue de 15 mètres à la mine de Xinglong. En 1986, j'ai créé une statue de 30 mètres de la dynastie Tang. C'était la plus haute statue de Chine à l'époque. J'étais au sommet de ma carrière, mais je n'étais pas comblé. Peu importe l'argent que vous avez et votre célébrité... celles-ci ne durent que quelques décennies. Ma vie manquait de sens."


Construction de Tang Saier, 1986

En 1989, alors qu'il cherchait un sens à la vie et à l'art, le Dr Zhang s'est installé à Montréal, au Canada, où il a enseigné à la prestigieuse Université McGill.


Ce n'est qu'en 1996, lorsqu'il est retourné en Chine pour s'occuper de sa belle-mère et qu'il a appris la pratique de méditation bouddhiste Falun Gong, qu'il a eu le sentiment de devenir une nouvelle personne.
“Quand je suis retourné en Chine, en descendant de l'avion, j'ai vu que le Falun Gong se répandait très rapidement. Sur presque chaque pelouse et chaque place, les gens pratiquaient paisiblement les exercices de méditation du Falun Gong... c'était merveilleux.”


En 1999, le parti communiste chinois a lancé une campagne de diffamation contre le Falun Gong. Des millions de personnes ont perdu leur emploi ; beaucoup ont été emprisonnées, torturées et même tuées. Zhang poursuit :“ Le PCC a utilisé tous les secteurs de l'État, les journaux, les stations de radio et de télévision, et a même mobilisé l'armée et la police d'État. Le pays tout entier était terrorisé. C’était une chasse à l'homme à grande échelle.


“ À l'époque, je voulais faire une statue de Bouddha de 75 mètres. Mais comme je pratiquais le Falun Gong, j'étais sur liste noire et en danger à [chaque] moment. Je suis moi aussi devenu une victime et j'ai été arrêté ” explique Zhang.


Zhang a décidé d'écrire une lettre au gouvernement chinois, expliquant sa conviction que le Falun Gong est bénéfique pour la société. En juillet 2000, Zhang a été placé en garde à vue. Dans un centre de détention, il a été torturé avec des matraques électriques.


On pouvait sentir la peau brûlée,” se rappelle Zhang. Ses jambes et ses bras étaient gravement brûlés, et sa jambe gauche blessée au point qu'il a eu du mal à marcher pendant trois mois. En décembre, Zhang a été transféré au camp de travail de Wancun, où l'endoctrinement et la torture psychologique ont empiré.

Dr. Zhang Kunlun, Autoportrait d'une méthode de torture courante qu'il a endurée en Chine, 2002 pierre artificielle


Leur but était de nous empêcher d'avoir ne serait-ce qu'une minute pour pouvoir penser de manière indépendante", explique Zhang. "J'étais surveillé 24 heures sur 24 par un groupe de [gardes]. Après un lavage de cerveaux incessant, la tromperie, la coercition et les attaques psychologiques, j'ai failli m'effondrer. Cette torture mentale était encore pire que la torture physique. Ils m'ont transféré au camp de travail forcé de Wancun. Je me préparais à mourir là-bas, car Wancun est connu pour persécuter à mort les pratiquants. Je ne pensais pas pouvoir survivre.


“À ma grande surprise, ils ont utilisé une approche totalement différente. Un commissaire adjoint a dit : "Nous avons un professeur d'art ici. Pouvez-vous enseigner la peinture ? J'ai répondu : "Je ne suis pas intéressé. Puis, il m'a forcé à m'asseoir là. Il m'a apporté des pinceaux, de l'encre et du papier et m'a dit de peindre. J'ai tracé deux traits avec le pinceau. Il l'a enregistré en vidéo. Ils l'ont diffusé au public en trompant tout le monde. C'est ce qui m'a fait le plus mal. La dévastation mentale continue encore aujourd'hui"


La démonstration vidéo forcée a ensuite été diffusée par des fonctionnaires communistes pour prétendre faussement qu'il avait renoncé au Falun Gong et commencé à travailler avec les autorités. Cette propagande a été montrée aux responsables canadiens qui avaient fait pression sur le gouvernement chinois pour qu'il libère Zhang.


Avec l'aide d'Amnesty International et du gouvernement canadien, le Dr Zhang a été libéré de sa détention de manière anticipée le 10 janvier 2001 et est rentré chez lui au Canada. Là, sa détermination à défendre la liberté de croyance en Chine était plus forte que jamais.


Dr. Zhang Kunlun, Boddhisatva, 2008, 3/4 grandeur nature, pierre artificielle et granit


"[Aujourd'hui], un grand nombre de pratiquants de Falun Gong sont en prison. Je dois parler en leur nom pour mettre fin à cette persécution. Je ne pouvais pas me soucier uniquement de mon propre bien-être. Mais comment devais-je m'y prendre ? L'art est ma profession. Je ne peux le faire qu'à travers l'art".


“ Je me suis dit : devrais-je commencer une exposition d'art ? Je ne pouvais pas faire venir des pratiquants de Chine [pour qu'ils contribuent à l'art] parce qu'ils étaient persécutés, alors j'ai seulement cherché des artistes qui étaient à l'étranger. J'ai passé des appels téléphoniques et envoyé des courriels. J'ai commencé à les chercher partout. ”


“A l'époque, nous avions réuni 15 artistes qui tous partagent la même mission. Lorsque nous avons commencé, nous ne savions pas trop quoi faire. Comme j'ai de l'expérience en peinture, dans de nombreux cas, j'ai fait la composition, et d'autres ont peint ”


“La première exposition a eu lieu en 2004, au capitole de Washington DC. Mon objectif était de sensibiliser les gouvernements du monde entier à cette question et de les inciter à réclamer justice. Plusieurs membres du Congrès sont venus voir l’exposition. Ils étaient presque en larmes. Ils ont dit que plus de gens devraient voir ces peintures. Cela nous a inspirés. Alors plus tard, nous avons commencé à les exposer dans le monde.”


2016, Black Diamond Gallery Adelaide South Australia, Photo : Site web Minghui


En plus de créer et de montrer des œuvres d'art représentant la persécution et ses victimes, Zhang continue de sculpter le Bouddha.


Johanna Schwaiger se souvient“ Je me souviens d'avoir été émerveillée en voyant la sculpture surdimensionnée, réalisée de main de maître dans son espace de travail. La grande représentation du Bouddha était un être d'un autre monde, rayonnant une compassion pure qui m'a rempli les yeux de larmes.”


Victor Frankl, neurologue et auteur autrichien, survivant de l'Holocauste, a écrit que "ce qui est destiné à donner de la lumière doit endurer la brûlure". Les épreuves et la dévotion de Zhang ont forgé un artiste dont la lumière est un phare de foi, d'endurance, de justice et de beauté pour nous tous.


Ouverture de l'exposition à l' Aria Art Gallery de Florence en 2015

Source : Canvas

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