L’Histoire de cultivation de Bouddha Milarepa (2e partie)

Himalaya, aquarelle Thomas Habermann

Il y a eu tout au long de l'histoire dans les Himalayas de nombreux aspirants spirituels. La population y mène une vie simple et modeste, et tout le monde chante et danse. Ils vénèrent aussi le Fa de Bouddha. Voici presque un millénaire, il y avait dans cette région un pratiquant nommé Milarepa. Alors que la multitude de Bouddhas et de Bodhisattvas avaient nécessité de nombreuses vies et traversé de nombreuses calamités avant de cultiver jusqu'à l'accomplissement, Milarepa a atteint une vertu majestueuse équivalente en une seule vie et est devenu ultérieurement connu comme le fondateur de la Secte Blanche du Bouddhisme tibétain.

(Suite de la 1ère partie)

Milarepa a souri et a dit : "D'accord, je vais vous raconter cela."


"Quand j'avais sept ans, mon père est tombé gravement malade. Les médecins n'ont rien pu faire, et une diseuse de bonne aventure a également dit que mon père n'avait aucun espoir de guérison. Mes proches savaient que la maladie était mortelle, et mon père n’ignorait pas non plus qu’il était sur le point de mourir. Il a décidé de prendre des dispositions pour les trois d’entre nous et les biens de la famille avant sa mort.


Père a demandé à mon oncle, ma tante, mes parents et mes voisins de se réunir dans notre maison. Devant tout le monde, il a lu le testament qu'il avait préparé.


"Le testament stipule clairement que tous les biens seraient hérités par son fils aîné.


"Après avoir lu le testament, mon père a dit lentement : " Je n'ai aucun espoir de survivre à cette maladie. Mon fils et ma fille sont encore jeunes, alors je ne peux que déranger leur oncle, leur tante et d'autres parents pour s’occuper d’eux. Bien que je ne sois pas excessivement riche, j'ai une quantité décente de biens. Dans mon domaine, il y a des bœufs, des moutons et des chevaux. De mes terres, la plus importante est ce Triangle d'Orma, et les plus petites sont trop nombreuses pour être mentionnées individuellement. L'étable en bas a des bœufs, des moutons et des ânes.


A l'étage, j'ai des meubles, des antiquités en or et en argent, des bijoux, des pierres précieuses et des vêtements en soie. J'ai aussi des entrepôts remplis de grains. Dans l'ensemble, j'ai assez de richesse pour n’avoir pas besoin de compter sur les autres. Après ma mort, veuillez utiliser une partie des biens pour mes funérailles. Pour le reste de la richesse, j'espère que tous ceux qui sont réunis ici, en particulier Oncle et Tante, pourront aider leur mère à prendre soin des deux enfants. Quand Topaga grandira et qu'il sera temps de le marier, veuillez accueillir Dzese, la jeune fille qui lui est fiancée, dans notre famille. Les frais de mariage doivent correspondre à notre statut social. Dès lors, mon patrimoine devrait être géré par Topaga. J'espère qu'Oncle et Tante pourront veiller sur ces deux enfants et leur mère. Veuillez aider, pour que les trois d’entre eux ne souffrent pas. "Après ma mort, je les surveillerai d'entre les jointures du cercueil.


"Après avoir dit ces mots, Père mourut, nous laissant tous les trois derrière lui.


"Nous avons enterré Père, et après discussion, avons tous convenu que la mère s'occuperait de toutes les richesses. Mais mon oncle et ma tante étaient résolus et ont dit : " Bien que vous soyez parents, nous sommes des parents encore plus proches. Nous ne vous laisserons jamais souffrir tous les trois, aussi gérerons-nous toute la richesse selon le testament. Le frère de ma mère et le père de Dzese ont énuméré plusieurs raisons pour lesquelles Mère devrait prendre soin de la propriété, mais ils n'ont rien voulu écouter. En conséquence, mes biens sont allés à Oncle, tandis que ceux de ma sœur sont allés à Tante. Les biens restants ont également été répartis également entre eux.


"Ils nous ont alors dit à tous trois : "À partir de maintenant, nous prendrons bien soin de vous !


