Une rencontre au sommet entre promesse et persécution - L’"incident de Zhongnanhai", 15 ans plus tard

25 avril 1999: Des pratiquants de Falun Gong alignés le long des rues bordant l’enceinte de Zhongnanhai. (Minghui.org)


Il n’est pas courant qu’un haut dirigeant du Parti communiste chinois rencontre des représentants du peuple et essaie de répondre directement à ses inquiétudes. En réalité, cela ne s’est sans doute produit que deux fois au cours de toute l’histoire moderne de la Chine: la première a eu lieu le 19 mai 1989 lorsque Zhao Ziyang, alors Secrétaire général du Parti, plus tard écarté du pouvoir, a rencontré les étudiants de la Place Tiananmen. (Quelques semaines plus tard, les tanks entraient en scène.)


La deuxième rencontre a eu lieu presque exactement dix ans plus tard, le 25 avril 1999. Ce jour-là, Zhu Rongji, Premier Ministre de l’époque, a appelé à Zhongnanhai, le bastion des autorités centrales à Pékin, 3 représentants de plus de 10 000 personnes qui s’étaient rassemblées aux abords de l’enceinte. Les circonstances semblaient beaucoup plus favorables et les attentes des requérants sensiblement moins politiques.


Zhu Rongji est sorti de Zhongnanhai vers 8h30, trois heures après que les pratiquants d’une méthode spirituelle traditionnelle chinoise appelée Falun Gong, aient commencé à se rassembler. Selon un récit des premiers échanges, le Premier Ministre aurait demandé: «Qui sont vos responsables?» Un certain nombre de gens auraient répondu: «Nous sommes tous responsables.» Finalement, trois représentants ont été désignés et ont passé plusieurs heures avec Zhu Rongji.


Selon tous les récits, la discussion s’est bien déroulée et s’est conclue sur trois points d’accords: les pratiquants de Falun Gong qui avaient été arrêtés à tort quelques jours plus tôt à Tianjin, une ville proche de Pékin, seraient libérés. Un environnement légal serait offert à la pratique du Falun Gong en Chine. Les livres du Falun Gong ne seraient plus interdits d’édition.


Cet appel et la rencontre consécutive avec Zhu Rongji étaient sans précédent en Chine.


Récit à la première personne

De toutes les personnes qui auraient pu faire aboutir la rencontre avec Zhu Rongji, l’une d’entre elles était doctorant en physique à l’Académie chinoise des sciences, un groupe de réflexion chapeauté par le régime chinois. Cette personne s’appelait Shi Caidong. Shi Caidong travaille aujourd’hui dans les affaires à New York. Voici quelques-uns de ses souvenirs de la rencontre.


Alors qu’ils entraient dans l’enceinte des autorités centrales, Zhu Rongji a demandé: "J’ai rédigé un commentaire sur votre lettre d’appel, n’est-ce pas?" Les trois représentants du Falun Gong ont été très étonnés, n’ayant jamais vu de tel "commentaire". À l’origine, Zhu Rongji avait rédigé une réponse aux inquiétudes des pratiquants de Falun Gong selon lesquelles les forces dures du Parti cherchaient à harceler et restreindre la pratique, à faire interdire de publication le livre principal Zhuan Falun et à répandre de la propagande négative dans les médias. Il semble que les instructions du Premier Ministre à ce sujet aient été interceptées par les forces du régime chinois qui avaient d’autres idées.


"Vous avez la liberté d’expression, n’est-ce pas?" a aussi demandé Zhu Rongji.


Ce dernier semblait réceptif aux inquiétudes et affable envers ceux avec qui il parlait.


Au cours de la discussion, un des deux pratiquants de Falun Gong qui accompagnaient Shi Caidong a mentionné un article diffamatoire écrit par He Zuoxiu, un scientifique communiste qui cherchait à attaquer le Falun Gong. Les pratiquants avaient réagi en allant à l’Université de Tianjin où cet article avait été publié pour demander le retrait de l’article. Les pratiquants avaient été reçu par la violence des forces de police et 45 d’entre eux avaient été arrêtés. Le rassemblement de 10.000 personnes à Zhongnanhai quelques jours plus tard est la conséquence de ce premier incident.

