Aperçus sur un monde perdu à travers les débuts de la photographie chinoise

“Island Pagoda,” vers 1873, par John Thomson, extrait du livre “Foochow and the River Min.” Impression au carbone. (Courtoisie de la Stephan Loewentheil Historical Photography of China Collection)

NEW YORK- deux hommes vêtus de cuir et de fourrure se tiennent côte à côte, jambes écartées et fermement ancrées au sol, à côté d’un chameau bactrien. Tous trois fixent la caméra. Vous croisez leur regard fixe, transcendant le temps et l'espace.


Le monde a changé si vite dernièrement. Nous oublions qu’il n’y a que 150 ans que les photographes ont commencé à capturer des images, comme celle de ces deux hommes durs et frustres, parcourant la Route de la Soie avec un chameau à deux bosses à l’allure plutôt joviale. Vous pouvez vous mettre à imaginer les épreuves et les tribulations qu’ils ont dû endurer en transportant des marchandises depuis aussi loin que la Méditerranée peut-être.


La photo a été prise autour des années 1890 par Sanshichiro Yamamoto, un photographe japonais qui a installé son deuxième studio de photographie à Pékin. C’est l’une des 15000 photographies tirées de la collection privée de Stephan Loewentheil des débuts de la photographie chinoise.


Un chameau bactrien autour de 1890, par Sanshichiro Yamamoto. Épreuve sur papier albuminé. (Courtoisie de la Stephan Loewentheil Historical Photography of China Collection)

Loewentheil a présenté une trentaine de ses photographies, dans le cadre de l' Asia Week New York (du 9 au 18 mars). Cette échappée d’art asiatique impliquait plus de 50 galeries, cinq salles de ventes, et des musées majeurs y compris The Metropolitan Museum of Art. “Masterpieces of Early Chinese Photography” ("Chefs d’œuvre des débuts de la photographie chinoise") était la seule exposition de photographies rares, et qui n’étaient pas à vendre.


D'une qualité et d’un goût exquis ces clichés vous donnent un aperçu d’un monde révolu. L’invention de la photographie à l’époque de la dynastie Qing- la dernière dynastie impériale de la Chine- a permis de dépeindre les scènes traditionnelles d’un pays qui semble si terriblement différent aujourd’hui. Ces clichés détiennent des indices et les restes d’un monde dont nous pouvons encore apprendre et que nous devrions chérir.


Loewentheil a choisi de collectionner des photos en partie parce qu’elles communiquent sans recours à l’expression verbale. " Elles dépassent les nations et les langues, et tout un chacun peut les apprécier. Elles existent et parlent sans avoir besoin de mots, dit-il dans sa collection PRPH Books sur East 64th Street.


Très peu de photos montrant les vestiges de la Chine d’autrefois ont survécu, ce qui rend la collection de Loewentheil inestimable.


“Femme et enfant”, années 1870, par le studio de photographie Pun Lun. Épreuve sur papier albuminé. (Courtoisie de la Stephan Loewentheil Historical Photography of China Collection)

“Compte tenu d'un phénomène culturel en vigueur en Chine, il y a eu une longue période au 20ème siècle où les représentations des manifestations culturelles antérieures étaient considérées comme bourgeoises et indésirables, et dans bien des cas, elles étaient ignorées ou détruites", a déclaré Loewentheil.


En tant que négociant professionnel de livres et de manuscrits, Lowentheil tombe souvent sur des albums de photographies. Il achète la plupart de ses photographies en privé à des revendeurs, et parfois aussi à de grandes salles des ventes.


La plupart de ses photographies de Chine appartenaient à l’origine à des voyageurs, marchands, missionnaires ou à des délégués d’autres pays parmi toutes sortes de visiteurs et de migrants. " Ils voulaient ramener chez eux des images des lieux où ils se trouvaient- les merveilles de la Chine. Alors ils achetaient ces photographies qu'ils ramenaient avec eux. Ce sont celles qui ont survécu, " a précisé Lowentheil.


Moments dans le temps

Une photo du studio photographique de Chine, A Chan (Ya Zhen), montre deux hommes conversant librement devant une petite pagode. Un pont étroit mène à une petite structure dont l’entrée et les fenêtres donnent sur l’extérieur. La pagode s'intègre parfaitement aux arbres qui l'entourent, communiquant un sentiment de sérénité. La composition est magnifique et le cliché incroyablement bien conservé. Les détails de l’image sont très nets, mais le plus remarquable reste encore le mérite artistique du photographe.