"Et avec cela, toutes nos richesses avaient disparu.


"Dès lors, Oncle nous a fait labourer les champs pendant l'été brûlant, tandis que Tante nous faisait tricoter la laine des moutons pendant l'hiver glacial. Nous mangions de la nourriture qui n'était bonne que pour les chiens et travaillions comme des bêtes. Nous portions des haillons avec des ceintures d’herbe tressée. Nous travaillions du matin au soir sans arrêt. Le travail excessif a usé nos mains et nos pieds, et notre peau craquelée a saigné. Il n'y avait pas assez de vêtements pour nous garder au chaud ou assez de nourriture pour nous nourrir. Notre peau est devenue grise, et nous étions émaciés n’ayant plus que la peau et les os. Je me souviens qu'il y avait eu autrefois de l'or, des pierres précieuses et des anneaux sur la tresse dans mes cheveux, mais maintenant tout cela avait disparu, et il ne restait plus qu'une corde gris-noir. À la fin, mes cheveux étaient si pleins de poux et de lentes qu'ils poussaient en nids dans mes cheveux ébouriffés. Quiconque nous voyait réprimandait mon oncle et ma tante pour leur cruauté. Mais avec une peau aussi épaisse que du cuir de bœuf, ils n'avaient pas honte et ne prêtaient pas la moindre attention à ces railleries. Ma mère appelait ainsi Tante une yaksha espiègle, ou fantôme tigresse, au lieu de Khyungtsa Paldren. Le terme fantôme tigresse s'est répandu plus tard dans le village. Les villageois à l'époque disaient souvent : "Arracher les biens des autres et traiter les anciens propriétaires comme des chiens de garde, est-ce que ce genre de choses injustes existent vraiment dans le monde ?"


"Avant la mort de mon père, les gens riches et pauvres venaient chez nous pour créer des liens avec nous et nous flatter. Maintenant qu'Oncle et Tante avaient de l'argent et vivaient comme des nobles, ces gens ont commencé à s'entendre avec eux. Certaines personnes disaient même du mal de ma mère : " Une expression dit qu’un mari riche va avec une femme habile. C'est effectivement vrai ! Voyez, lorsque le mari de Nyangtsa Kargyen était vivant, elle était une dame généreuse. Sans lui, elle est si pingre.


"Il y a un proverbe au Tibet : "Une fois qu’une personne rencontre la malchance, les ragots se répandent partout." Alors que notre situation continuait de se détériorer, la sympathie des gens envers nous a disparu. Elle a été remplacée par le mépris et les ragots.


"Les parents de Dzese ont eu pitié de mon malheur et m'ont parfois donné des vêtements ou des chaussures. Ils m'ont aussi réconforté chaleureusement : " Topaga, tu sais, la richesse n'est pas quelque chose qui va durer éternellement. La richesse peut aller et venir éphémère comme la rosée du matin. Ne sois pas triste à propos de votre pauvreté. Ton grand-père n'a-t-il pas aussi commencé de rien ?


"Quand tu seras grand, tu pourras aussi gagner de l'argent et accumuler une fortune !


"Je leur étais très reconnaissant.


"Ma mère avait une terre de sa dote. Le nom n'était pas beau, mais c'était une bonne terre avec une récolte décente. Mon oncle aîné cultivait cette terre et économisait le mil chaque année pour les intérêts. Après de nombreuses années, intérêts et principal se sont accumulés pour atteindre un montant raisonnable. Les jours difficiles ont passé un à un. Quand j'ai eu 15 ans, ma mère a vendu la moitié de la terre. Avec l'argent de la vente et l'intérêt du grain, elle a acheté beaucoup de viande, de la farine d'orge grillée des hauts plateaux et du seigle pour faire du vin. Les actions de Mère ont étonné les villageois, et c'est ainsi que tous ont commencé à deviner entre eux : " Nyangtsa Kargyen fera-t-elle une fête et demandera-t-elle officiellement le retour des biens de sa famille ? Après que mère et son frère eurent tout préparé, ils ont disposé rangée après rangée de nattes empruntées dans le salon de notre maison avec quatre piliers et huit poutres. Ils ont demandé à Oncle et Tante d'accueillir les parents, les amis et les voisins, surtout ceux qui étaient présents lorsque Père a annoncé sa volonté sur son lit de mort. Mère a placé la meilleure viande et les meilleurs plats devant Oncle et Tante, et de la nourriture abondante était disposée devant chaque invité. Tout le monde avait aussi un grand bol de vin devant lui. C'était vraiment un grand banquet.


