"La France doit s'engager contre le prélèvement forcé d’organes" titre une tribune dans le journal Libération

Écrit par André GATTOLIN, Sénateur (LaREM) des Hauts-de-Seine et Laurianne Rossi, Députée (LaREM) des Hauts-de-Seine, l'article publié dans Libération le 2 octobre 2019, commence par dresser le contexte :


"La révision des lois bioéthiques, organisée tous les sept ans dans notre pays, est l’opportunité pour le Parlement de définir ce qui est éthiquement souhaitable face à ce qui est scientifiquement possible, et de poser ainsi les limites nous protégeant des dérives potentielles de la technique et de la science.


Puis il aborde le sujet qu'il qualifie d'"effrayant et (de) trop méconnu" : "Moins médiatisés, les principes aujourd’hui applicables en France en matière de dons d’organes font également partie intégrante de la loi bioéthique. A ce titre, en tant que parlementaires soutenant ce projet de loi, nous tenons à souligner une lacune qui, nous l’espérons, sera corrigée lors des débats parlementaires. Il s’agit de la lutte contre le développement, effrayant et trop méconnu, d’une industrie internationale des prélèvements forcés d’organes à fins très lucratives de transplantation."


Rappelant que si dans un certain nombre de pays le trafic d'organes n'est pas quelque chose de nouveau il note cependant que " les prélèvements forcés et le trafic d’organes sont le fait d’organisations criminelles et mafieuses" mais que s'agissant de ce qui se passe en Chine " plusieurs rapports et enquêtes attestent, depuis une dizaine d’années, de l’existence d’un phénomène massivement organisé et encouragé par les autorités."


L'effrayante histoire se précise dans le paragraphe suivant : "Exécutés pour leurs organes". Les auteurs mentionnent les conclusions du rapport d’enquête des Canadiens David Matas et David Kilgour (cofondateurs de l’ONG internationale Dafoh, "Médecins contre les prélèvements forcés d’organes" ) : " la pratique aurait comme cible principale des milliers de prisonniers d’opinion, notamment les pratiquants du Falun Gong – une forme de yoga chinois – ainsi que des détenus ouïghours et tibétains. "


Ils citent encore la conclusion en juin dernier, d’un Tribunal populaire indépendant présidé par Sir Geoffrey Nice qui a précédemment dirigé les poursuites contre Slobodan Milošević : "les prisonniers d’opinion ont été et continuent d’être exécutés en Chine pour leurs organes à une échelle significative"


Puis énonçant l'énormité des chiffres estimés des transplantations annuelles en Chine, les délais considérablement courts pour obtenir des organes et l’opacité quant au nombre des détenus politiques et des condamnés à mort, les auteurs enchaînent avec les principaux points demandant réponse :

" La persécution sans cesse accrue des autorités à l’endroit des pratiquants de Falun Gong, réputés pour leur extrême hygiène de vie, ne serait pas sans lien avec la très grande disponibilité d’organes dans le pays. Ceux-ci seraient mis à disposition des acquéreurs en quelques semaines seulement, contre plusieurs années d’attente en France.


" Des délais inespérés, qui attirent les plus fortunées des personnes en attente de greffe. Parmi elles, un nombre croissant de nos concitoyens, qui n’hésiteraient plus – moyennant plusieurs dizaines de milliers d’euros – à se livrer à une nouvelle forme inquiétante de tourisme médical dans les hôpitaux chinois. "


Ajoutant que " nos meilleurs chirurgiens, précurseurs en matière de transplantation d’organes, ont formé pendant plus de vingt ans leurs collègues chinois. Il serait inacceptable de voir aujourd’hui ces connaissances détournées à des fins de marchandisation du corps humain."


Et l'article de poser la question :

" selon les statistiques de l’Agence de la biomédecine, chaque année, 300 malades sortent des listes d’attente de greffe. Ils ne sont pas décédés, ils n’ont pas été greffés et leur état ne s’est pas aggravé… Pas en France, du moins. Où vont-ils ? "

Pour affirmer alors :" La révision des lois bioéthiques doit être l’occasion pour notre pays d’apporter des réponses adéquates à cette situation "


Ils rappellent enfin qu'étant le pays des droits de l'homme la France devrait être exemplaire sans quoi elle pourrait se retrouver complice de ce qu'un éminent avocat des droits de l'homme a qualifié de "génocide froid" - une destruction multidimensionnelle lente et souvent subtile d'un groupe sur une longue période de temps :

" Il s’agit d’un combat éthique que la France, promotrice des droits de l’homme universels, se doit de porter avec détermination et exemplarité. A défaut, la France risquerait alors de se trouver complice d’un marché de la transplantation occulte et incontrôlée, et de ce que l’ONG Dafoh appelle un génocide froid. Un génocide qui ne se voit pas."

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