L’Europe est dans une " posture suicidaire à terme " dans ses relations avec Pékin

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Christian Harbulot, directeur de l’École de Guerre Économique, a supervisé le rapport La Chine est-elle en train de devenir une puissance dangereuse du temps de paix?, récemment publié. D’après cette étude, la Chine représente une menace directe envers le monde occidental à plusieurs égards. Explications.


Malgré les récentes tensions diplomatiques liées ou non à la crise Covid-19, la bonne entente semble régner entre Paris et Pékin. Contrairement aux États-Unis, très critiques envers la Chine…


Historiquement, la France a été le premier partenaire économique de la Chine, c’est un engagement de sa part. Ce n’est pas un hasard, cela découle de la reconnaissance de la Chine par le général de Gaulle dans les années 1960, et tout ce qui a suivi… Maintenant la crise du Covid-19 va certainement changer la donne. Il n’est pas possible de ne pas regarder la vérité en face, c’est-à-dire de s’interroger sur ce qu’est la Chine. Je pense que le problème pour la France, notamment pour toutes les entreprises françaises qui se sont installées là-bas, c’est qu’elles ont oublié une évidence : le régime chinois est un régime communiste, une dictature qui commet des actes inqualifiables.


On a un peu trop vite oublié la répression de la place Tiananmen, on a un peu trop vite oublié des faits écœurant dans la société chinoise ou la pratique criminelle qui consiste à prélever des organes à des détenus sans leur demander leur autorisation, effectuées par un État et non par des triades dans des pièces obscures de villes lointaines. On pourrait continuer comme ça, la liste est très très longue.


Plus généralement, regardez comment fonctionne l’économie de la santé, avec le problème de contrefaçon de médicaments. Nous avons un enquêteur là-bas qui a mis à jour l’importance de l’industrie de la contrefaçon, qui fonctionne pratiquement à ciel ouvert ! C’est-à-dire que les Chinois ne se cachent pas ; ils expliquent ce qu’ils font, comment ils modifient leur pratique d’un trimestre à l’autre pour éviter d’être repéré. Il y a aussi les faux médicaments, puis les expériences ADN qui commencent à inquiéter l’opinion publique au niveau mondial. Il y a le système de santé lui-même, parce que l’on commence enfin à avoir des retours de médecins français qui étaient en Chine et qui expliquent le système chinois est un système très corrompu, contrairement à ce que disent les autorités.


Nous ne sommes absolument pas dans le modèle idyllique que le Président Xi Jinping a présenté à Davos, en se présentant comme alternative au libéralisme. Nous redécouvrons une évidence : la Chine est un pays communiste, son objectif est de se substituer au capitalisme. Pas forcément par la voie militaire car ce serait très compliqué, mais par la conquête commerciale. Le but est d’affaiblir le monde occidental, se réapproprier une partie de ses savoirs technologiques et diminuer son industrie. Cela passe par tous les moyens possibles et imaginables.


La Chine veut-elle imposer sa domination sur l’Occident ?

Voilà ce que cela m’inspire : au cours de son histoire, l’Empire chinois a progressé à la marge de ses territoires en les grignotant. Cela continue par exemple en Inde et sur certains territoires en bordure de la Chine. On ne pensait pas que ses dirigeants se projetteraient aussi loin qu’en Occident. Contrairement à Deng Xiaoping dont la posture était de faire profil bas, Xi Jinping fait profil haut, devient vindicatif, arrogant. Même constat pour les diplomates chinois : l’ambassadeur chinois en France a été terriblement agressif.


J’estime que la Chine non seulement a menacé le monde sur un problème de santé publique, mais on n’a aucune garantie que cela s’arrêtera au stade actuel.


L’influence de Pékin est visible au sein même de l’UE. Récemment, Pékin a exercé une pression sur un groupe de députés qui critiquaient la propagande chinoise en Europe, pressions qui ont finalement abouti à la modification d’un rapport. Contrairement aux U.S.A, l’Europe est bien moins virulente dans son opposition à la Chine…


C’est la question centrale, on le sent bien. Elle était déjà d’actualité avant le Covid. C’est-à-dire que l’Europe est à la croisée des chemins. Soit elle s’allie avec les États-Unis, ce qui me parait absolument nécessaire pour éviter que la Chine ne déstabilise complètement le monde occidental, soit elle continue à mener un jeu trouble. C’est à dire faire semblant d’un peu critiquer la Chine tout en essayant de préserver sa relation économique avec ce pays. C’est une posture à terme qui est purement suicidaire.