"Vous tous, aujourd'hui, j'ai préparé de la nourriture maigre et du vin dilué pour que nous nous retrouvions ensemble de façon symbolique ", a dit Mère.


Une fois chacun assis, ma mère s’est levée d'entre tout le monde et a dit solennellement : "Bien qu'aujourd'hui soit l'anniversaire de mon fils, c’est en fait sans importance. J'aimerais dire quelques mots à tout le monde. Lorsque mon mari Sherab Gyeltsen a annoncé son testament avant sa mort, tout le monde, les aînés, et Oncle et Tante étaient assis ici et tout le monde a clairement compris. Maintenant, je veux inviter tous ceux qui sont assis ici à écouter à nouveau le testament.


"Sur quoi, son frère s’est levé et a lu le testament à haute voix. Pas un seul invité n'a dit un mot.


"Ma mère a poursuivi : " Topaga est maintenant adulte et a l'âge de prendre femme. Selon la volonté de son père Sherab Gyeltsen, nous devrions organiser le mariage en fonction de notre statut social. Topaga devrait aussi hériter et gérer les biens de notre famille conformément au testament. Quant au testament que nous venons de lire, tout le monde l'a entendu en personne lorsque Sherab Gyeltsen était mourant, et je n'ai pas besoin de le répéter. Aujourd'hui, je demande à Oncle et Tante de nous rendre les biens qu’ils ont gardé pour nous. "Je remercie aussi sincèrement Oncle et Tante et vous tous pour vos soins pendant toutes ces années.


"Hé ! Avez-vous encore des biens ?! Oncle et tante ont crié : "Où sont vos biens ?


"Normalement, oncle et tante étaient mutuellement en désaccord sur presque tout. Mais pour arracher les biens des autres, ils étaient unis.


"Ils ont dit encore: 'Avez-vous encore des biens ? Où sont vos biens ? Quand Sherab Gyeltsen était jeune, il nous a emprunté beaucoup de terre, d'or, de pierres précieuses, de chevaux, de boeufs et de moutons. Puisqu’il est mort, bien sûr, cela devrait nous revenir. Qu’est-ce qui est vôtre ? Vos biens ne sont pas même l'équivalent en or d'une étoile dans le ciel nocturne, d'une poignée de blé, d'un tael de beurre de yak ou d'un vieux contingent de bétail. Pfeuh ! D'où vient ce genre de rêve éveillé ? Qui a écrit ce testament pour vous ? Prendre soin de vous et de vos enfants pendant tant d'années, c'est déjà plus que suffisant ! Il y a une expression qui dit que certaines personnes rendraient la gentillesse par la haine. Je crois qu'il parlait de gens inutiles comme vous !


"Ils étaient furieux en disant ces choses, beuglant, les dents serrées et émettant des grincements de dents.


Bondissant de leurs sièges et piétinant le sol de leurs pieds, ils ont hurlé : "Hé ! Vous comprenez ? Cette maison est à nous. Dehors !


"Sur ces mots, ils ont battu ma mère avec des fouets et nous ont balancés, ma sœur Peta et moi, en nous attrapant par nos manches.


"Mère était par terre dans un désespoir absolu et s'est écriée : " Sherab Gyeltsen ! Est-ce que tu vois ça ? Tu as dit que tu veillerais sur nous d'entre les cercueils. As-tu vu ça ?!


"Ma sœur et moi nous sommes blottis contre Mère, et tous trois avons sangloté terriblement. Voyant beaucoup de gens applaudir Oncle, le frère aîné de Mère n'a pas eu d'autre choix que de cacher sa colère et de garder le silence. Des invités soupiraient : "Pauvre mère et enfants ! Voyant notre malheur, ils avaient le cœur brisé et les larmes aux yeux, mais ils ne pouvaient rien faire de plus que soupirer en silence.


