Mettre fin au pillage d’organes en Chine: remarques adressées aux membres du Parlement britannique

Photo prise lors d’un forum organisé pour les membres du Parlement portant sur les prélèvements d’organes en Chine, tenu dans une salle du Parlement britannique, le 11 novembre 2013. Le forum était présidé par le député Neil Parish. (Avec l’aimable autorisation de David Kilgour)

Ci-dessous, le discours qui a été présenté lors du forum à l’intention des membres du Parlement organisé dans une salle au Parlement britannique, le 11 novembre 2013.

M. Parish, honorables membres du Parlement,

Merci pour avoir organisé ce séminaire. Beaucoup parmi nous, membres de la coalition internationale pour mettre fin au pillage d’organes en Chine, sommes vraiment contents que vous fassiez cela. Il n’y a pas de temps à perdre, je suis certain que des femmes et des hommes innocents sont actuellement tués pour leurs organes, en Chine. Vous avez en votre pouvoir la capacité d’aider à arrêter ces crimes contre l’humanité par divers moyens, dont certains que je vais mentionner.

Propos introductifs

Pour mieux comprendre ce que le parti-État est en train de faire en Chine, il convient de comprendre les principales victimes.

Le Falun Gong (ou Falun Dafa) est une ancienne discipline spirituelle de l’école de Bouddha visant à l’amélioration du corps et de l’esprit. Pour ce qui est du corps, elle comprend une série d’exercices souples qui améliorent la santé. Pour l’esprit, elle se base sur les principes d’"authenticité, bienveillance, tolérance" qu’on retrouve aussi dans de nombreuses croyances.

En Chine, où le Falun Gong a été transmis au grand public, en 1992, le nombre de personnes pratiquants le Falun Gong était passé en sept ans de 70 à 100 millions selon la propre estimation du régime. La méthode comprend un système de croyance complètement différent des idéaux athées et matérialistes du Parti communiste au pouvoir. Cette pratique n’est pas une religion formelle, organisée et est en conséquence impossible à contrôler pour le Parti.

Le 22 juillet 1999, le leadership du Parti communiste a lancé une campagne prolongée et violente dont le but déclaré était, je cite, d’"éradiquer" le Falun Gong.

Un rapport du gouvernement américain a estimé qu’au moins la moitié des détenus dans les camps de travail étaient des pratiquants de Falun Gong. D’autres détenus interviewés par Human Rights Watch ont constamment confirmé, que les détenus pratiquant le Falun Gong formaient le plus grand groupe dans les camps de travail et étaient particulièrement choisis pour la torture et les abus.

Des millions de pratiquants de Falun Gong, non violents, ont été considérés comme des sous-hommes par leur gouvernement. Ils peuvent, de ce fait, être tués sur demande partout en Chine, sans le moindre recours, telle est la politique nationale.


Un rapport indépendant

En mai 2006, la Coalition pour enquêter sur la persécution du Falun Gong (CIPFG), m’a demandé, ainsi qu’à David Matas, de mener une enquête sur les allégations de prélèvements d’organes, en Chine, sur des pratiquants de leur vivant. Nous avons publié deux rapports disponibles sur le site, http://organharvestinvestigation.net/, ainsi qu’un livre et nous avons continué à enquêter sur cette question.

Nous avons trouvé de nombreux éléments de preuve. En nous fondant sur notre enquête, M. Matas et moi avons déterminé que pour approvisionner en organes les 41.500 transplantations effectuées sur la période allant de 2000 à 2005, en Chine, la seule explication plausible pour l’origine de ces organes était le Falun Gong.

Notre principale conclusion est que là-bas "se poursuit aujourd’hui le prélèvement à grande échelle d’organes sur des pratiquants de Falun Gong non consentants (...) Leurs organes vitaux, notamment des reins, des foies, des cornées et des cœurs, sont prélevés contre leur gré et revendus à prix élevé, parfois à des étrangers, qui doivent généralement attendre longtemps des dons volontaires de tels organes dans leurs propres pays".

Eléments de preuve

Je voudrais évoquer, très brièvement, quelques éléments de preuve qui nous ont conduits à notre conclusion.

Les enquêteurs ont fait de nombreux appels aux hôpitaux, aux centres de détention et d’autres établissements à travers la Chine en prétendant être les proches de patients nécessitant des greffes et en demandant si les hôpitaux avaient des organes de pratiquants de Falun Gong à vendre. Nous avons enregistré, puis transcrit et traduit, l’admission que les hôpitaux utilisaient les organes de pratiquants de Falun Gong, dans toute la Chine.

Les pratiquants de Falun Gong qui avaient été détenus, et qui sont plus tard sortis du pays, ont témoigné avoir systématiquement subi des examens de sang et d’organes durant leur détention dans des camps de travaux forcés, partout dans le pays. Les prises de sang et les examens des organes ne pouvaient, en aucun cas, être effectués pour leur santé, étant donné qu’ils étaient régulièrement torturés. Mais ils étaient nécessaires pour les transplantations d’organes et la mise en place d’une banque de «donneurs».