Pourquoi ? Parce que la Chine veut faire plier le monde occidental, parce que (je le répète) c’est un régime communiste, ce n’est pas une façade, c’est sa matrice interne, elle est d’autant plus forte qu’elle a tiré le bilan de l’effondrement de l’Union soviétique ; si nous, on ne veut pas voir ça sous prétexte de vendre des produits à court terme, sans se préoccuper du futur, on met en danger la vie des jeunes européens, la vie de l’Europe en tant que telle, et ça, c’est inacceptable.


Nous allons voir si l’Europe est capable de prendre une décision. Si elle ne prend pas de décision, elle copiera l’attitude qu’elle avait eu en 1938 lors des accords de Munich envers l’Allemagne. Cela sera une attitude de lâcheté, d’opportunisme, elle repoussera des échéances qui de toute façon, arriveront quoi qu’elle fasse.


Est-il question ici de groupes d’intérêts faisant du lobby pour la Chine en Europe ?

Nous avons assisté à une caricature en France, ceux qui ont vendu le laboratoire de virologie P4 à Wuhan (dont font partie l’ancien Président-directeur général de l’Inserm Yves Levy et Alain Mérieux, ndr) en disant: « Si cela n’est pas nous, ça aurait été d’autres »… Ces gens-là, qu’auraient-ils fait en 1939, s’il fallait vendre quelque chose à l’Allemagne nazie, avant le déclenchement de la guerre en disant « Si ce n’est pas nous, ce sera d’autres ? ». Pour moi, ce sont des raisonnements absolument inqualifiables, qui au regard de l’histoire sont déjà lourds de leçons.


Certains politiques français font également ouvertement de la publicité pour le régime de Pékin, comme l’ex Premier ministre Jean-Pierre Raffarin…


Il est évident que les hommes politiques français, pour des raisons diverses, sont maintenant des porte-voix de la Chine. Raffarin en est une, je pense aussi à Xavier Bertrand, dans un passé récent. Il va falloir qu’on clarifie la situation. Ça ne peut pas rester une note d’information d’un service vers l’autorité, ça doit être un débat. Je pense qu’il faut créer en France un véritable débat public, sur les problèmes que pose la Chine.


Ce débat public aujourd’hui, n’existe pas. Je vois même des caricatures des gens à l’école normale supérieure de Lyon, qui estiment que la Chine subit une attaque [de la part des pays occidentaux] tout à fait pernicieuse contre son image. Ce sont des gens qui théoriquement appartiennent à l’élite du monde académique français, mais qui ne veulent pas voir la réalité.


Certaines sources de renseignement français citées par les médias s’inquiètent du concours d’hommes politiques à ce lobby.


C’est une vraie question. Les Chinois versent-ils des pots-de-vin à des personnes en poste dans notre haute administration, dans le monde politique, dans de grandes entreprises… On est sur ces trois terrains. Mais cela, c’est une décision politique, ça ne pourra se faire que si le gouvernement français l’estime nécessaire, et là je pense au Président de la République.


Comment se concrétisent les pressions du régime chinois ? Quels sont ces outils ?

Voilà un exemple récent. À la fin de l’année dernière, il y a eu l’élection de la nouvelle direction de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).


Il a été constaté que les Chinois ont fait pression pour empêcher que les votants soient délestés de leurs téléphones portables, comme l’exigeait pourtant la règle de cette élection. De ce fait, les votants pouvaient photographier leur vote, renvoyer cette information aux Chinois.


La Chine avait fait des cadeaux à certains pays comme des remises de dettes et en contrepartie, ces pays ont dû voter pour le candidat chinois à la FAO. Et ils ont exigé la photographie de leur bulletin de vote.


Nous avons constaté des opérations d’espionnage très importantes des services extérieurs chinois qui suivaient tout ce que faisait la délégation française. Cela signifie qu’il y a eu un appui offensif du renseignement extérieur chinois sur une élection qui n’aurait jamais dû donner lieu à ce genre d’opération.


Le problème, c’est que ça a marché. La candidate française a été balayée. J’ai également d’autres exemples, à titre personnel.


Propos recueillis par David Vives pour The Epoch Times

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