Oncle et tante n'avaient pas fini de soulager leur colère et leur ressentiment, et ils continuaient à nous maudire tous les trois violemment, comme des chiens hargneux.


"Pfeuh ! Vous voulez qu'on vous rende votre argent ? Oui, il est à vous, mais on ne veut pas vous le rendre. Comment allez-vous le récupérer ? Si nous l'utilisons joyeusement pour boire du vin et divertir les invités, ce ne sont pas vos affaires ! Ils ont continué à nous ridiculiser avec mépris : " Si vous l’avez en vous, trouvez des gens pour lutter contre nous pour récupérer vos biens. Si vous ne trouvez personne, alors essayez de réciter des incantations ! Sur ces mots, ils ont tourné le dos et sont partis avec leurs amis.


"Le chagrin extrême a laissé Mère sanglotant sans pouvoir retrouver son souffle pendant longtemps. À l'intérieur de la maison avec quatre piliers et huit poutres, il ne restait que les trois d’entre nous et quelques parents compréhensifs. Dzese, ainsi que son père et son frère, nous ont réconfortés. Ils étaient prêts à nous offrir des provisions quotidiennes pour que nous puissions survivre. Le frère de ma mère m'a proposé d'apprendre un métier pendant que ma mère et ma sœur l'aideraient dans l'agriculture. Il a insisté sur le fait que nous devions accomplir quelque chose pour montrer à Oncle et Tante que la famille de Sherab Gyeltsen n'était ni faible, ni incapable, ni une famille à rabaisser à la légère.


"Finalement, Mère a retenu son chagrin et essuyé ses larmes. Avec tristesse et colère, elle a dit résolument : " Comme je n'ai pas la capacité de reprendre mes biens, je ne compterai pas sur les autres pour élever mes enfants non plus. En ce moment même, même si l'oncle et la tante des enfants rendent une partie de la richesse, je ne la prendrai pas. Néanmoins, Topaga doit apprendre un métier. Avant de rembourser la générosité d’Oncle et Tante, ma fille et moi sommes tout à fait disposés à être même des servantes ou des esclaves. Nous devons leur montrer !


"Mère s'est alors tournée vers son frère et a dit : "Nous sommes prêts à prendre ta place à la ferme !" Voyant sa détermination, personne n'a proposé d'autres idées, et nous avons suivi son plan.


"Il y avait un lama de la secte rouge qui se spécialisait dans certains savoir-faire du dharma, en qui les villageois locaux croyaient fermement. (Note : La secte rouge au Tibet est considérée comme l'une des premières formes du bouddhisme tibétain ; le nom tibétain Nyingma aurait dû à l'origine être traduit par "anciens enseignements", mais comme les lamas portaient tous des vêtements rouges, il était communément appelé la secte rouge.) Mère m'a dit d'aller étudier avec ce lama de la secte rouge. Quand j'ai quitté la maison, deux ou trois parents sont venus me voir partir. À cette époque, les parents de Dzese lui demandaient souvent d'apporter de la nourriture, du bois de chauffage ou de l'huile à l'endroit où j'étudiais. Quand Mère et Sœur ne trouvaient pas de travail, le frère de Mère nous fournissait de la nourriture. Afin que ma mère n'ait pas à mendier la nourriture, il allait partout à la recherche d'un travail pour elle. Il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour nous aider tous les trois. Ma sœur effectuait à l'occasion des courses, jouait du tambour, nettoyait les granges et faisait d'autres petits travaux pour se procurer de la nourriture et des vêtements. Mais nous mangions très insuffisamment et portions de minables haillons. Il n'y avait que du chagrin,


Tandis que le Vénérable Milarepa s’exprimait sur ce point, les gens écoutant son Dharma versaient tristement des larmes, se sentant las du monde. Les disciples dans la grotte bondée écoutant le Dharma étaient tranquillement immergés dans les bruits des gémissements et des sanglots.

(à suivre)
Version chinoise ;
密勒日巴佛修炼故事(二)

Vous pouvez imprimer et faire circuler tous les articles publiés sur Clearharmony et leur contenu, mais veuillez ne pas omettre d'en citer la source.