Reporters sans frontières interpelle quatorze chefs d'entreprises sur leur politique commerciale dans le secteur d'Internet

3 décembre 2003

CHINE

Reporters sans frontières interpelle quatorze chefs d'entreprises européens, nord-américains, japonais ou sud-coréens, sur leurs relations commerciales avec la Chine dans le secteur d'Internet. Certains de ces dirigeants s'associent directement à la répression du gouvernement chinois, en lui vendant du matériel permettant de surveiller le Réseau. D'autres se contentent de fermer les yeux au nom de leurs intérêts commerciaux. Tous doivent cependant se sentir responsables du sort réservé au Net dans ce pays.

L'organisation a ainsi adressé une lettre personnelle à chacun d'eux, leur demandant de s'engager en faveur de la liberté d'expression sur Internet.

Reporters sans frontières enverra désormais chaque mois à ces dirigeants un Bulletin de la répression traitant des atteintes à la liberté d'expression sur Internet en Chine. « Nous leur demandons de garder à l'esprit ce Bulletin lorsqu'ils décideront de leurs stratégies pour le marché chinois », a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation.

L'organisation précise que les quatorze entreprises sélectionnées n'ont pas adopté la même politique commerciale envers la Chine. La responsabilité de Cisco Systems, qui vend à ce pays du matériel de « cyberpolice », n'est pas la même que celle d'Intel, qui se contente de commercialiser ses produits dans le pays. De même, la stratégie de Yahoo !, qui a accepté de modifier son portail pour s'introduire sur le marché chinois, n'est pas équivalente à celle du sud-coréen Samsung, qui vend uniquement du matériel dans un pays voisin. Chacune des lettres établit par conséquent le niveau de responsabilité de chaque entreprise dans ses relations avec la Chine. Ces sociétés ont néanmoins toutes le devoir d'agir pour que le gouvernement chinois assouplisse sa politique à l'égard d'Internet.

Dans chacune des lettres adressées à ces chefs d'entreprises, Reporters sans frontières dresse par ailleurs un bilan de la liberté d'expression sur le Net en Chine.

Le gouvernement chinois censure des centaines de sites
web : les publications en ligne de médias occidentaux, les sites de la dissidence politique et, plus généralement, toute page Internet dont le contenu est jugé critique envers le gouvernement ou le régime communiste. La Chine s'est dotée, avec l'aide d'entreprises étrangères, de moyens techniques extrêmement sophistiqués pour surveiller le Net, aussi bien le surf des internautes que les e-mails transmis.

La police chinoise traque enfin sans relâche les cyberdissidents.
46 personnes sont emprisonnées dans le pays pour avoir créé un site d'information indépendant ou simplement pour avoir publié des textes critiques envers le pouvoir sur Internet. Voici quelques exemples d'internautes emprisonnés :

Huang Qi a été arrêté le 3 juin 2000, veille du 11e anniversaire du massacre de la place Tiananmen (4 juin 1989), suite à la publication sur son site 6-4tianwang.com d'informations d'organisations dissidentes basées à l'étranger. D'anciens compagnons de cellule du webmaster ont affirmé qu'il était régulièrement battu et que les autorités lui refusaient les médicaments dont il a besoin.

Du Daobin, auteur de nombreux essais sur les droits de l'homme et la démocratie, a été arrêté le 28 octobre 2003 à Yingcheng (province de Hubei, centre du pays). Il avait lancé une opération de « simulation de détention », demandant à des dizaines de personnes de s'enfermer chez eux dans le noir durant une journée, afin d'accompagner symboliquement Liu Di dans son incarcération (Liu Di a été libérée le 28 novembre 2003).

Yang Zili, le créateur du site lib.126.com, connu sous le nom « Le jardin des idées de Yang Zili », est emprisonné depuis mars 2001. Il s'était prononcé en faveur du libéralisme politique dans divers articles publiés sur son site. Il avait également critiqué la répression contre le mouvement spirituel Falungong et dénoncé les difficultés économiques des paysans chinois. Il a été condamné en appel le
2 novembre 2003 à huit ans de prison.

NB : documents joints à ce communiqué
- La liste des quatorze entreprises sélectionnées par Reporters sans frontières
- Le Bulletin de la répression de novembre 2003.

Pour plus d'informations :
http://www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=272


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