Dans certains cas, les membres des familles des pratiquants de Falun Gong ont pu voir les corps mutilés de leurs proches décédés juste avant la crémation. Les organes avaient été retirés. Nous avons même quelques photos.

Nous avons interviewé l’ex-épouse d’un chirurgien du quartier de Sujiatun de la ville de Shenyang, dans la province du Liaoning. Elle nous a précisé que son mari, chirurgien, lui avait avoué avoir prélevé des cornées sur 2.000 pratiquants de Falun Gong entre 2001 et 2003, et qu’il avait refusé de continuer. Le chirurgien a fait comprendre à son épouse qu’aucune de ces «sources» n’avait survécu, car d’autres chirurgiens avaient retiré d’autres organes vitaux de leurs corps qui étaient ensuite incinérés.

Gao Zhisheng

Les défenseurs chinois des droits de l’homme, tels que Gao Zhisheng nominé deux fois pour le prix Nobel de la Paix, ainsi que leurs soutiens internationaux ont à cœur l’amélioration de la situation de la population chinoise. Gao, âgé de 47 ans, est souvent appelé "la conscience de la Chine". Il a acquis une renommée mondiale pour avoir offert ses compétences d’avocat pour la cause des travailleurs, des agriculteurs expulsés de leurs terres, des mineurs, des dissidents et des personnes handicapées. Sa critique de la persécution des pratiquants de Falun Gong lui a valu sept semaines de torture. La torture ne s’est arrêtée qu’après qu’il ait accepté d’"avouer" dans un article que le Parti-État traitait bien sa famille et que c’était une manigance du Falun Gong de l’avoir amené à écrire une lettre au Congrès américain.

Peu de temps après sa libération pour une brève période de temps, Gao a écrit une lettre décrivant son calvaire et a permis sa diffusion publique en février 2009, bien que menacé de mort s’il évoquait publiquement sa torture. Le Groupe de Travail sur la Détention arbitraire de l’ONU a demandé la libération de Gao au parti-État chinois, en qualifiant sa détention de violation du droit international.


À l’origine, c’était Gao qui nous avait invités en Chine, pour enquêter sur les allégations de pillage d’organes des pratiquants de Falun Gong. Nous n’avons pas pu nous y rendre, mais nous avons récolté 52 éléments de preuves affirmant qu’il y avait et qu’il continue d’y avoir un trafic d’organes à grande échelle. Nous avons poursuivi le combat de Gao pour que justice soit rendue dans cette affaire.


En fin de compte, il n’y a pas d’autre explication pour le nombre de greffes, si ce n’est que leur approvisionnement en organes provient des pratiquants de Falun Gong. La Chine est le deuxième pays au monde, après les États-Unis, en matière de transplantations. Cependant, jusqu’en 2010, elle ne disposait pas d’un système de dons d’organes volontaires après la mort et, aujourd’hui encore, ce système produit des dons qui sont statistiquement insignifiants.


Le nombre de prisonniers condamnés à mort et exécutés qui seraient nécessaires pour approvisionner en organes les transplantations, en Chine, dépasse de loin les estimations et statistiques les plus exagérées des peines de mort, il s’agirait de dizaines de milliers de personnes. De plus au cours des dernières années, le nombre de peines de mort a diminué tandis que le nombre des transplantations, à part une brève anomalie en 2007, est resté stable.


La réponse internationale

Les Nations Unies
Au fil des ans, les différents rapporteurs spéciaux des Nations Unies ont demandé au régime chinois de présenter des explications sur les graves allégations de prélèvements d’organes sur les pratiquants de Falun Gong. Ils ont souligné qu’une explication complète serait en mesure de réfuter ces allégations, mais le régime chinois n’a fourni aucune réponse adéquate, il a simplement nié ces accusations.

Les ONG
Plusieurs organisations médicales ont publié des déclarations exhortant l’ouverture d’une enquête et l’adoption de mesures pour arrêter le pillage d’organes, en Chine. Par exemple, en 2006, l’Association médicale mondiale a demandé que la Chine cesse d’utiliser les prisonniers comme donneurs d’organes. Récemment, le document sur la politique de l’Association médicale mondiale comprend un paragraphe stipulant que dans les pays où existe la peine de mort, le prélèvement d’organes sur des prisonniers n’est pas acceptable.

Je tiens à féliciter l’ONG Doctors Against Forces Organs Harvesting (DAFOH) qui a été également très active en soutenant cette cause dans un nombre toujours plus important de pays.

Le Parlement européen
En septembre 2006, le Parlement européen a tenu une audience à laquelle David Matas et moi avons témoigné et a adopté une résolution condamnant la détention et la torture des pratiquants de Falun Gong tout en exprimant sa préoccupation concernant les rapports sur les prélèvements d’organes.
Il y a aussi eu des audiences, en décembre 2012 et en janvier 2013, où Tunne Kelam, membre du Comité des Affaires étrangères du Parlement européen, a mentionné que «si nous ne prenons pas au sérieux les informations concernant cette pratique, nous sommes devenus moralement et politiquement coresponsables de ce qui se passe».