Lorsque le nom de He Zuoxiu a été mentionné, l’un des proches de Zhu Rongji a murmuré: "Encore He Zuoxiu". Selon les souvenirs de Shi Caidong, le président du Bureau des appels vers lequel les pratiquants avaient d’abord dirigé leurs efforts, a ajouté: "Il n’y a qu’un He Zuoxiu, n’est-ce pas?"

Shi Caidong, l’un des trois pratiquants de Falun Gong qui, le 25 avril 1999, sont entrés à Zhongnanhai,quartiers généraux des dirigeants du Parti communiste chinois pour discuter de la situation avec Zhu Rongji, Premier Ministre chinois de l’époque. (Minghui.org)

Une campagne de brutalité en préparation

Depuis l’"incident de Zhongnanhai", comme il a été intitulé, de nombreux analystes chinois se sont demandés si c’est une «erreur stratégique» des pratiquants de Falun Gong ayant participé à l’événement qui avait précipité la persécution brutale qui s’est ensuivi, où si c’est la meilleure occasion que les autorités chinoises avaient trouvée pour déclencher une campagne qu’elles avaient déjà préparées depuis longtemps.

Selon l’anecdote suivante, telle que s’en souvient Shi Caidong, la seconde hypothèse est la plus probable. He Zuoxiu est le beau-frère de Luo Gan, à l’époque responsable de la sécurité chinoise, un fervent de la ligne dure communiste qui considérait l’expansion du Falun Gong en Chine comme un défi à l’idéologie marxiste-léniniste du régime. Dès 1996, Luo gan avait lui-même organisé des enquêtes secrètes autour du Falun Gong, en envoyant des policiers en civil sur les sites de pratique pour récolter les identités et les adresses des pratiquants de tout le pays.


Les recherches récentes menées par l’auteur Ethan Gutmann suggèrent même que Luo Gan pourrait avoir été impliqué dans une conspiration visant à piéger les pratiquants présents autour de Zhongnanhai le 25 avril 1999. «Zhongnanhai était une mise en scène,» a expliqué Ethan Gutmann dans une récente interview. Son prochain livre à paraître prochainement sous le titre anglais «The slaughter» décrit comment les pratiquants de Falun Gong ont décidé d’aller faire appel auprès des autorités centrales et comment les policiers étaient prêts à les recevoir et leur ont barré la route du Bureau des appels pour les forcer à se ranger le long de la route tout autour de Zhongnanhai, les quartiers généraux des dirigeants du Parti.

Plus tard dans la journée, Jiang Zemin, alors Secrétaire général du parti, est passé dans sa limousine noire pour observer le groupe tranquille qui s’était rassemblé. Dans une lettre rédigée le soir même, Jiang Zemin a qualifié ce rassemblement de «plus sérieux incident depuis les turbulences politiques de 1989». Il y posait cette question enragée: «Ne pouvons-nous pas, nous les communistes, avec notre croyance dans le marxisme, le matérialisme et l’athéisme, vaincre toutes ces choses lancées par le Falun Gong? Si nous n’y arrivons pas, nous serons la risée du monde entier. Tous les cadres dirigeants de tous les niveaux, surtout les plus hauts responsables, devraient reprendre leurs esprits maintenant!»


La réponse de Jiang Zemin au Falun Gong s’est faite sentir dans les mois suivants. Elle incluait la police secrète, les confessions forcées, les programmes incessants de propagande télévisée aux heures de grande écoute, des sessions forcées d’étude idéologique et pour ceux qui refusaient de renoncer à leur foi en Falun Gong, de longues peines de prison, des chambres de torture et les camps de travaux forcés. La campagne violente de persécution du Falun Gong qui se poursuit encore en ce jour du 25 avril 2014 est un héritage de Jiang Zemin.

Version en anglais:
Looking Back at a Rare Meeting With China’s Premier: Hopeful Yet Foreboding

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