“Summer House et Longevity Temple, à Canton, années 1870 "("Maison d’été au Temple de la Longévité, Canton") du studio de photographie A Chan (Ya Zhen), Épreuve sur papier albuminé (Courtoisie de la Stephan Loewentheil Historical Photography of China Collection)

Le studio de photographie A Chan (Ya Zhen) opérait à Canton (Guangzhou). On ne sait pas grand chose sur ses photographes.


“C’est un art qui rivalise avec n’importe quelle photographie prise en Europe ou en Amérique à une période similaire", note Lowentheil à propos des photographes de A Chan . " Il y a eu d’aussi grands photographes chinois que les grands photographes occidentaux, et nous devons en être conscients. "


Le photographe écossais John Thomson a été le premier à créer une œuvre photographique digne de ce nom en Chine, voyageant en bateau sur le fleuve Min. Il a créé un livre avec 80 impressions intitulées “Foochow and the River Min” (1873). Seules sept séries de ses photos ont survécu. Thomson n’était ni un cadre du gouvernement ni un missionnaire, mais un photographe professionnel qui utilisait le procédé du collodion humide, une des premières techniques photographiques utilisant des négatifs en verre et des produits chimiques extrêmement inflammables. Il devait, par conséquent voyager avec de nombreuses caisses pour transporter son équipement, qui incluait une chambre noire portative.


Yuen-Fu Monastery Cave,” vers 1873, tiré du livre " Foochow and the River Min” par John Thomson. Impression au carbone. (Courtoisie de la Stephan Loewentheil Historical Photography of China Collection)

“Yuen-Fu Monastery Cave,” la photo de Thomson dans la collection de Lowentheil paraît plutôt sinistre et mystérieuse. Le monastère est perché sur une falaise sur un fond de ciel entièrement noir. Les détails de l’image sont très raffinés et nets. Ce qui démontre la sensibilité et le talent de Thomson, qui était connu pour son style photo journalistique, capturant modestement la vie des gens.


Préserver un patrimoine

Les photos de la Chine d’antan sont rarement montrées au public et occasionnellement seulement aux érudits. Afin d’être conservées, les photos sont gardées à l’abri de la lumière dans des boîtes, ou derrière des filtres UV en plastique quand ils sont exposés pour de brèves durées.


Jacob, le fils de Loewentheil, avec l’aide de Stacey Lambrow, travaille actuellement sur la production d’un livre de photographies de Thomas Child, qui fut le premier à photographier systématiquement Pékin (Beijing) au 19ème siècle.


“The Dragon Boat,” années 1870, par le studio de photo A Chan (Ya Zhen ). Épreuve sur papier albuminé (Courtoisie de la Stephan Loewentheil Historical Photography of China Collection)

Pékin, comme toutes les grandes métropoles du monde, a connu un changement extraordinaire, comme on l’a vu dans le développement de bâtiments plus modernes, plus grands et plus hauts. Ce développement s’est soldé dans une large mesure par la disparition d’un genre de vie –les gens, l’architecture, les monuments, et la culture- ce que Child a capturé dans 200 photos des années 1870.


Child a vécu en Chine pendant 20 ans. Il a travaillé au Service Maritime Impérial des Douanes en tant qu’ingénieur et a pratiqué la photographie à la fois en amateur et professionnellement.


No. 192 Mongolian Lama,” années 1870, par Thomas Child. Épreuve sur papier albuminé (Courtoisie de la Stephan Loewentheil Historical Photography of China Collection)

"Child a appris la langue il aimait le pays. Il s’est lié d’amitié avec beaucoup de gens à Pékin, ce qui lui a permis de découvrir des lieux qui autrement auraient été inaccessibles", a dit Loewentheil.


Jusque-là, ils ont acquis de 150 à 200 photos de Child, et ils espèrent que le livre sera publié et pourra être vendu au public d’ici une année ou deux.


Stephen Loewentheil a collectionné des photos depuis 30 ans. Sa collection inclut 7000 impressions sur papier albuminé de 1850 à 1912, et 8.000 photos prises des années 1920 aux années 1940 axées sur l’architecture en Chine, et aussi une collection importante de photographie américaine du 19ème siècle.


“J’ai estimé qu’il serait intéressant de préserver la culture photographique, en partie, par ce que je pense que ceux d’entre nous qui aimons la beauté et l’art et la vérité ont une obligation de préserver ce qui est important, “ a-t-il dit.


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"Actrice et acteur chinois", vers 1870, par Lai Fong. Épreuve sur papier albuminé. (Courtoisie de la Stephan Loewentheil Historical Photography of China Collection)


Source :
Glimpses of a Lost World Through Early Chinese Photography

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