L’Irlande
En juillet 2013, en Irlande, le Comité mixte des Affaires étrangères et du Commerce a tenu une audience et a adopté, à l’unanimité, une motion appelant le gouvernement irlandais à soutenir l’ONU et les initiatives du Conseil de l’Europe pour s’opposer à la pratique des prélèvements d’organes forcés en Chine.
Les États-Unis

Depuis juin 2011, la demande en ligne d’un visa de séjour temporaire aux États-Unis (le formulaire DS-160), demande si la personne a été impliquée dans les abus de transplantation.

En juillet 2013, les membres du Congrès américain, Madame Ileana Ros-Lehtinen et Robert Andrews, ont introduit, au Comité des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants, la Résolution 281 qui demande à la Chine d’arrêter immédiatement la pratique des prélèvements d’organes sur ses prisonniers.

La Résolution souligne que «des rapports persistants et crédibles concernant les prélèvements d’organes systématiques et sanctionnés par l’État sur des prisonniers de conscience non consentants» sont à la base de nos préoccupations et prouvent que la majorité des prélèvements d’organes est liée à la campagne obstinée visant à persécuter et à «éradiquer» la pratique du Falun Gong.

L’Australie
Plus tôt cette année, une législation contre le trafic d’organes a été soumise à l’approbation du Parlement de Nouvelle-Galles-du-Sud. Cette législation vise à interdire, à tout résident de cet État, d’acheter un organe issu d’un trafic où que ce soit.

En mars, le Sénat australien a adopté, à l’unanimité, une motion exhortant le gouvernement à s’opposer à la pratique des prélèvements d’organes en Chine. La motion demande également au gouvernement de suivre l’exemple des États-Unis en mettant en œuvre de nouvelles conditions à la délivrance de visa.

Israël
Israël a adopté une loi interdisant la vente et le trafic d’organes. La loi a également interdit le financement, par le biais du système d’assurance maladie, des greffes, en Chine, pour les ressortissants israéliens. Dans sa contribution au livre Organes de l’État, Jay Lavee, le chirurgien spécialisé dans les transplantations, explique que cette loi constitue une réaction à l’abus de transplantations, en Chine.
Le Royaume-Uni

Il m’a été précisé que les données sur le sang et les transplantations du National Health Service (NHS) confirment le fait que les ressortissants britanniques voyagent, en Chine pour des greffes d’organes et reçoivent ensuite du NHS les soins nécessaires suite à ces transplantations.

Au cours de notre enquête, nous avons mené des discussions approfondies avec des receveurs d’organes et des membres de leurs familles. La chirurgie de transplantation d’organes est effectuée dans le secret presque absolu. Les receveurs et leur entourage ne sont pas informés de l’identité des donneurs, on ne leur montre pas non plus leur consentement écrit. En dépit des demandes de renseignements, dans de nombreux cas, l’identité du chirurgien et de ses assistants n’est pas divulguée.

Une des personnes interrogées nous a dit qu’un médecin militaire avait testé la compatibilité de sept reins avant d’en trouver un compatible dans un hôpital. Le médecin avait des feuilles avec des listes de sources potentielles selon les données sur les tissus et le sang afin de choisir un organe compatible. À plusieurs reprises, on a vu ce médecin quitter l’hôpital dans son uniforme militaire pour revenir deux ou trois heures plus tard avec des récipients contenant des reins. Pour les ressortissants britanniques qui se rendent, en Chine, en tant que touristes pour les organes, il est vraisemblable qu’ils ne réalisent pas l’horreur éprouvée par les «donneurs» d’organes.


Les recommandations

Tant que ce commerce abominable ne sera pas totalement arrêté en Chine, la Coalition internationale pour mettre fin au pillage d’organes ne cessera d’agir. Cependant, avant que ceux qui sont impliqués dans cet ignoble commerce en Chine et à l’étranger, y compris le Parti-état, ne perdent la face jusqu’au point nécessitant de vrais changements, d’autres pays peuvent, au moins, mettre fin à leur complicité avec cet abus dans leurs propres pays.

Le Royaume-Uni et d’autres nations responsables pourraient prendre des mesures pour lutter contre les abus de transplantation d’organes, à l’étranger, par le biais d’une législation extraterritoriale: notification obligatoire des cas de tourisme de greffes, l’arrêt du financement des transplantations par les caisses d’assurance-maladie, l'interdiction d’accès, dans leur pays, aux personnes impliquées dans le trafic d’organes.

Nombreux parmi nous, à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine, devrions faire davantage pour changer cette grave situation , non seulement parce qu’il est nécessaire de protéger du massacre des milliers d’innocents, mais aussi parce que c’est une bonne chose pour la Chine et la communauté internationale dans son ensemble. Nous voulons tous voir une Chine qui bénéficie de l’État de droit, de la dignité pour tous et d’une gouvernance démocratique.

Je vous remercie.
David Kilgour était membre du Parlement du Canada de 1979 à 2006, il a également servi en tant que Secrétaire d’État (Asie -Pacifique) en 2002 et 2003. Il a été nominé pour le Prix Nobel de la Paix en 2010.

Version en anglais:
Ending Organ Pillaging in China: Remarks to Members of the UK Parliament

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